Le mercredi 25 mars, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté le texte qui déclare que “la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains constituent les plus graves crimes contre l’humanité”.
La résolution était portée par le Ghana, porte-étendard de l’Union africaine sur les questions liées à l’esclavage et à la traite transatlantique : “la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains constituent les plus graves crimes contre l’humanité”, en raison notamment de “leur ampleur, leur durée (…) et leurs conséquences durables”.
Le texte a été approuvé par 123 pays.
Seuls trois pays ont voté contre : les États-Unis, Israël et l’Argentine. Et 52 autres se sont abstenus, notamment tous les pays de l’Union européenne, qui ont prétexté une hiérarchisation entre les crimes contre l’humanité.
Le Bénin explique l’absence de son vote
Après analyse des votes, il est indiqué que le Bénin n’a pas pris part au vote. Une absence qui a suscité beaucoup d’indignations et de critiques. Le Bénin fait partie des nombreux pays du Golf de Guinée, qui ont subi les douloureuses conséquences de l’esclavage. D’ailleurs, son président du pays, Patrice Talon, a fait de la mémoire de l’esclavage l’un des piliers de son action politique.
Face à l’incompréhension, le ministre béninois des Affaires étrangères Olushegun Adjadi Bakari, a pris la parole ce 30 mars pour dire ce qui s’est passé : “Au moment du vote formel, notre représentant permanent n’a pas pu prendre part au vote. Il n’avait pas reçu les instructions formelles. Compte tenu d’un dysfonctionnement, on n’a pas pu se joindre et je n’ai pas pu lui passer les instructions formelles. […] Le vote du Bénin a ensuite été enregistré par le Secrétariat général de l’ONU […] la procédure des Nations unies permet, qu’après un vote formel à l’Assemblée générale, un pays puisse exprimer son vote. Et donc le vote du Bénin a été enregistré par le Secrétariat général des Nations unies. Et oui, le Bénin a voté en faveur de cette résolution. Le Bénin a marqué sa pleine adhésion à ce vote historique”.
Le Bénin affirme avoir pris part aux travaux avec la République sœur du Ghana et d’autres républiques sur le continent africain.
Le monde politique des pays dits d’outre-mer s’indigne !
Pour la députée Béatrice Bellay, l’abstention de la France envoie un signal profondément incompréhensible en contradiction avec ses propres engagements et son histoire législative.
Des députés guadeloupéens comme Olivier Serva ont réagi : “l’État a proféré ce que je qualifierais de crachat au visage de toutes celles et ceux qui ont subi ce crime, le plus grave contre l’humanité […] Je ne comprends pas pourquoi la France hésite aujourd’hui alors qu’elle a déjà reconnu ce crime. C’est un fait incontestable en termes de durée et de souffrance qu’il s’agit du crime le plus important contre l’humanité. Mon incompréhension est totale et se mêle à une profonde indignation. Je n’ose croire que la France soit engoncée dans des problématiques flirtant avec le racisme ou le Rassemblement National.”
Francis Carole a également réagi sur les réseaux sociaux et donne un avis tranché sur la France : “Il ne s’agit donc pas de “hiérarchiser” les crimes mais de rappeler, de manière factuelle et documentée, l’ampleur du crime et de ses conséquences persistantes dans le présent des afrodescendants de la Caraïbe et des Amériques ainsi que des pays africains.
L’accent est aussi mis sur l’urgence de “remédier aux torts historiques subis par les Africains et les personnes d’ascendance africaine” […] Ces puissances qui ont déporté dans la Caraïbe et les Amériques des dizaines de millions d’Africaines et d’Africains réduits en esclavage, entre le 15ème et 19ème siècle,sont ainsi placées devant l’obligation de réparer leurs crimes. Le remboursement de la “dette de l’indépendance” imposée à Haïti effraie particulièrement l’Etat français…
Cette abstention de la France -à un moment où certains parlent de recoloniser l’Afrique et où se développent sans complexe des thèses suprémacistes relayées par l’extrême droite française et européenne- interpellent sérieusement.
Plus largement, les massacres de populations civiles à Gaza par Israël, les politiques de Trump visant à affamer Cuba, les discours racialistes du gouvernement des Etats-Unis (un air de 4ème Reich) illustrent l’état de délabrement moral du monde et la compromission idéologique de certains États.
Faut-il s’étonner de la position française ? Pas vraiment ! La France reste un État néo-esclavagiste et néocolonial incapable de s’émanciper de son passé odieux.”
Le député de la circonscription du Nord de la Martinique Marcellin Nadeau a également publié un communiqué : “Pourquoi, dès lors, hésiter lorsqu’il s’agit d’affirmer cette évidence à l’échelle internationale ? Pourquoi cette prudence dès que la mémoire de l’esclavage met en cause l’histoire coloniale européenne ? Cette abstention révèle une réalité que beaucoup refusent encore de voir : la colonialité n’appartient pas seulement au passé. Elle survit dans les silences politiques, dans les prudences sélectives, dans cette incapacité à reconnaître pleinement la portée universelle d’un crime qui a structuré durablement les rapports de pouvoir, les inégalités et les représentations raciales contemporaines. Pour les populations des dits Outre-mer et pour des millions de descendants de l’esclavage, ce vote n’est pas un détail diplomatique. Il est perçu comme un nouveau refus de reconnaissance pleine et entière. Il alimente le sentiment que certaines mémoires restent secondaires en France […] En s’abstenant, la France a commis une faute. Elle a encore affaibli sa crédibilité auprès des peuples des dits Outre-mer, au moment où elle signifie en parallèle au peuple kanak la permanence de son oppression coloniale. Elle perd ce faisant encore et toujours toute crédibilité lorsqu’elle parle de droits humains.”
Pour rappel, la loi du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité dite loi Taubira, du nom de la députée Christiane Taubira, rapporteuse de la loi à l’Assemblée nationale, est une loi française concernant la reconnaissance, en France, comme crime contre l’humanité des traites et des esclavages pratiqués à partir du XVe siècle sur les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes.
J-PM





