Le dimanche 19 avril 2026, le maire de Rivière-Pilote a fait fermer, avec un cadenas les locaux du GRAC, l’association gestionnaire de RLDM. Une décision est vivement contestée par le conseil d’administration de l’association et les militants, qui dénoncent un abus de pouvoir de la municipalité. Jeudi 23 avril, lors d’une conférence de presse, les représentants de l’association sont revenus sur les faits. Francine CARIUS, Vice-Présidente du GRAC, nous a accordé un entretien pour livrer son analyse de la situation.
Thibault Charles : Pouvez-vous revenir sur les circonstances exactes de la fermeture de RLDM ? À quel moment avez-vous été informé de cette décision ?
Francine Carius : Je veux avant tout rappeler que RLDM est gérée depuis sa création en 1986 par le “GRAC” (Groupe d’action culturel Eugène Lacaille) qui existe depuis 1984. RLDM est une radio politique, c’est une radio d’opinion, c’est une radio libre. RLDM émet depuis 40 ans en respectant scrupuleusement les règles édictées par les instances supérieures de l’audiovisuel. Le pluralisme est l’un des crédos de la radio : tous les courants politiques, les représentants de la vie culturelle, sociale et économique ont été reçus pour s’exprimer. Aucune remarque n’a pu lui être faite à ce sujet par l’ARCOM. Nous fonctionnons selon une ligne éditoriale et une programmation, toutes les deux approuvées par l’ARCOM.
Dimanche matin, nous avons appris via les réseaux que le maire de Rivière Pilote avait posé un cadenas sur la porte du local qui abrite le GRAC et donc RLDM. Nous nous sommes donc rendus sur les lieux, où précisément trois militants du MIM, élus conseillers municipaux, étaient invités à participer à l’émission “La Pawol o Pep” de 10h à 12h. À notre arrivée nous avons effectivement constaté qu’il y avait bel et bien un cadenas posé sur la porte et que le maire était là à nous attendre avec ses hommes, comme s’ils voulaient en découdre avec nous.
Il a fallu l’intervention de gendarmes afin qu’il accepte d’ouvrir le local et permettre aux techniciens de récupérer quelque matériel. Notre détermination a permis qu’après ½ heure d’interruption RLDM a pu recommencer à émettre jusqu’à maintenant et pour toujours.
TC : Comment pourriez-vous décrire l’évolution des relations entre l’association et la mairie, au fil des années ?
FC : Depuis l’arrivée de ce nouveau maire en 2020, l’association n’a reçu aucune subvention numéraire venant de la collectivité, hormis la dotation en nature que constitue la mise à disposition du local et la fourniture d’énergie décidée par ses prédécesseurs. A plusieurs reprises chacun a pu lire ou entendre les menaces proférées par le maire (assemblée de Martinique, le quotidien France-Antilles) visant la fermeture de la radio. Il feint d’ignorer que, dans certains cas et même souvent, on ne peut pas “fermer” ce qu’on n’a pas ouvert.
Je tiens à préciser que le seul courrier que nous ayons reçu, c’était pendant que nous étions présents, dimanche matin. Il a transmis via whatsapp un courrier au président de l’association indiquant qu’il lui demandait de restituer les locaux au plus tard le 1er juin. Le seul motif évoqué est le fait qu’étaient invités sur la radio des militants qui font partie de son opposition municipale et qu’il n’avait pas été informé. Il ne supportait plus l’idée selon laquelle que parmi les dirigeants de l’association, il puisse y avoir des politiques. Je vous laisse le soin d’apprécier. Quant à moi voici les mots qui me viennent à l’esprit pour caractériser un tel acte : abus d’autorité, ingérence, dictature, censure.
TC : Le 20 avril 2026, Jean François BEAUNOL a déclaré au micro de Martinique La Première “J’ai été placardé, méprisé, insulté, injurié sur cette radio là.” Est-ce réellement le cas ?
FC : Je ne sais pas de quoi il parle ni à quoi il voudrait faire allusion. Vous savez nos émissions abordent des sujets tellement intéressants et passionnants pour nos auditeurs qu’il n’y a pas de place pour ce genre d’allégations. La mission que nous nous sommes assignés c’est d’informer et éduquer le peuple Martiniquais, nous nous y attelons. Ce geste scandaleux auquel nous assistons me rappelle simplement que nous avons encore beaucoup à faire en la matière. Pour moi la seule véritable insulte, c’est cet acte de barbarie inqualifiable à mon sens.
TC : En étant posé sur la porte du local, ce cadenas devient-il symbole d’atteinte à la liberté d’expression ?
FC : Les raisons avancées par monsieur le Maire sont de faux prétextes. Dans tous les pays démocratiques il y a une majorité et une opposition, tout le monde a le droit de s’exprimer. Décider que la minorité n’aurait pas le droit de le faire est une atteinte grave à la liberté d’expression. On ne bâillonne pas les citoyens quelles que soient leurs opinions !
TC : Votre radio se veut ouverte à tous les courants, même opposés au vôtre. En 2024, l’un des adjoints du maire a même été interviewé lors d’une émission de Miguel Duval, l’un des membres de l’association. Cette volonté de pluralisme n’aurait-elle pas dû, au contraire, justifier son maintien ?
FC : Tous les samedis après-midi, les personnalités de tout bord politiques sont invitées à venir s’exprimer. A plusieurs reprises le maire de Rivière Pilote a été invité à prendre la parole, mais il a toujours refusé. Il s’est fait représenter par un de ses adjoints, le samedi 18 mai 2024. C’est l’unique fois qu’il a donné suite à une des invitations de la radio. C’était peut-être pour mieux se plaindre aujourd’hui ? Hélas !
TC : Tout à l’heure, vous avez précisé que vous ne seriez pas restés sans rien faire. Envisagez-vous de réagir juridiquement ?
FC : Absolument, nous avons d’ailleurs tenu une conférence de presse, ce jeudi 23 avril 2026, au Lamentin, en compagnie de notre avocat. Nous avons entamé une procédure afin de faire valoir nos droits, mais surtout par respect pour notre Président Alfred MARIE-JEANNE et Lucien VEILLEUR qui ont tant fait pour RLDM.
TC : Plusieurs fois, il a été question de la dépendance financière des locaux de la radio vis-à-vis de la mairie. Envisagez-vous d’en sortir ?
FC : Je veux rappeler qu’il y a deux possibilités pour une collectivité d’aider des associations. Soit par le versement d’une subvention ou alors en nature et dans ce dernier cas, l’aide doit être évaluée. Le GRAC n’est pas la seule association de la ville à bénéficier d’une mise à disposition d’un local avec fourniture d’énergie, il n’y a donc rien d’illégal.
TC : Aujourd’hui, quel message adressez-vous à monsieur Beaunol ?
FC : Simplement que la fonction de maire ne lui octroie aucun droit d’ingérence dans le fonctionnement du GRAC, ni dans la ligne éditoriale, ni dans la programmation de RLDM, encore moins pour choisir la gouvernance, modifier la ligne éditoriale ou encore choisir les invités. La liberté d’expression est un droit fondamental, elle n’est pas négociable. Un cadenas sur une porte ne fera pas taire une voix.
RLDM vivra et émettra, RLDM émettra et vivra !
Propos recueillis par Thibaut Charles





