L’INSEE-Martinique continue à réaliser des études démographiques montrant la poursuite du déclin de notre population.
Cependant l’Institut titre de manière optimiste son bilan démographique 2025: “Pour la première fois depuis 2021, les naissances ne diminuent pas” en 2025 (Insee Flash Martinique n°232 de mars 2026).
Celui-ci est résumé comme suit : “En 2025, le nombre de naissances ne baisse pas en Martinique, contrairement à la plupart des régions françaises. Pour autant, la fécondité reste inférieure à celle de la France métropolitaine. En outre, le nombre de décès est en baisse sur un an. Il en résulte un solde naturel négatif pour la sixième année consécutive. L’espérance de vie est stable par rapport à 2024 et la Martinique demeure la région où la part des personnes de 60 ans et plus est la plus élevée. Le vieillissement de la population est notamment accentué par le départ des jeunes adultes. En Martinique, 900 mariages ont été célébrés en 2025, un nombre stable sur un an”.
Sur un an, le nombre de naissances augmente légèrement
Premier constat : En 2025, 2 920 enfants sont nés en Martinique, soit 22 de plus qu’en 2024. Dans un contexte où la France connaît une baisse des naissances sur cette période, la Martinique fait mieux que la plupart des autres régions françaises. Cependant, elle compte en 2025 deux fois moins de naissances qu’au début du siècle.
Le taux de natalité est de 8,1 naissances pour mille habitants et inférieur à celui de la France (9,2 ‰) et le plus faible des départements et régions d’outre-mer (Drom). Dangereux.
La fécondité reste basse
Le nombre de naissances dépend à la fois du nombre de femmes en âge de procréer et de leur fécondité. En Martinique, entre 2000 et 2021, la population des femmes âgées de 20 à 40 ans a diminué de 37 %, en partie en lien avec le départ des jeunes adultes pour poursuivre leurs études, entraînant une baisse comparable des naissances (38 %).
L’ICF (indice conjoncturel de fécondité) en Martinique (156) est comparable à celui de la France en 2025 (154). Au niveau régional, comme au niveau national. “Il s’éloigne néanmoins du seuil de renouvellement des générations, estimé à 210 enfants pour 100 femmes dans les pays développés”, explique l’Insee. Le pays meurt lentement. Sauf que la Martinique ne peut être rangée dans les pays développés.
En 2025 le taux de fécondité en Martinique s’élève à 4,1 naissances pour 100 femmes âgées de 15 à 50 ans, contre 4,6 en 2015. Cependant, entre 2015 et 2025, le taux de fécondité des femmes de moins de 35 ans diminue fortement. Par conséquent, l’âge conjoncturel moyen à l’accouchement des mères en Martinique augmente, passant de 29,7 ans en 2015 à 30,3 ans en 2025.
Les femmes accouchent à un âge comparable en Guadeloupe (30,4 ans), plus tôt en Guyane (28,9 ans) et plus tard en France (31,3 ans) en 2025.
Le nombre de décès diminue légèrement sur un an
En 2025, 3 732 personnes sont décédées en Martinique, soit 61 de moins qu’en 2024. Néanmoins, la tendance de long terme perdure : entre 1996 et 2005, 25 600 personnes sont décédées, 28 700 entre 2006 et 2015 et 37 100 entre 2016 et 2025.
En raison du vieillissement de la population, le taux de mortalité est plus élevé en 2025 (10,6 ‰) qu’en 2015 (8,1 ‰).
Le nombre de décès dépasse une nouvelle fois celui des naissances en 2025.
Pour la sixième année consécutive, le solde naturel de la Martinique est négatif ( + 2 920- 3 732 = -812). La Martinique est le Drom qui enregistre le plus fort déficit naturel, devant la Guadeloupe (-273).
Par ailleurs, la mortalité infantile reste élevée : en 2025, 17 nourrissons sont décédés avant leur premier anniversaire en Martinique soit 5,8 décès pour 1000 naissances vivantes. Ce taux est supérieur à celui de la France (3,6 ‰). La mortalité infantile est globalement deux fois plus élevée en Outre-mer qu’en France.
Explication avancée par l’Insee : “Plusieurs facteurs socio-économiques et sanitaires, tels que les conditions de vie des parents, la prévalence de l’obésité chez les femmes ou la suroccupation des logements, plus fréquente dans ces territoires, sont susceptibles de peser sur la santé des enfants”. C’est-à-dire le mal-développement.
Enfin, l’espérance de vie à la naissance est stable en Martinique : 77,5 ans pour les hommes en 2024 et 2025, 85,1 ans pour les femmes en 2025 (+0,1 an par rapport à 2024). Par contre, en France, l’espérance de vie des hommes comme celle des femmes continue d’augmenter : Elle s’établit à 80,4 ans chez les hommes et 85,9 ans chez les femmes en 2025. Près de 3 ans de plus pour les hommes.
La Martinique reste la région où la part de seniors est la plus élevée
La part des seniors dans la population continue de croître en Martinique. Au 1er janvier 2026, les personnes de 60 ans et plus représentent 36 % de la population martiniquaise, soit 10 points de plus qu’en 2016. Ainsi, pour la quatrième année consécutive, la Martinique est la région française avec la part la plus élevée de personnes de 60 ans et plus, devant la Guadeloupe (34 %).
En France 29 % des personnes ont 60 ans ou plus début 2026.
La population en Martinique vieillit plus rapidement qu’au niveau français, comme en témoigne l’évolution de sa structure par âge. Entre 2016 et 2026, l’indice de vieillissement en Martinique passe de 80 seniors (de 65 ans ou plus) pour 100 jeunes (de moins de 20 ans) à 133, tandis que l’indice français connaît une progression plus modérée de 79 à 101.
Parallèlement, la part des jeunes de moins de 25 ans dans la population martiniquaise diminue à un rythme plus rapide que la moyenne française : 24 % au 1er janvier 2026 contre 29 % en 2016, plaçant la Martinique au deuxième rang des régions françaises, après la Corse, avec la plus faible proportion de jeunes de moins de 25 ans. En France, cette proportion passe de 30 % à 28 % sur la même période.
Le déclin démographique est également causé par le déficit migratoire. L’Insee souligne : “Les départs du territoire de jeunes adultes, pour poursuivre leurs études ou à la recherche d’un emploi, ne sont pas compensés par des arrivées en nombre suffisant, contribuant, dès lors, au recul démographique et au vieillissement de la population”. De quelles arrivées est-il question ici ?
En Martinique, 900 mariages sont célébrés en 2025 (estimation réalisée fin novembre 2025), un nombre stable sur un an. Il est en revanche en baisse par rapport à 2015, où 973 mariages avaient été enregistrés. Cette évolution est en lien avec le recul démographique en Martinique sur la période. Le taux de nuptialité (nombre de mariages par rapport à la population moyenne de l’année) est plus faible en Martinique, Guadeloupe et Guyane qu’en France. C’est une donnée sociologique ancienne et connue.
En définitive, en dépit d’un sursaut des naissances qu’il faut espérer qu’il va durer, la crise démographique se poursuit. Et ses incidences économiques, sociales et humaines désastreuses s’enracinent.
Le pays doit se redresser pour se sauver
Michel Branchi





