Jeudi 25 et vendredi 26 juin, les élus de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM), se sont réunis en séance plénière à Plateau Roy pour étudier les 47 dossiers inscrits à l’ordre du jour. Parmi eux, le compte administratif de l’exercice 2025 a retenu l’attention des élus.
La création du Conservatoire d’art de Martinique est adoptée
Après avoir voté à l’unanimité pour l’abrogation partielle des dispositions financières relatives à la subvention accordée à la ville du Lamentin pour l’opération de reconstruction de l’école du 1er degré de Pelletier, les élus se sont attaqués au dossier 17 sur la création et le déploiement du Conservatoire de musique, de danse et d’art dramatique de Martinique. Le dossier a été présenté par Marie-Thérèse Casimirus.
Selon la CTM, le Conservatoire de Martinique poursuivra une ambition claire : offrir aux jeunes Martiniquais une formation artistique de qualité, accessible, reconnue et ancrée dans les réalités culturelles. Il aura également vocation à favoriser l’emploi local, à accompagner les talents vers des parcours de haut niveau et à renforcer la présence de la Martinique dans les réseaux culturels régionaux, nationaux et internationaux. Il sera situé dans les anciens bâtiments administratifs du lycée Schœlcher, tandis que des écoles partenaires réparties sur différentes communes continueront à assurer une offre de proximité.
La CTM précise : “Le Conservatoire débutera ses activités par une phase de préfiguration, avec le lancement des premiers cursus de musique et de théâtre au cours du dernier trimestre 2026. Le cursus danse et le partenariat avec l’Éducation nationale seront déployés à compter de 2027”.
Manuella Clem-Bertholo (Gran Sanblé) rétabli la vérité : “Vous avez trouvé un socle, vous avez trouvé déjà de l’existant. Il suffisait de continuer, mais vous êtes restés 5 ans pour après revenir sous d’autres formes sur ce que nous (ndlr : l’ancienne majorité sous Alfred Marie-Jeanne entre 2015 et 2021) avions déjà entamé et réalisé. EMEA : École martiniquaise d’éducation artistique, ça existait déjà. Le terme de conservatoire, nous ne l’avions pas forcément adopté pour la simple raison que c’est un label qui répond à des critères nationaux français.”
Sur 45 votants, les 45 élus ont voté favorablement.
Le règlement intérieur de la CTM dans le cadre de la loi Plein emploi adopté après un débat animé
Présenté par Audrey Thaly-Bardol, le dossier 23 s’intitule “ADOPTION DU RÈGLEMENT INTÉRIEUR DE L’ÉQUIPE PLURIDISCIPLINAIRE DE LA COLLECTIVITÉ TERRITORIALE DE MARTINIQUE DANS LE CADRE DE LA MISE EN ŒUVRE DE LA LOI POUR LE PLEIN EMPLOI ET DE L’APPLICATION DU DÉCRET RELATIF AUX SANCTIONS-REMOBILISATION APPLICABLES AUX DEMANDEURS D’EMPLOI EN CAS DE MANQUEMENT À LEURS OBLIGATIONS”.
La loi du 18 décembre 2023 pour le plein emploi implique un suivi accru des allocataires du RSA. Le revenu de solidarité active (RSA) assure aux personnes sans ressources un niveau minimum de revenu qui varie selon la composition du foyer. Le RSA est ouvert, sous certaines conditions, aux personnes d’au moins 25 ans et aux jeunes actifs de 18 à 24 ans s’ils sont parents isolés ou justifient d’une certaine durée d’activité professionnelle.
“Les acteurs de l’insertion qui assurent l’accompagnement des allocataires du RSA, signaleront au PCE tout manquement de l’allocataire pouvant donner lieu à une procédure de suspension, de suppression ou de radiation du RSA et de la liste des demandeurs d’emploi”, informe Audrey Thaly-Bardol.
Elle poursuit : “Les éléments constitutifs du dossier de demande de sanctions devront énoncer : le manquement constaté, la fréquence, la nature du revenu ou de l’allocation et la situation de la personne concernée. La loi Plein emploi distingue 4 catégories de manquements :
- L’absence de démarche de recherche d’emploi
- Le non-respect du contrat d’engagement
- Le refus répété d’offres raisonnables d’emploi
- La déclaration mensongère ou fraude”
Pour l’élu de l’opposition Francis Carole (Gran Sanblé), ce vote est un jeu de dupe : “La première sanction que subissent les bénéficiaires du RSA, c’est qu’ils passent des années sans pouvoir trouver un travail. Parce que le contexte économique actuel ne le permet pas. Ils sont exclus et on nous dit qu’il faut sanctionner les exclus quand ils ne se conforment pas de manière stricte aux règles. C’est un jeu de dupe. J’ai un problème éthique par rapport à cela […]
Les politiques françaises mettent tout en œuvre pour combattre la fraude sociale, mais les voleurs en col blanc qui détournent de l’argent, contre eux, il n’y a rien de particulier.”
La sénatrice Catherine Conconne (La Martinique Ensemble) va dans le sens de la loi plein emploi : “On a des gens aujourd’hui qui pensent que pour le RSA, il n’y a pas de tricheur ? Tous les bénéficiaires du RSA sont des ti malheureux bardés de diplômes et qui ne trouvent pas la moindre petite heure de travail à cause du système, du capitalisme, etc. On le dit tous, mais publiquement, on se cache.”
Jean-Philippe Nilor (A2PN), évoque un piège tendu par l’Etat : “Par cette délibération, l’État opère un transfert d’impopularité à notre Assemblée de Martinique en nous demandons d’appliquer, à sa place, ses politiques mortifères de radiation : Ces lois qui n’ont pour objectifs que de manipuler les statistiques de plein emploi.”
Après des interventions de Francis Carole et de Manuella Clem-Bertholo, il y a eu 32 votes POUR (Allians et LME), 6 ABSTENTIONS (A2PN) et 9 NPPV (Gran Sanblé), 0 vote CONTRE.

- Daniel Marie-Sainte (Gran Sanblé)
Sous Letchimy, la dette dépasse le milliard !
Les dossiers concernant la décision modificative de l’exercice 2026 et le compte de gestion de l’exercice 2025, ont été votés à l’unanimité sans contestation des élus de l’opposition (45/47 votes POUR, 2 non-votes).
On ne peut pas en dire autant du dossier 4 concernant le compte administratif de l’exercice 2025, très attendu par l’opposition.
Le conseiller exécutif Arnaud René-Corail présente le dossier : “Les recettes réelles de fonctionnement, le montant réel reçu, est de 1 038,6 M€”, avec un taux de réalisation de 83,8 %. “Nos recettes ont augmenté de 2 %.” Entre 2024 et 2025, les recettes sont passées de 1 018,5 à 1 038M€.
“Les ressources fiscales représentent plus de 70 % des recettes réelles de fonctionnement, mais sont dépendantes des ressources de l’Etat”.
Concernant les dépenses réelles de fonctionnement, elles sont à 1 006,5M€, soit une évolution de 3,78% plus forte que les recettes. L’épargne brute (recettes – dépenses de fonctionnement) serait donc de 32,1 M€.
“Les dépenses d’aide sociale et de santé (charges de personnel comprises) représentent plus de 49% des dépenses réelles de fonctionnement ; les charges de personnel représentent 26 % des dépenses réelles, soit 262 178 233 €.”
La Culture, sports et jeunesse, ne représentent que 2 % des dépenses et le transport 9 %.
Sur les investissements, le rapport indique qu’ “une relance des dépenses d’investissement (hors dette) en 2025, soit 329,5 M€ contre 243,8M€, notamment au profit des subventions d’équipement versées aux tiers pour assurer un effet levier sur les projets structurants du territoire.”
Il est avoué que “Une épargne brute qui se dégrade sous l’effet de la pression de l’aide sociale et de la baisse des dotations. Le renforcement du plan d’optimisation des dépenses et des recettes (ndlr : économies budgétaires) vise à rétablir une épargne nette positive”.
La dette de la CTM s’élevait à 1 008 141 502€ au 31 décembre 2025. L’annuité est de 107 798 900,79€ (dont 80 179 148€ de capital et 27 619 752 d’intérêts). L’Agence Française de Développement est majoritaire avec plus de 54% de l’encours de dette.
“C’est toujours beau d’entendre que les collectivités n’investissent pas, mais ce n’est pas avec 32 millions d’excédent de fonctionnement qu’on doit avoir, c’est 250 millions ! Un pays comme le nôtre doit arriver à ce niveau d’investissement, c’est impossible !”, lance Arnaud René-Corail.
La majorité annonce un résultat net global de l’exercice 2025 est un excédent de 3 522 345,57€. Ce résultat est obtenu grâce aux reports et au solde positif des restes à réaliser établis par le seule CTM.
Marie-Hélène Léotin (Gran Sanblé) intervient et affirme que la majorité est championne du déficit : “Après 10 ans d’existence, zot rivé mété la CTM en défisit […] Le PCE a bien dit : Le résultat du budget principal : – 49M€, le résultat, lorsqu’on regarde tout ce qui rentre, qui est payé, le déficit est de – 16M€. Lorsqu’on regarde le reste à réaliser en dépense et en recette, le résultat global est de 3,7 M€ de déficit. On aurait pu accepter ce déficit si vous aviez pris l’argent pour réaliser certains équipements et dépenses d’investissements, si vous apportiez une solution dans les problèmes du pays, mais on ne voit que des désagréments.”
Daniel Marie-Sainte dénonce aussi la gestion de la majorité : “Ça fait 5 ans que vous êtes là, vous avez présenté des comptes en 2022 qui étaient excédentaires, 2023 et 2024. Au bout de 5 ans, vous mettez la collectivité en déficit. Ce sont vos propres chiffres […] Vous poussez tout le monde, tous les satellites, à dire qu’il y a une opportunité de consommer les fonds européens et quand je regarde, vous êtes à – 20,4 %. Si, par rapport à 2024 tout a baissé en 2025, il y a un qui a augmenté, voir explosé : la dette a dépassé le milliard ! […] Si j’ai bien fait mes calculs, vous êtes à 17 ans et 7 mois. C’est nettement en hausse par rapport à ce que nous avions constaté à la fin de l’exercice 2024.”
Il évoque des manquements dans les documents de la majorité : “Il y a des déficits que vous ne faites pas mention dans vos documents. La CTM dispose de beaucoup de satellites et la quasi-totalité des satellites est en déficit. La situation est plus grave à l’IFMPA avec 4 millions de déficit en fonctionnement et que la CTM devait 10 190 000 € à l’IFMPA. Même chose pour le PARM qui est en déficit. Tous ces déficits viennent gonfler le déficit ! Alors les petits 3 millions et demi et que vous avez dégagé en global en s’appuyant sur les reports antérieurs seront largement effacés par tous ces déficits cumulés dans tous les satellites que vous êtes en train de détruire !”
La Collectivité a publié un communiqué très flatteur de sa gestion : “la CTM confirme sa volonté de poursuivre une trajectoire de gestion responsable, transparente et durable. L’exercice 2025 marque une étape importante dans la stratégie de redressement engagée par la Collectivité. Les premiers résultats du plan d’optimisation des recettes et des dépenses traduisent la mobilisation de l’ensemble des services et la détermination de l’Exécutif à restaurer progressivement les équilibres financiers, sans renoncer aux missions essentielles de service public conduites au bénéfice des Martiniquaises et des Martiniquais”.
“Optimisation” dans le langage du PCE veut dire “économies budgétaires”.
Sur 47 votes, il y a eu 32 votes POUR (Allians et LME), 10 CONTRE (Gran Sanblé) et 5 absentions (A2PN + Louis Boutrin).
J-P Mert





