Le vote par l’Assemblée nationale d’une loi habilitant la Collectivité territoriale de Martinique de créer par une loi locale une Autorité unique de l’eau a provoqué une réaction virulente de deux maires et élus de Communauté de communes du Centre de la Martinique (Cacem) : Daniel Chomet, ex-président de la régie des eaux ODYSSI et nouveau maire de Schoelcher, et Yann Monplaisir, nouveau président d’Odyssi et maire de Saint-Joseph.
Ils n’y vont pas de main morte. Ils ont publié un communiqué le 15 juin dernier qualifiant l’habilitation de “coup de force anti-démocratique” et de “véritable coup de poignard dans le dos du peuple martiniquais”.
Trempant leur plume dans le fiel et le piment, ils écrivent sans craindre le ridicule : “La récente loi d’habilitation relative à l’eau en Martinique ne constitue pas seulement une réforme administrative. Elle soulève une question essentielle sur le fonctionnement de notre démocratie et sur les méthodes employées pour modifier l’organisation institutionnelle de notre territoire. En effet, ce qui vient de se produire dans le domaine de l’eau pourrait demain se reproduire dans un domaine autrement plus sensible : celui de l’évolution statutaire de la Martinique”.
Sans vergogne, ils agitent le chiffon rouge : “Le véritable enjeu est de s’assurer qu’aucune évolution majeure de notre organisation institutionnelle ne puisse être décidée sans une consultation démocratique incontestable”.
Et ils lancent un avertissement doté de son pesant de sous-entendus et de menace : “C’est pourquoi cette affaire doit être regardée comme un signal d’alerte”. La vieille agitation de la peur.
Tenter de rationaliser la gestion défaillante de l’eau serait un banc d’essai pour placer de force la Martinique dans l’Autonomie ?
L’Assemblée de la Martinique a voté à l’unanimité la demande d’habilitation de créer une Autorité unique après avoir tenté de résoudre la question de l’eau avec les EPCI que la loi française a rendus responsable de sa gestion au détriment des communes.
Des EPCI et des communes désargentées. Odyssi présente un déficit de 15 millions d’euros et des comptes “insincères” que Yann Monplaisir, effrayé après son accession à sa présidence, a envisagé de combler par une augmentation du tarif de l’eau.
Résultat de tous ces atermoiements : des prix de l’eau différents sur notre territoire, des modes de gestion dissemblables du Nord et au Sud par des multinationales et une régie publique au Centre. Et surtout pas d’investissements suffisants pour la réfection des réseaux occasionnant des fuites allant jusqu’à 48 % de la production qui ne parvient pas aux usagers. Et plus grave : Toujours pas de tarif social de l’eau au bénéfice des ménages les plus modestes.
Par ailleurs, faire croire qu’il serait possible d’appliquer un changement institutionnel ou statutaire sans consulter le peuple martiniquais est une escroquerie intellectuelle grossière : la Constitution française impose une consultation populaire du territoire concerné et du Parlement français d’une part. D’autre part ces consultations ont déjà été organisées en 2003 et en 2010 sur des projets institutionnels. Par exemple, la Collectivité unique a été instaurée en 2015 suite à un vote des citoyens(es) martiniquais(es) en 2010.
Cependant, comme on dit en Kréyol, “yo ka pran douvan avan douvan pran yo”. Ils savent qu’un vote unanime du Congrès des élus a demandé en octobre 2025 pour la Martinique un “pouvoir normatif autonome”.
Nous voilà prévenus que la bataille pour le changement réel en Martinique sera rude.
Fok nou paré !
Michel Branchi (22/06/2026)





