Mardi 14 avril, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) et le Contexte des Sexualités en France (CSF) ont publié les premiers résultats de leur enquête concernant la sexualité en Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion.
“La production de connaissances sur la sexualité constitue un enjeu central pour la santé publique, car elle permet de fonder les politiques de prévention et de promotion de la santé sexuelle sur des données scientifiques actualisées […] Cette nécessité est particulièrement prégnante dans les départements d’Outre-mer, caractérisés par des contextes historiques, géographiques, socioculturels, économiques et démographiques différents, où les inégalités sociales dans l’accès à la santé sont majeures”, précise le document de l’enquête.
L’enquête s’est élaborée sur un échantillon de 10 259 personnes dans les 4 pays dits d’Outre-mer.
Principaux constats dans les pays dits ultramarins
En 2023, l’âge médian au premier rapport sexuel est compris entre 17,4 ans en Guyane et 18,9 ans à La Réunion chez les femmes et entre 15,7 ans en Guyane et 18,1 ans en Martinique pour les hommes. En 2023, 66,2 % (Martinique) à 76,2 % (Guyane) des femmes et 78,7 % (Guadeloupe) à 86,4 % (Guyane) des hommes de 18-89 ans déclarent avoir eu une activité sexuelle avec un·e partenaire au cours de l’année.
L’activité sexuelle dans l’année est plus fréquente chez les personnes en couple ou ayant un·e partenaire privilégié·e que chez les personnes célibataires, et ce dans tous les départements d’Outre-Mer et à tous les âges. L’activité sexuelle chez les célibataires est plus élevée chez les plus jeunes, notamment chez les hommes. La différence entre les hommes et les femmes se creuse chez les plus âgé·e·s avec une proportion d’hommes célibataires de plus de 50 ans déclarant des rapports sexuels au cours de l’année près de trois fois supérieure à celle observée chez les femmes.
La proportion de personnes déclarant avoir deux partenaires sexuel·les ou plus au cours des douze derniers mois est plus élevée chez les hommes, cet écart s’observant à tous les âges de la vie et quel que soit le territoire. Chez les femmes, cela est davantage observé chez les plus jeunes.
Dans l’ensemble, le recours au préservatif, qu’il s’agisse du premier rapport sexuel ou d’un premier rapport avec un nouveau partenaire, reste faible dans les départements d’Outre-Mer. L’usage du préservatif au premier rapport sexuel avec un nouveau partenaire est inférieur à 55 % dans l’ensemble des territoires et ne diffère pas significativement selon les DROM ni selon le sexe.
En 2023, la proportion de femmes de 18-29 ans déclarant être vaccinées contre l’hépatite B varie de 44,1 % en Guadeloupe à 54,3 % à La Réunion. Chez les hommes, elle se situe entre 34,8 % en Martinique et 49,7 % à La Réunion.
En 2023 dans les départements d’Outre-Mer, 22,7 % (La Réunion) à 28,7 % (Guyane) des femmes de 18 à 89 ans déclarent avoir subi un rapport forcé et/ou une tentative de rapport forcé au cours de leur vie.
Et en Martinique ?
Chez nous, le rapport de l’enquête indique que l’âge médian pour le premier rapport sexuel est de 18,1 pour les hommes et 17,7 chez les femmes. Entre 18 et 29 ans, les femmes déclarent davantage de partenaires alors que l’on observe la tendance inverse dans les trois autres départements. L’écart entre les hommes et les femmes s’accentue au-delà de 30 ans et se maintient aux âges élevés, avec cette fois-ci un nombre de partenaires plus élevés chez les hommes. Sur le plan de la prévention des Infections Sexuellement Transmissible (IST), l’usage du préservatif lors du premier rapport sexuel chez les 18-29 ans est relativement homogène entre les sexes, avec 75,9 % des femmes et 77,9 % des hommes déclarant en avoir utilisé un. Pour le premier rapport avec un nouveau partenaire dans l’ensemble de la population, les taux sont inférieurs, mais restent similaires entre les sexes, avec 51,9 % pour les femmes et 52,7 % pour les hommes.
En matière de couverture contraceptive, 14,4 % des femmes concernées par la contraception, 5% utilisent des méthodes naturelles (incluant le retrait, la méthode Ogino ou du rythme, le diaphragme), et 26,1 % ne recourent à aucune contraception. Les méthodes prescrites par un·e professionnel·le de santé sont peu mentionnées, la pilule concernant 14,3 % des femmes. Pour leur dernière grossesse survenue dans les cinq dernières années, la moitié des femmes déclare qu’elle est survenue au moment souhaité.
Les violences sexuelles (tentative de rapport forcé et/ou rapport forcé) concernent plus de 28 % des femmes, avec une prévalence particulièrement élevée chez les jeunes.
Qu’en est-il de l’homosexualité ?
L’acceptation de l’homosexualité y est plus faible en Martinique que dans les autres territoires d’étude : les femmes et les jeunes sont plus nombreux à déclarer que “l’homosexualité est une sexualité comme une autre” que les hommes et les classes d’âge plus avancées (58,8 % des femmes et 47,5 % des hommes de 18 à 34 ans considèrent que “l’homosexualité est une sexualité comme une autre.” ).
Cette acceptation reste plutôt faible par rapport à la France.
Les pratiques sexuelles avec une personne de même sexe au cours de la vie sont rapportées par 5,1 % (Martinique) à 7,5 % (La Réunion) des femmes de 18 à 89 ans, et 1,9 % (Guadeloupe) à 4,6 % (Guyane) des hommes. Ces expériences sont beaucoup plus fréquentes chez les 18-29 ans.
En considérant les trois dimensions de l’orientation sexuelle, à savoir les pratiques au cours de la vie, l’attirance pour une personne de même sexe et/ou l’auto-identification sexuelle, les résultats montrent que les femmes, notamment les plus jeunes, sont plus nombreuses à s’éloigner de l’hétéronormativité : jusqu’à une femme sur trois et jusqu’à un homme sur huit sont concerné·e·s selon les territoires chez les 18-29 ans.
J-PM





