Où trouver le livre de Marc Hédrich “De l’affaire Aubéry à l’affaire Aliker : chronique de justice coloniale”.

Les plus lus

Le livre de Marc Hédrich “De l’affaire Aubéry à l’affaire Aliker : chronique de justice coloniale” que nous avons présenté dans Justice n°19 du 7 mai 2026 est en vente à Kazabul et à Cultura depuis le 13 mai. Il a fait l’objet d’analyses critiques de Raphaël Constant et de Gérard Dorwling-Carter.

(…) Ici, l’auteur se décide à présenter l’affaire ALIKER au travers d’une trilogie de trois procès. Celui de décembre 1934 à Nantes qui vit l’acquittement d’Eugène AUBERY et deux comparses dont son dénonciateur, poursuivis pour corruption. Celui de Bordeaux  en janvier 1936 qui acquitta MOFFAT DARCY et MELLON, les présumés (et réels) hommes de mains ayant tué ALIKER en janvier 1934. Et celui de Fort de France qui vit juger en juillet 1936 Marcel (dit Souloute) ALIKER à Fort de France, accusé d’avoir tenté (ce qu’il revendiquait) de tuer par balle Eugène AUBERY une semaine après l’acquittement de Bordeaux.(…).

(…)En revanche, il apporte de nombreux éléments sur le traitement judiciaire de ce crime politique.Rappelons en effet qu’en finaldikont, AUBERY n’a jamais payé l’impôt monstrueux qu’il avait détourné des caisses de la “Colonie” de Martinique mais que plus grave, la vérité judiciaire n’a jamais été dite sur l’assassinat du militant communiste.Pour les défenseurs d’une vraie justice, c’est donc un échec sociétal patent et évident.HEDRICH nous donne quelques informations facilitant la compréhension de cette situation. Premièrement, il éclaire (ou dénonce) le héros négatif de cette affaire, le chef de l’administration judiciaire et Procureur, Gaston MARCHAL. Au travers de la lecture d’archives dont les rapports confidentiels de ce magistrat au gouverneur GERBINIS (celui qui a renoncé à contester judiciaire à AUBERY son obligation de payer sa dette fiscale), autre héros négatif, on comprend le processus de l’enlisement judiciaire de l’enquête suivant l’assassinat.

Il désigne aussi comme héros positif, dans cette administration coloniale française, le juge DUCHEMIN qui en moins de deux mois va boucler les 5 hommes de main (trois seront libérés par la suite par son successeur POUZELOT avec l’encensement de MARCHAL) et va être révoqué et chassé de la Martinique (pour le Soudan!) du jour au lendemain après avoir annoncé qu’il allait interroger AUBERY et son beau-fils, DE LAVIGNE!(…)”.

“(…) La thèse centrale

La justice coloniale en Martinique n’était pas une institution indépendante défaillante : c’était une institution structurellement soumise. Les juges opéraient sous l’autorité du gouverneur de l’île, en accord  avec le pouvoir exécutif parisien. L’impunité des puissants — ici le béké incarné par Eugène Aubéry — n’était pas selon lui,  un dysfonctionnement du système mais sa fonctionnalité. À travers la trilogie des affaires Aubéry-Aliker, Hédrich démontre que la justice coloniale a délibérément œuvré pour ne pas rechercher ni confondre l’auteur du crime.

On ne saura jamais qui a assassiné le journaliste de Justice. Non pas parce que la justice a échoué dans sa quête de vérité, mais parce que la justice coloniale, privilégiant l’ordre établi, a délibérément œuvré pour ne pas rechercher et confondre l’auteur du crime.” (…).

(…) L’apport historiographique

La méthode.

La force singulière du livre tient à la posture d’auteur : un praticien du droit lisant les archives comme un dossier, avec une exigence de preuve que l’historien universitaire n’aurait pas nécessairement mobilisée avec la même rigueur procédurale. Hédrich ne reconstitue pas, il démontre. Il place sous les yeux du lecteur le crime, le mobile, les acteurs et le commanditaire. Et chose singulière, il le fait en tant qu’écrivain, mais aussi magistrat et singulièrement  président de la Cour d’assises de la Martinique …(…).

(…) Marc Hédrich rend à André Aliker, quatre-vingt-douze ans après son assassinat, la justice que l’institution judiciaire coloniale lui a refusée. C’est déjà considérable. Mais le livre fait plus : il donne à voir, à travers trois procès minutieusement disséqués, la mécanique profonde d’un système où le droit était l’instrument de la domination, et non son antidote. Dans le contexte de mai 2026 — vingt-cinquième anniversaire de la loi Taubira, résolution réparatrice de l’Assemblée de Martinique, débat sur la justice transitionnelle —, cette chronique de justice coloniale n’est pas un exercice d’histoire. C’est un diagnostic pour aller plus loin.”

- Réclame -spot_img
- Réclame -spot_img
Dernières Actus

Nouvelles attaques démagogiques contre l’octroi de mer. L’experte Mireille Pierre-Louis répond

Une certaine avocate dénommée Me Maryse Coppet, installée à Bruxelles auprès de l’Union européenne, a récemment renouvelé ses attaques...
- Réclame -spot_img

Articles connexes