Mercredi 22 avril, la Direction des Affaires Culturelles (DAC) et l’Agence Régionale de Santé (ARS) ont signé une nouvelle convention “Culture et Santé” couvrant la période 2026-2030. Ce partenariat vise à renforcer la présence d’actions artistiques au sein des hôpitaux et établissements médico-sociaux de Martinique. Théâtre, musique, danse ou encore interventions de clowns à l’hôpital sont mobilisés comme outils d’accompagnement, dans un contexte où les projets culturels sont de plus en plus intégrés aux parcours de soins.
Longtemps cantonnée au divertissement, la présence artistique dans les établissements de santé s’inscrit aujourd’hui dans une approche plus globale du soin. Théâtre, musique, danse ou arts plastiques participent désormais à l’accompagnement des patients, en prenant en compte leur bien-être physique, psychique et social. Au fil du temps, ces pratiques ont évolué pour devenir de véritables outils d’expression. Elles permettent de rompre l’isolement, de stimuler la mémoire et de favoriser les interactions. Dans certains cas, elles contribuent aussi à redonner une place active aux patients, en valorisant leurs capacités plutôt que leurs limitations. Des expériences menées en EHPAD et autres établissements médico-sociaux montrent que ces interventions peuvent améliorer l’attention, réduire l’anxiété ou encore renforcer le sentiment d’appartenance à un groupe. Le chant, par exemple, mobilise la mémoire et encourage la communication, tandis que la danse favorise la mobilité et la confiance en soi.
Une signature officielle pour structurer les actions
C’est dans cette dynamique que s’est tenue la signature de la convention “Culture et Santé 2026-2030” à l’EHPAD du Marin. L’événement a réuni plusieurs acteurs institutionnels et locaux, dont le directeur des Affaires culturelles (DAC), Johan-Hilel Hamel et le directeur général adjoint de l’Agence régionale de santé (ARS) de Martinique, Guillaume Gobenceaux.
Étaient également présents la directrice de l’hôpital du Marin, Sonia Edouard, le maire de la Ville du Marin, José Mirande, ainsi que des associations impliquées dans ces projets, comme Clown Doktè et Alliance sociale. La matinée a été marquée par la signature officielle de la convention, mais aussi par des interventions artistiques et des échanges autour des actions menées sur le territoire.
Un programme déjà bien implanté et un appel à projet à venir
La convention s’inscrit dans la continuité d’un partenariat engagé depuis plusieurs années entre les secteurs de la culture et de la santé. Entre 2021 et 2025, 149 projets artistiques ont été accompagnés en Martinique, pour un financement total de 540000 euros, soit environ 110 000 euros par an.
Ces projets ont concerné un large public : personnes âgées, personnes en situation de handicap ou patients hospitalisés. Près de la moitié des bénéficiaires sont des personnes âgées, pour lesquelles ces actions constituent un levier important de maintien de l’autonomie.
Les disciplines proposées sont variées, même si le spectacle vivant occupe une place importante, représentant une part significative des projets. Musique, danse, théâtre ou encore projets liés au patrimoine culturel local permettent de diversifier les approches et de s’adapter aux publics. La nouvelle convention vise à poursuivre et amplifier cette dynamique. Elle prévoit notamment de faciliter l’accès à la culture pour les publics les plus fragiles, tout en intégrant davantage les artistes dans les politiques de santé.
L’objectif est aussi de développer de nouveaux projets et d’encourager les collaborations entre établissements de santé, structures culturelles et associations. Un appel à projets annuel continuera de soutenir des initiatives sur l’ensemble du territoire.
DAC : “C’est un programme qui a énormément de succès en Martinque”
Pour Séverine Huby, conseillère à la Direction des Affaires culturelles, le succès du dispositif en Martinique est notable :
“C’est un programme qui a énormément de succès en Martinique. 149 projets sur quatre années pour la convention précédente, c’est énorme. […] On a un programme extrêmement dynamique qui reçoit un financement vraiment très intéressant. C’est 110 000 euros par an, ce qui est vraiment un financement confortable”.
Elle insiste également sur son déploiement sur l’ensemble du territoire : “Le programme culture-santé bénéficie à des établissements sur l’ensemble de la Martinique […] vraiment, on a une très belle couverture territoriale et en termes de démocratisation culturelle et d’accès à la culture, ce programme joue vraiment son rôle”.
Des effets concrets sur le terrain
Les intervenants artistiques constatent directement l’impact de ces actions auprès des patients. Anne Vissuzaine, présidente de l’association Clown Doktè, évoque notamment les effets de la musique auprès des personnes âgées : “On va proposer beaucoup de musique, des choses qui vont réactiver la mémoire, par exemple la mémoire émotionnelle, la mémoire sensorielle des personnes, et ça va les animer. […] Tout de suite, il y a la lumière qui vient dans les yeux des personnes, ils se mettent à chanter avec moi et tout d’un coup l’atmosphère change”. Elle souligne également des réactions parfois inattendues : “Des fois, c’est des personnes qui ne parlent pas et qui d’un coup se mettent à chanter, alors qu’elles n’ont pas l’accès à la parole”. Au-delà des EHPAD, l’association intervient aussi auprès des enfants, notamment dans les services pédiatriques. À travers le dispositif “IRM en jeu”, des comédiens accompagnent les jeunes patients âgés de 3 à 8 ans lors de la réalisation d’examens d’imagerie médicale. Concrètement, les enfants sont accueillis par les clowns dès leur arrivée. Des temps d’échange sont proposés pour leur permettre, ainsi qu’à leurs parents, d’exprimer leurs appréhensions. L’accompagnement se poursuit jusqu’à la salle d’examen, puis au moment du réveil, en lien avec les équipes soignantes. L’objectif est de rendre l’examen moins anxiogène grâce à une approche ludique. Cette préparation permet, dans certains cas, de limiter le recours à l’anesthésie générale, de faciliter le déroulement des examens et de réduire les délais liés aux reports. Ce dispositif est notamment déployé dans plusieurs établissements du territoire, dont le CHUM, la MFME ou encore l’hôpital du Carbet. Parallèlement, l’association mène des actions spécifiques en direction des personnes âgées, comme le projet “Kloun Gran Moun”, qui vise à recréer du lien social et à rompre l’isolement en établissement. Selon Anne Vissuzaine, ces interventions s’inscrivent en complément du soin : “Je pense que c’est un allié […] quelque chose de l’ordre de l’émotionnel, de la mémoire, de l’échange”.
M.C





