Le sénat se demande pourquoi l’échec de la politique de développement de la France dans les DOM ?

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Le quotidien France-Antilles des vendredi 14, samedi 25 et dimanche 25 avril 2026 a publié un article intitulé “Outre-mer : le sénat enquête sur les inégalités systémiques”. Les problématiques posées méritent que l’on s’y arrête.

De fortes inégalités

Il est expliqué : “En déplacement en Martinique cette semaine, une commission d’enquête du Sénat examine les inégalités systémiques qui touchent les territoires ultramarins et leurs habitants. L’objectif est de pointer mais surtout de comprendre pourquoi les politiques publiques échouent à combler des écarts sociaux, sanitaires et économiques qui restent alarmants. Pauvreté, santé, logement, mobilité, chômage, formation, revenus, accès aux services publics… Quel que soit l’indicateur, le constat est le même : en dépit des diverses politiques publiques de “rattrapage”, les territoires ultramarins souffrent encore de fortes inégalités par rapport à l’Hexagone. Et certaines tendent même à s’aggraver. “C’est un non-respect de la promesse républicaine”, tranche Évelyne Corbière Naminzo, rapporteure de la commission d’enquête et sénatrice de La Réunion. Une réflexion partagée par Catherine Conconne, vice-présidente de la commission d’enquête et sénatrice de la Martinique : “On ne peut pas être français et subir tout cela. Ce n’est plus possible, la devise de la République est “Liberté, Égalité, Fraternité” et cela doit être activé”.”

C’est quoi le dit “rattrapage” ?

Bravo pour le constat. Cependant la commission sénatoriale devrait s’interroger sur la validité de la politique dite de “rattrapage” qui voudrait, depuis la départementalisation économique des années 1970, en injectant des capitaux publics dans les DOM réduire les différences avec la France, particulièrement au plan social. Sans réduire la dépendance économique. Et aussi pourquoi toujours comparer avec le dit “Hexagone”, pays hyper-développé ? Ne faudrait-il pas comparer avec des pays en voie de développement ? Les inégalités concernent les habitants eux-mêmes, notamment en matière de revenus.

En outre pourquoi des “inégalités systémiques” ?

L’article indique : “Les travaux mettent en lumière des inégalités que la commission d’enquête qualifie de “systémiques”, car elles se cumulent et se renforcent mutuellement. “Elles sont interconnectées les unes aux autres, elles sont reliées entre elles, et l’une agit sur l’autre”, explique Évelyne Corbière Naminzo”. Fort bien. C’est ce que des économistes ont qualifié le “cercle vicieux du mal-développement” qu’il faut briser.

Des indicateurs sociaux catastrophiques

L’article poursuit : “Ces inégalités touchent tous les aspects du quotidien, et les indicateurs sont particulièrement préoccupants. Le chômage demeure structurellement plus élevé que dans l’Hexagone : en Martinique il a atteint 13,4 % en 2025, contre 7,9 %. Les taux de pauvreté dépassent largement la moyenne nationale. 28 % de la population martiniquaise vit sous le seuil de pauvreté, 15 % en France hexagonale. Un enfant sur deux grandit dans un foyer pauvre à La Réunion, six sur dix en Guyane et huit sur dix à Mayotte. Les inégalités se manifestent aussi dans le domaine sanitaire. La surmortalité infantile est deux fois plus élevée que dans l’Hexagone. En Martinique, elle atteint huit décès pour mille naissances, contre 3,5 pour mille au niveau national. À cela s’ajoutent un décrochage scolaire deux fois supérieur à la moyenne nationale et une forte prévalence de maladies chroniques, comme le diabète, les cancers, les pathologies cardiovasculaires ou l’obésité. Autant de facteurs qui pèsent durablement sur les trajectoires individuelles et collectives. Du côté du droit des femmes, les inégalités aussi se font durement sentir : le pack nouveau départ pour les victimes de violences conjugales n’est pas déployé dans tous les Outre-mer et le 3919 (plateforme d’écoute pour les violences sexistes et sexuelles) n’est pas localisé en Martinique.

Autant d’indicateurs sociaux qui classent notre pays plutôt dans les pays en voie de développement”.

Découverte de la crise du transport

France-Antilles mentionne que la commission sénatoriale va plus loin. “Le transport, facteur aggravant. Initialement absente de son cadrage, la question des transports s’est imposée comme un axe majeur des travaux de la commission d’enquête. Aller travailler, se former, consulter un médecin ou simplement accéder à un service public dépend fortement des possibilités de transport. En Martinique notamment, elle apparaît clairement comme un facteur aggravant des inégalités et pour toutes les personnes rencontrées sur le terrain, la mobilité est revenue comme étant le point de blocage systématique de toute initiative en matière de politique publique et de progrès de la population (…)”.

La question du transport a été laissée aux collectivités locales avec des moyens financiers insuffisants laissant le marché libre pour l’importation de véhicules d’Europe.

Enfin cela est complété par une autre observation : “ (…) La commission a donc décidé d’intégrer dans son enquête la mobilité interne mais aussi externe. “Il y a aussi le grand sujet commun aux Outre-mer, c’est la continuité territoriale avec l’Hexagone, qui n’est pas non plus un volet que nous avions prévu d’investir”, ajoute Évelyne Corbière Naminzo”. Résurgence de la fameuse et illusoire “continuité territoriale”, comme si la France et les Caraïbes ou l’Océan indien sont un seul territoire géographique à l’image de la Corse. Il faut contrôler les prix des transports maritimes et aériens dans une économie insulaire.

Pourquoi l’échec ?

La commission se pose donc des questions sur l’échec de la politique appliquée: “Une action publique jugée à bout de souffle. Les politiques publiques, souvent pensées à l’échelle nationale, peinent à s’adapter aux réalités locales, et les territoires d’Outre-mer semblent gérés au rythme des crises économiques, sociales et climatiques. Résultat : malgré les dispositifs de rattrapage, les écarts ne se réduisent plus. La commission veut comprendre les raisons de cet échec : problèmes de moyens, d’efficacité ou de conception de l’action publique ?”.

La réalité est que la bonne méthode n’est pas le “rattrapage” en copiant le modèle français piloté de Paris et Bruxelles, mais de donner à chacun des pays dénommés “DOM” la capacité de concevoir son modèle propre de développement et les instruments juridiques et financiers de les mettre en œuvre.

Les bons sentiments assimilationnistes de la commission sénatoriale ne suffiront pas à lever la chape de plomb du système de type néo-colonial qui corsète notre pays.

MB

Légende : Viviane Malet, Catherine Conconne et Évelyne Corbière Naminzo sont respectivement présidente, vice-présidente et rapporteure de la commission d’enquête sénatoriale sur les inégalités. • ERICKA MORJON | France-Antilles

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