La nouvelle augmentation des prix des carburants, entrée en vigueur ce 1er mai, suscite de vives inquiétudes chez les infirmiers libéraux. Très dépendants de leurs véhicules pour assurer les soins à domicile, ces professionnels de santé redoutent un impact direct sur leur activité, déjà fragilisée par la hausse générale des charges.
Depuis le jeudi 1er mai, le litre de sans-plomb est passé à 1,96 euro (+10 centimes), tandis que le gazole a franchi la barre des deux euros pour atteindre 2,09 euros (+14 centimes).Une évolution qui touche de nombreux secteurs comme le BTP, les transports ou encore les professions itinérantes.
Mais du côté des infirmiers libéraux, la situation est jugée particulièrement sensible.
Des tournées quotidiennes indispensables
Chaque jour, ces soignants sillonnent les routes pour assurer injections, pansements, perfusions, prises en charge de personnes âgées ou dépendantes, parfois dès l’aube et jusqu’en soirée.
Marie-Danielle Eguienta, secrétaire adjointe de la fédération nationale des infirmiers de la Martinique (FNI 972), souligne le poids croissant du carburant dans les dépenses professionnelles :
“Cela impacte énormément notre activité. Nous faisons des tournées tous les jours, dimanche, jours fériés compris. Il faut assurer la continuité des soins à domicile, donc nous sommes obligés de nous déplacer quotidiennement. Depuis la flambée des prix, nous essayons d’organiser nos tournées pour dépenser le moins possible, mais ce n’est pas toujours facile.”
Selon elle, les réalités diffèrent selon les secteurs.En zone urbaine, les distances peuvent rester limitées, mais dans d’autres communes, certains professionnels parcourent plusieurs milliers de kilomètres chaque mois.
“Une collègue du François effectue près de 2 900 kilomètres par mois. Cela représente environ 35 000 kilomètres par an. Ce sont des dépenses énormes, auxquelles il faut ajouter l’entretien du véhicule, les pneus, les réparations et toutes les autres charges.”
Le maintien à domicile en question
Alors que le vieillissement de la population renforce les besoins en soins à domicile, la profession craint que cette pression économique ne fragilise davantage l’offre de soins sur le terrain.
“Le métier du domicile est en péril. Si rien n’est fait, cela deviendra de plus en plus compliqué de se déplacer sur tout le territoire pour assurer la continuité des soins. Nos déplacements sont indispensables. Nous passons nos journées sur la route, parfois de 6 heures du matin à 21 heures ou 22 heures”.
Les infirmiers rappellent que le maintien à domicile repose en grande partie sur leur capacité à intervenir rapidement auprès des patients, souvent vulnérables ou en perte d’autonomie.
Une aide existe, mais reste peu sollicitée
Face à la hausse des coûts, une aide liée à la taxe carburant peut être demandée auprès de la Collectivité territoriale de Martinique. Le dispositif, obtenu après des démarches des Union Régionale des Professionnels de Santé (URPS), permet un remboursement pouvant atteindre plusieurs centaines d’euros selon le kilométrage annuel.
“On peut percevoir jusqu’à environ 700 euros, selon le nombre de kilomètres effectués. Mais beaucoup d’infirmiers ne le demandent pas, car les démarches sont longues et administrativement lourdes. Nous manquons souvent de temps pour remplir tous les dossiers.”
Des inquiétudes pour l’avenir
Dans la profession, certains redoutent que ces contraintes financières finissent par décourager de nouvelles installations, voire poussent certains cabinets à cesser leur activité.
Les représentants du secteur demandent désormais des mesures plus adaptées à la réalité du terrain, estimant, que sans soutien concret, les hausses successives du carburant pourraient peser durablement sur l’accès aux soins à domicile.
M.C





