L’Institut national de la Statistique et des études économiques vient de publier son enquête emploi 2025 (Insee Analyses Martinique- No 83- Paru le : 21/05/2026).
Elle est résumée comme suit :
“En 2025, le taux d’emploi des 15-64 ans stagne en Martinique, inférieur de 15 points à celui observé en France métropolitaine. L’emploi progresse chez les 50-64 ans. À l’inverse, la situation des jeunes de 15 à 29 ans se dégrade : leur taux de chômage augmente, tout comme la part de ceux qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, signe d’un éloignement accru des sphères professionnelle et éducative. Le sous-emploi demeure deux fois plus fréquent qu’en France métropolitaine, concernant près d’un actif en emploi sur dix. Dans le même temps, le chômage se maintient à 13 % de la population active âgée de 15 ans ou plus. Le chômage de longue durée augmente et atteint un niveau trois fois supérieur à celui observé en France métropolitaine.Enfin, le halo autour du chômage concerne 8 % des personnes en âge de travailler en Martinique, contre 4 % en France métropolitaine en 2025. Au total, en incluant les chômeurs et les personnes du halo, près d’une personne de 15 à 64 ans sur cinq est sans emploi tout en souhaitant travailler, une proportion deux fois plus élevée qu’en Hexagone”.
En réalité on vérifiera que la situation de l’emploi empire en dépit de l’exode des jeunes.
Examinons cette étude plus en détail.
Le taux d’emploi se maintient
En 2025, 61 % des personnes âgées de 15 à 64 ans résidant en Martinique occupent un emploi au sens du Bureau international du travail (BIT). Ce taux est stable par rapport à 2024, mais reste inférieur à celui observé en France (70 %).
Le taux d’emploi des 15 à 29 ans se maintient en 2025. Comme au niveau national, les jeunes sont les moins insérés sur le marché du travail (30 %), en partie parce que près de la moitié d’entre eux poursuivent leurs études, ce qui limite mécaniquement leur accès à l’emploi.
Toutefois, le taux d’emploi des jeunes est inférieur à celui de France, où près d’un jeune sur deux est en emploi (49 %). Cet écart s’explique notamment par une part importante de jeunes sortis de leur parcours de formation initiale sans diplôme. En effet, l’écart est encore plus marqué parmi les jeunes non scolarisés : moins d’un jeune sur deux est en emploi, contre 71 % en France. Ce déficit d’insertion s’inscrit notamment dans un contexte de moindre recours à l’alternance, levier d’accès à l’emploi : seuls 4 % des jeunes y ont recours en Martinique, contre 8 % au national. Par ailleurs, près d’un jeune sur quatre en Martinique n’est ni en emploi, ni en études, ni en formation. Cette proportion augmente de 3 points sur un an, traduisant un éloignement accru d’une partie des jeunes des sphères professionnelle et éducative et est deux fois plus élevée qu’en France.
Enfin, le taux d’emploi des seniors (50-64 ans) progresse de nouveau (+2 points, après +4 points en 2024) pour s’établir à 71 %, un niveau comparable à celui observé en France. Cette hausse s’inscrit à la fois dans un contexte de réforme des retraites et dans un environnement local marqué par des pensions de retraite plus modestes, incitant les actifs les plus âgés à prolonger leur activité professionnelle. Ainsi se vérifie ce que nous avions analysé lors du débat sur la réforme des retraites et son incidence encore plus régressive en Martinique.
Le niveau de diplôme reste un déterminant majeur de l’insertion professionnelle : les diplômés du supérieur sont plus de deux fois plus souvent en emploi que les personnes peu ou pas diplômées. En Martinique, le taux d’emploi de ces derniers est proche de celui observé en France. La bataille pour l’éducation est plus que justifiée.
Le travail à temps partiel reste majoritairement féminin mais augmente pour les hommes
En Martinique, 16 % des personnes en emploi travaillent à temps partiel.
Le sous-emploi demeure deux fois plus fréquent en Martinique qu’en France
Parmi les personnes en emploi, certaines sont à temps partiel mais souhaitent travailler davantage et sont disponibles pour le faire. Elles sont alors considérées en sous-emploi. En 2025, 8 % des personnes en emploi sont en situation de sous-emploi, une proportion stable sur un an et deux fois plus élevée qu’en France. Le sous-emploi concerne également davantage les personnes les moins qualifiées et les catégories socioprofessionnelles les plus modestes.
Le chômage s’accentue de nouveau chez les jeunes
En 2025, le taux de chômage au sens du BIT se maintient à 13 % de la population active âgée de 15 ans ou plus en Martinique, après avoir augmenté d’un point en 2024. Il reste supérieur de 5 points à celui observé en France.
Le taux de chômage des hommes demeure plus élevé que celui des femmes, en cohérence avec un taux d’emploi masculin plus faible. Il atteint 16 % chez les hommes, contre 12 % chez les femmes, à des niveaux proches de ceux de 2024.
Chez les 15-29 ans, il augmente de 4 points pour atteindre 33 %. Il est ainsi plus de deux fois supérieur à celui de la même classe d’âge en France.
Comme au niveau de la France, les personnes peu ou pas diplômées sont les plus exposées au chômage (17 %), tandis que les diplômés du supérieur en sont nettement plus protégés (9 %).
Le chômage de longue durée augmente
Le chômage peut s’installer dans le temps, signe d’un éloignement persistant vis-à-vis du marché du travail. Les personnes concernées sont alors considérées chômeurs de longue durée, c’est-à-dire privées d’emploi depuis au moins un an. En Martinique, 6 % de la population active est concernée. Avec une augmentation de 1 point sur un an, le taux de chômage de longue durée atteint un niveau trois fois supérieur à celui de France.
Le taux de chômage de longue durée en revanche plus élevé chez les jeunes, affectant 10 % des 15-29 ans, contre 7 % des 30-49 ans et 4 % des 50 ans et plus.
Le halo autour du chômage demeure deux fois plus important qu’en France
Parmi les personnes inactives, c’est-à-dire ni en emploi, ni au chômage au sens du BIT, certaines déclarent souhaiter travailler sans pour autant rechercher activement un emploi ou être disponibles à court terme pour en occuper un : elles constituent le halo autour du chômage.
En 2025, le halo autour du chômage concerne 8 % des 15 à 64 ans en Martinique. Cette part, deux fois plus élevée qu’en France, reste stable par rapport à 2024.
En ajoutant aux chômeurs les personnes dans le halo, près d’un résident de 15 à 64 ans de Martinique sur cinq se trouve sans emploi tout en souhaitant travailler, contre un sur dix en France.
En Martinique, l’inactivité est plus souvent contrainte qu’en France, indique l’Insee. En effet, la situation socio-économique pèse négativement sur la situation de l’emploi, souligne l’Insee:
1/ Une population âgée et peu diplômée
En Martinique, la population en âge de travailler est particulièrement âgée. En 2025, 42 % des 15-64 ans ont 50 ans ou plus, contre 31 % en France. À l’inverse, les moins de 30 ans y sont moins représentés (24 %, contre 28 % en France). La démographie accroit le chômage. Cette structure par âge contribue à un niveau de diplôme globalement plus faible, les générations les plus âgées ayant moins souvent accédé aux études supérieures.
2/ Un sous-emploi plus fréquent parmi les personnes peu diplômées et les catégories socioprofessionnelles les moins favorisées
Le sous-emploi concerne davantage les personnes peu ou pas diplômées : en Martinique, 40 % des personnes en situation de sous-emploi possèdent au plus le brevet des collèges, contre 19 % parmi les personnes en emploi hors sous-emploi.
Le sous-emploi affecte davantage les catégories socioprofessionnelles les moins favorisées : 29 % des personnes en sous-emploi sont des ouvriers contre 13 % parmi les autres personnes en emploi. À l’inverse, les cadres sont très peu concernés (1 % contre 13 % hors sous-emploi).
3/ Un chômage de longue durée plus installé qu’en France
En Martinique, le chômage s’inscrit plus souvent dans la durée qu’en France métropolitaine : un peu plus de quatre chômeurs sur dix sont en situation de chômage de longue durée, contre seulement deux sur dix en France. Plus révélateur encore, plus de deux chômeurs sur dix sont au chômage depuis au moins deux ans (contre moins d’un sur dix en France).
Cette enquête emploi démontre, une fois de plus, que c’est le modèle économique et social martiniquais qu’il faut refonder totalement.
Michel Branchi





