À 77 ans, Madame P. accompagne seule sa fille en situation de handicap malgré sa propre perte d’autonomie. À 82 ans, Monsieur C. enchaîne les démarches sans obtenir l’aide attendue. Sur l’île, ces situations illustrent les difficultés rencontrées par de nombreuses familles. Dans ce contexte, la CTM et l’ARS ont lancé la première Conférence territoriale de l’autonomie, avec l’objectif de mieux organiser les réponses existantes.
Sur le terrain, les associations constatent chaque jour les limites du système actuel : manque d’informations, procédures longues, services dispersés, difficultés d’accès pour les personnes isolées ou vulnérables. Carmen Fall, vice-présidente du Conseil territorial de la citoyenneté et de l’autonomie, évoque le cas de Madame P., 77 ans, aidante de sa fille adulte en situation de handicap. “Elle est elle-même en perte d’autonomie et ne bénéficie d’aucune aide pour elle. Elle ne parvient pas à trouver de structure adaptée pour sa fille, mais surtout, elle ne sait même pas vers qui se tourner.” Aujourd’hui, ce sont parfois les voisins qui prennent le relais. “Elle nous dit : je n’ai pas d’informations, je ne sais pas où aller, je ne comprends pas ce qui me concerne pour obtenir les réponses que j’attends.”
Autre situation : celle de Monsieur C., 82 ans, vivant seul dans une zone rurale. Depuis plus de six mois, il attend une complémentaire santé. Faute d’avoir pu récupérer un document demandé sur internet, il a dû annuler deux rendez-vous médicaux urgents : “Il fait de nombreux allers-retours, parfois à pied. Et pendant ce temps, son réfrigérateur est en panne. Il nous dit qu’il aurait aimé que quelqu’un soit là pour l’aider dans ses démarches.”
Un territoire confronté au vieillissement et au handicap
Ces situations individuelles s’inscrivent dans une transformation plus large du territoire. La population martiniquaise vieillit rapidement, tandis que les besoins d’accompagnement progressent.
Le président du Conseil exécutif, Serge Letchimy, rappelle que la Martinique compte aujourd’hui environ 350 000 habitants, contre près de 400 000 auparavant : “Dans les années qui viennent, près de 60 % de la population aura plus de 60 ans. C’est un enjeu majeur.”
Le nombre de personnes en situation de handicap accompagnées a également fortement augmenté, passant d’environ 10 000 en 2004 à près de 30 000 en 2024.
Mieux coordonner les réponses
Face à la complexité des parcours liés à la perte d’autonomie, la CTM et l’ARS ont lancé la Conférence territoriale de l’autonomie, qui marque la mise en place du Service public territorial de l’autonomie (SPTA). L’objectif est de transformer l’organisation actuelle sans créer une structure supplémentaire, mais en rendant les acteurs déjà existants plus lisibles et plus coordonnés.
Concrètement, ce nouveau dispositif doit fonctionner comme un guichet unique. L’idée est que les personnes âgées, les personnes en situation de handicap et leurs aidants puissent trouver un point d’entrée clair, sans avoir à multiplier les démarches ni à passer d’un service à l’autre. L’accompagnement doit être continu, plus fluide et mieux adapté aux situations individuelles.
Autour de cette organisation, plusieurs acteurs étaient réunis lors de la conférence : la CTM, l’ARS, les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), le rectorat, les services de l’emploi et les organismes spécialisés dans l’insertion des personnes en situation de handicap, ainsi que l’ensemble des structures impliquées dans les politiques d’autonomie. Tous sont appelés à travailler de manière plus coordonnée, dans une logique de coopération renforcée entre les secteurs sanitaire, médico-social, social et les acteurs dits “de droit commun”.
Le pilotage du dispositif est assuré conjointement par la CTM, sous la présidence du président du Conseil exécutif, et par l’ARS en vice-présidence.
Le SPTA repose sur quatre missions principales : garantir un accueil et une orientation uniques, assurer l’instruction des droits, coordonner les solutions concrètes d’accompagnement, et renforcer le repérage ainsi que les actions de prévention et “d’aller vers” les publics les plus fragiles.
L’enjeu affiché est de décloisonner des services souvent jugés trop dispersés, afin de rendre les démarches plus lisibles et de mieux répondre aux besoins du terrain.
M.C





