Il y a des prétendus “faits divers” qui en réalité donnent la température de l’état de la société.
Au tribunal judiciaire de Fort-de France était jugée la semaine dernière l’affaire du détournement de fonds de la CTM où 16 personnes sont impliquées. Ce qui frappe dans cette escroquerie, c’est que la principale auteure, ex-agente CTM, de ce vol de 3,2 millions d’euros entre 2021 et 2024 a reconnu les faits à l’audience. Et cela avec beaucoup de détails sur les procédés et l’utilisation des sommes dérobées, selon les articles de France-Antilles des 19 et 20 mai 2026.
Indiquons que la CTM a porté plainte. Le verdict sera donné en juin.
Tout d’abord il faut souligner que le détournement a été réalisé sur des montants destinés aux bénéficiaires de la prestation compensatrice du handicap(PCH). Autrement dit, les victimes de ce forfait sont des malheureux vulnérables.
Le procédé décrit est constitué par des falsifications de dossiers, la création de dossiers fictifs, l’octroi d’aides sociales à des personnes non éligibles et non en handicap à la condition d’en reverser une contre-partie à l’agente CTM.
La malfaitrice s’est parallèlement assuré la complicité de frère, mère, ex-compagnon, professeur de mathématiques, ancien conseiller bancaire et autres.
Le butin de ces sordides larcins a servi, a avoué la géniale organisatrice de cet odieux stratagème, à payer voyages en Italie, à Paris, à Dubaï, bijoux, sacs, vêtements de luxe, recours effréné à la voyance par consultations téléphoniques, rénovation très chère de maison, achats de meubles hauts de gamme, etc.
Tous symboles de l’actuelle société de consommation. Largement importée, faut-il remarquer.
Evidemment ne pouvant être accessibles qu’avec de l’argent facilement acquis pour un modeste agent territorial.
On retrouve, hélas, cette soif d’argent facile dans le narcotrafic et son cortège de violences et de meurtres, reflets d’un pourrissement moral de notre société. On assiste en outre depuis quelques années à la montée des cambriolages, des agressions, des trafics et des atteintes à l’intégrité physique des personnes pour presque rien.
Cela traduit l’affaissement spirituel d’une fraction de la société en raison du matérialisme capitaliste dominant. La notion d’intérêt général est en recul, comme celui du service public. La notion de progrès par l’effort et l’instruction, cultivée par nos pères, est incontestablement en net repli.
Ces phénomènes se déroulent aujourd’hui dans un contexte d’aggravation de la crise économique et sociale du pays.
L’économie et l’emploi ont reculé en 2025. Les liquidations d’entreprises se multiplient. Le BTP croule. L’enquête emploi 2025 du très officiel Insee, dont nous rendons compte dans ce numéro, montre une détérioration de la situation de l’emploi, singulièrement celui des jeunes.
Or le déclin démographique n’est pas le moindre problème déterminant que doit affronter la Martinique depuis une dizaine d’années. La Martinique vieillit de manière accélérée. Les jeunes diplômés ou non quittent massivement le territoire faute de débouchés économiques suffisants, tandis que la population devient de plus en plus âgée et dépendante des soutiens sociaux dispensés par la CTM et les communes. Des collectivités locales progressivement étranglées financièrement.
Voilà l’installation d’un cercle vicieux redoutable : Perte de valeurs, corruption, et violence sociale en voie d’amplification réciproques.
Pourtant la Martinique dispose toujours de capacités importantes. Un niveau de formation conséquent, une large fraction de sa jeunesse volontaire et entreprenante, une tradition de lutte ancienne et profondément ancrée, un attachement aux valeurs humaines indéfectible, un potentiel agricole remarquable, une culture de résistance véritable, une position enviable au sein de la Caraïbe, etc. Et aussi des ressources financières et d’épargne qui ne peuvent être mobilisées que par un pouvoir martiniquais démocratique et populaire pour un nouveau type de développement.
Alors ? Il faut se saisir des signaux de notre abaissement moral et civique et réagir.
L’objectif, selon nous, devrait être la refondation martiniquaise tant au plan moral, spirituel, économique et social. C’est la vocation de notre hebdomadaire communiste.
Michel Branchi (25/05/2026)





