Des agriculteurs situés au quartier Nouvelle Cité à Rivière-Salée affiliés à l’Organisation Patriotique Agriculture de Martinique (OPAM) ont organisé une conférence de presse vendredi 15 mai pour dénoncer la fuite de responsabilité de la Collectivité Territoriale de Martinique.
Depuis 1986, les agriculteurs utilisent un terrain, une banque de terre, mise à disposition par la Collectivité Territoriale de Martinique au quartier Nouvelle Cité – Lamberton de Rivière-Salée. “Nous étions trois au départ, puis nous sommes montés à 6, puis 9, etc. Au début des années 2000, nous avons trouvé de l’eau sous-terrain et la Région nous avait promis de l’eau le plus rapidement que possible” explique Jean-Claude Présent-Ladislas, un agriculteur installé sur l’exploitation depuis plusieurs années. Selon lui, des forages ont été faits en 2005 sous la présidence d’Alfred Marie-Jeanne. Puis il y a eu plusieurs promesses de travaux entre les différentes présidences au sein du Conseil Régional puis à la CTM : “Successivement, les travaux ont été arrêtés, ça s’arrête, ça reprend, des entreprises ont fait faillite. Depuis 2024, on nous avait promis l’eau sur nos exploitations”, conteste Jean-Claude Présent-Ladislas.
Depuis quelques semaines, les précipitations étaient assez faibles en Martinique. Ce qui est contraignant pour les agriculteurs : “Nous sommes confrontés à cela à chaque carême. On travaille au petit bonheur la chance. Parfois, on réussit, parfois, on ne réussit pas.”
Les agriculteurs mettent la CTM devant la justice
Les agriculteurs ont donc assigné la CTM en justice. L’avocat n’est autre que Raphaël Constant. “On nous avait promis l’eau. Si on a de l’eau, on peut planter toute l’année. Lorsqu’on n’a pas d’eau, nous sommes obligés de travailler en cultures saisonnières. Sauf que nous avons des échéances, que nous devons régler tous les mois. Jusqu’à présent, nous n’avons pas de réponse de la CTM”, dénonce l’agriculteur. Le montant global des travaux s’élèverait à près de 8 millions d’euros.
Actuellement, il y aurait près de 13 exploitants agricoles répartis sur près de 110 hectares consacrés à la culture maraichère, la banane, du vivrier, igname, patate douces, pitaya…
Malgré ce manque de ressources pour exploiter, les agriculteurs indiquent avoir la visite d’huissiers de justice, lorsqu’il n’y a pas de paiement du loyer qu’ils doivent à la collectivité : “Si un agriculteur ne paie pas son loyer, la CTM envoie un huissier pour nous dire de payer le loyer. Nous ne savons même pas pourquoi les travaux ne sont pas réalisés”, regrette l’agriculteur.
“Il manque une volonté politique”
Face à ces difficultés et avec un loyer à payer, certains des agriculteurs ont utilisé leur fond propre pour exploiter au mieux l’espace. Chérubin Moïse témoigne : “Aujourd’hui, il y a des agriculteurs qui payent, et d’autres qui ne payent pas. Il a fallu que je déboise tout lorsqu’ils nous ont promis l’eau. J’ai décidé de ne pas payer ! Je suis parti dans le maraîcher et j’ai dû courir à la rivière pour ramener de l’eau sur le champ. Il fallait le faire tous les jours. Tous les ans, je mets mon loyer de côté pour pouvoir payer mon loyer.J’attendrais que le juge me condamne pour lui demander comment je fais pour payer, si la CTM ne me donne pas l’aménagement qu’il faut pour que je travaille. Je ne paierai pas tant que la CTM ne met pas l’eau. J’ai déjà fait des investissements en tuyauterie et tout est en train de tomber à l’eau. Il faudra que la CTM me dédommage par rapport aux pertes que j’ai eu. Ça fait 6 ans que j’ai fait l’investissement sur l’irrigation.”
Pour Chérubin Moïse, on ne peut pas prôner des avancées sur l’autonomie alimentaire, sans mettre les outils à disposition des agriculteurs : “Il manque une volonté politique pour qu’on ait de l’eau ! On ne peut pas promouvoir l’autosuffisance alimentaire et puis sur ce terrain, qui n’a pas été contaminé à la chlordécone, on ne peut pas nous dire de produire pour nourrir la Martinique avec des aliments sains, sans nous donner les moyens pour travailler !”
Sur les réseaux sociaux, Daniel Marie-Sainte a détaillé les dates et indique soutenir les agriculteurs saléens :
“Ces agriculteurs ont raison de se révolter !
Les recherches d’eaux souterraines se font pendant la dernière mandature d’Alfred MARIE-JEANNE à la Région Martinique (de 2003 à 2010).
Lors de la mandature de Letchimy de 2010 à 2015, le dossier n’a pas avancé !
C’est à l’arrivée d’Alfred MARIE-JEANNE, en 2016 comme Président du Conseil Exécutif de la première mandature de la CTM que nous avons fait concevoir le projet d’irrigation de ces terres agricoles et que nous avons lancé les travaux en 2019 !
L’actuelle mandature de la CTM n’a pas achevé, depuis 5 ans qu’elle est en place, les travaux d’irrigation que nous avons commencés pendant la mandature d’Alfred MARIE- JEANNE !”
Les agriculteurs travaillent parfois dans plusieurs endroits pour pallier les manques de revenus. Une situation délicate que l’exécutif actuel de la CTM devra régler.
J-PM (20/05/2026)





