Conjoncture 2025 en Martinique: activité en recul, dit l’Insee

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L’Institut national de la statistique et des études économiques de Martinique vient de publier deux notes sur la conjoncture économique martiniquaise au 4ème trimestre de 2025 et pour l’ensemble de l’année 2025 montrant que l’activité a été en recul. Sombres perspectives face au choc pétrolier de la guerre en Iran.

La note n°38 d’avril 2026 indique : “Au quatrième trimestre 2025, la conjoncture reste dégradée en Martinique. L’activité économique, mesurée par le nombre d’heures rémunérées, poursuit son recul, entamé en fin d’année 2024, même si la baisse est moins marquée ce trimestre. La construction contribue principalement à cette diminution”.

La note n°39 d’avril 2026 annonce : “En 2025, la conjoncture économique se dégrade en Martinique. L’activité économique, mesurée par le nombre d’heures rémunérées, recule après plusieurs années de reprise post-crise sanitaire”.

Il s’agit d’une synthèse de l’année 2025 qui diagnostique : “L’activité économique se replie”

Elle précise : “En 2025, en Martinique, l’activité économique, mesurée par le nombre d’heures rémunérées, diminue de 0,8 %, après une hausse de 0,5 % en 2024.Orientée à la hausse depuis 2021 dans un contexte de rattrapage post-crise sanitaire, elle voit néanmoins son rythme de progression ralentir progressivement jusqu’à devenir négatif en 2025”.

Analysons plus avant la note INSEE.

La contraction de l’activité économique en Martinique s’explique d’abord par le recul marqué de la construction. Le nombre d’heures rémunérées dans ce secteur diminue de 5,8 % en 2025, contribuant à hauteur de -0,4 point à l’évolution globale de l’activité économique. Déjà en repli en 2024 (-1,7 %), la construction prolonge ainsi sa trajectoire baissière. Deuxième contributeur au recul global, le tertiaire principalement marchand (ndlr : secteur privé) diminue de 0,6 %, après une hausse de même ampleur en 2024 et contribue à hauteur de -0,4 point à l’évolution globale. Cette baisse provient principalement du commerce dont le volume des heures rémunérées chute (-1,7 %), suivi par l’information-communication (-2,7 %), les activités financières (-1,9 %) et l’hébergement-restauration (-2,7 %). L’industrie s’inscrit elle aussi en retrait (-1,3 %) et contribue à hauteur de -0,2 point à la baisse générale de l’activité. Seul le tertiaire principalement non marchand (ndlr : public et parapublic) demeure orienté à la hausse, malgré un ralentissement par rapport à 2024. Le nombre d’heures rémunérées y progresse de 1,3 %, après +2,1 % en 2024, contribuant pour 0,2 point à l’évolution globale.”

Autre mauvaise nouvelle : “L’emploi salarié se contracte”

En effet : “La dynamique de l’emploi suit celle de l’activité. Fin 2025, en Martinique, l’emploi salarié diminue de 0,4 %, soit une baisse de 580 emplois par rapport à fin 2024. La région compte ainsi 131 430 emplois salariés, un niveau proche de celui observé fin 2022. Ce recul prolonge la baisse déjà enregistrée en 2024 (-0,5 %)”.

Explication : “La diminution de l’emploi concerne essentiellement le secteur privé qui est à l’origine de l’ensemble des baisses d’emplois sur un an (-0,7 %) et qui concentre près des deux tiers de l’emploi salarié. Ce secteur était déjà le principal contributeur au recul de l’emploi fin 2024” (…)

La dégringolade de l’emploi continue : “L’emploi industriel recule également (-0,6 %), au même rythme qu’en 2024, soit 60 emplois de moins sur un an. Cette baisse est principalement portée par le repli dans les autres branches industrielles (-2,5 %).

Malgré tout : “Seul le tertiaire non marchand (ndlr : public et para-public) reste orienté à la hausse (+0,3 %), soit 180 emplois supplémentaires sur un an, en cohérence avec l’évolution de l’activité mesurée par le volume des heures rémunérées”. Sont cités : “la santé humaine (+3,1 %) ainsi que dans l’hébergement médico-social et l’action sociale (+1,4 %)”. Inquiétant :

À l’inverse, l’emploi recule dans l’administration publique (-0,9 %) et dans l’enseignement (-1,2 %), en lien avec la diminution des effectifs scolarisés”. La crise démographique pèse.

•               Finalement, en 2025, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) après avoir augmenté d’un point l’année précédente (12 %) s’établit à 13 % de la population active âgée de 15 ans ou plus, supérieur de 5 points à celui observé en France. Il reflète le départ de nombreux jeunes vers la France qui diminue artificiellement le nombre de jeunes chômeurs.

•               Le déficit commercial se creuse malgré la vigueur des exportations pétrolières : En 2025, le déficit de la balance commerciale de la Martinique s’aggrave de 0,6 %, après deux années de relative stabilité, pour atteindre 3 milliards d’euros.

La progression des exportations (+5,8 %), soutenue par la forte hausse des ventes de produits pétroliers raffinés (+24,2 %), ne suffit pas à compenser celle des importations (+1,2 %) qui pèsent huit fois plus dans les échanges commerciaux.

Il est utile de savoir que “l’augmentation des importations s’explique principalement par la hausse des achats d’équipements mécaniques, de matériel électrique, électronique et informatique (+11,0 %), d’autres produits industriels (+3,4 %) ainsi que de denrées alimentaires, boissons et tabac (+6,2 %)”. Certes le pays paraît s’équiper, mais accroît sa totale dépendance économique, particulièrement dans l’alimentation.

Sans surprise, l’Insee rappelle que “en 2025, l’Hexagone demeure le principal partenaire commercial de la Martinique, concentrant 61 % des importations et 40 % des exportations”. Les pays de la Caraïbe ne concentrent que 8 % des exportations. En dix ans, de 2015 à 2025, le déficit commercial martiniquais est passé de 2,2 milliards d’euros à 3 milliards

L’Union européenne, hors France, représente 10,4 % des importations.

Effet de la lutte contre la vie chère ? L’inflation décélère entre 2024 et 2025

 Il faut souligner que “en 2025, l’inflation ralentit : les prix à la consommation augmentent de 1,1 %, contre +2,8 % en 2024”. Cela est dû à la baisse des prix de l’énergie (électricité), les produits pétroliers restant stables, et à la moindre augmentation de l’alimentation.

Toutefois, à l’échelle de la France, l’inflation s’établit à + 0,9 % en 2025, niveau moindre que celui de la Martinique. Sur dix ans, elle atteint 18 % en Martinique, contre près de 21 % pour la France. Phénomène nouveau.

L’activité touristique présente des évolutions contrastées

En 2025, la fréquentation hôtelière recule sur un an (-6,4 %), avec plus de 1,1 million de nuitées, prolongeant le repli engagé en 2024. Cette baisse intervient malgré une hausse du nombre de visiteurs, atteignant 329 900 personnes (+4,0 %) et s’explique par le raccourcissement de la durée moyenne de séjour qui atteint 3,4 jours (après 3,8).

L’insee explique ce contraste comme suit : “Dans ce contexte, l’écart entre la baisse des nuitées hôtelières et la hausse du trafic aérien suggère une diversification des modes d’hébergement, avec un recours accru aux alternatives à l’hôtel (locations saisonnières, résidences touristiques, hébergement chez l’habitant)”.

Conclusion

Cette note de l’Insee montre que la Martinique aborde le choc énergétique dû à la guerre en Iran dans une position déjà de faiblesse économique. Notre appréciation de construire un bouclier économique et changer de modèle de développement dans l’édito de Justice n°14 du 2 avril dernier n’en est que plus justifiée.

Michel Branchi

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