IEDOM : Economie stabilisée ou en recul ? Le changement de développement frappe à la porte

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Après l’Institut national des statistiques et des enquêtes économiques (INSEE) qui a publié au début de ce mois une note de conjoncture sur l’année économique martiniquaise en 2025 en recul (cf Justice n°15 du 9 avril 2026), c’est au tour de l’Institut d’émission des DOM (IEDOM) de rendre compte de son analyse de l’activité économique en Martinique pour la même année (Conjoncture économique n°828-avril 2026).

Elle est titrée : “Synthèse annuelle 2025 ; Une économie stabilisée, mais sans nouveau souffle”.

L’Iedom porte l’appréciation globale suivante : “Après une fin d’année 2024 marquée par des mouvements sociaux, l’économie martiniquaise a amorcé un redressement progressif, avec un indicateur du climat des affaires (ICA) qui est repassé au-dessus de sa moyenne de longue période en début d’année. Ce retour à l’équilibre s’est ensuite consolidé, comme le matérialise la progression de 5 points de l’ICA moyen sur l’année, mais sans pour autant qu’un véritable élan ne semble se dessiner, dans un contexte où l’incertitude est toujours prégnante pour les chefs d’entreprise”.

Il poursuit : “Le marché de l’emploi est en berne et semble encore porter les stigmates de la fin d’année 2024. Les investissements évoluent sans réelle dynamique, alors que la consommation des ménages se maintient, soutenue par une baisse de l’inflation et des coûts de financement.

La situation des secteurs d’activité reste contrastée, le secteur primaire et le BTP sont toujours fragilisés, tandis que le tourisme est porté par le dynamisme de l’activité croisière. Le niveau de défaillances des entreprises martiniquaises, en hausse tendancielle, constitue un point de vigilance”.

L’Insee, se basant sur le nombre d’heures rémunérées enregistrait un recul de l’activité économique de 0,8 %.

Dans le détail des grandes fonctions économiques on relève les points ci-après de l’Iedom.

Les marchés de l’emploi et du travail malmenés

Le marché de l’emploi montre toujours des signes de fragilité en 2025. Les effectifs salariés reculent de 0,4 % sur un an, avec la poursuite de la baisse de l’emploi privé (-0,7 % sur un an et -1,7 % depuis le point haut de mi-2023). Ce recul annuel représente une perte de 580 emplois pour le secteur privé.

Parallèlement, le marché du travail montre également des signes de tension avec un taux de chômage en progression à 13,4 % en 2025, contre 12,4 % en 2024 et 10,8 % en 2023. Selon l’Insee, le nombre d’inscrits à France Travail (hors RSA et jeunes en parcours) serait en hausse de 1,7 % pour la catégorie A et de 1,6 % pour les catégories A, B, C entre les quatrièmes trimestres 2024 et 2025.

L’inflation s’est modérée et stabilisée

Après un net repli en début d’année, l’inflation s’est maintenue à un niveau stable en 2025 (moyenne annuelle à +1,1 %), affichant une baisse sensible par rapport à 2024 (+2,8 % en moyenne).

A noter que l’Iedom s’appuie sur les résultats du Protocole vie chère : “Suite aux manifestations contre la vie chère et au protocole d’accord signé fin 2024 visant à baisser les prix de 69 familles de produits de consommation courante (soit 6 000 références), un nouveau bilan général a été réalisé à fin octobre 20253. Celui-ci annonce une baisse de prix de 10,5 % en moyenne pour 54 familles de produits pour lesquelles l’octroi de mer et la TVA ont été fixés à zéro, et de 6,6 % pour les autres familles de produits bénéficiant d’une mise à zéro de la TVA seulement(…). En parallèle, l’indice des prix alimentaires a progressé de 0,7 % entre la mise en place du protocole en octobre 2024 et décembre 2025, contre 2,4 % pour la Guadeloupe qui n’a pas bénéficié de ce protocole”. Dont acte.

La consommation semble se maintenir

En 2025, la consommation des ménages présente un léger dynamisme. Ce diagnostic repose principalement sur des recettes de TVA en hausse de 3,0 % sur l’année et sur la progression des importations de biens de consommation non durables (+6,9 % en valeur). Par ailleurs, plusieurs indicateurs restent mal orientés : les importations de biens de consommation durables et les immatriculations de véhicules pour les particuliers sont en baisse respectivement de 4,4 % et 1,0 % par rapport à 2024. Cela s’accompagne également d’une plus forte vulnérabilité pour une partie des ménages martiniquais avec une hausse importante du nombre total de dossiers déposés à la commission de surendettement en 2025 (+28,6 % par rapport à 2024). L’Iedom ne donne pas d’éléments sur les salaires et revenus pour juger de l’évolution du pouvoir d’achat.

L’incertitude pèse sur l’investissement

Les incertitudes budgétaires au niveau national et les tensions liées aux droits de douane à l’international ont largement pesé sur la confiance des chefs d’entreprise martiniquais. Selon l’enquête de conjoncture du quatrième trimestre 2025, 51 % des répondants estiment qu’il est difficile ou modérément difficile de prédire l’évolution future de la situation de leur entreprise.

Les immatriculations de véhicules utilitaires reculent en revanche de 25,0 % par rapport à 2024, prolongeant la baisse déjà observée l’an dernier. Les crédits à l’investissement des entreprises ont également baissé de 2,0 % sur l’année, affichant un réel changement de dynamique après plusieurs années de hausse. Cela est inquiétant pour l’avenir.

Le déficit commercial important reste stable

En valeur, les importations hors produits pétroliers augmentent en 2025 par rapport à 2024 (+5,2 %), tandis qu’elles diminuent légèrement en volume (-2,7 %). Les exportations hors produits pétroliers sont, elles, en baisse de 7,3 % sur l’année (en valeur). La Martinique importe de l’inflation.

Le déficit commercial se maintient à 2,9 milliards d’euros. La dépendance ne diminue pas.

Des difficultés perceptibles dans une majorité de secteurs

Secteurs primaire et agroalimentaire : des fragilités toujours présentes

Sur l’année, les entreprises déclarent un chiffre d’affaires médian en repli de 3 %.Les exportations de bananes et de rhum progressent respectivement de 4,4 % et 1,8 % en volume, par rapport à 2024. La campagne cannière 2025 voit une hausse des tonnages broyés (+4,1 %), avec toutefois une baisse de la teneur en sucre. Cela a notamment affecté la production de l’usine du Galion qui a atteint un point bas historique en 2025 avec seulement 262 tonnes de sucre produites. La campagne 2026 est porteuse d’espoir avec un objectif de production d’au moins 2 000 tonnes.Enfin, la situation reste orientée à la baisse dans la production animale avec un recul du volume total d’abattages (-4,4 %), et plus particulièrement dans la filière porcine (-6,0 %).

Tourisme : un secteur qui a le vent en poupe grâce aux croisiéristes

La Martinique a accueilli 1 029 863 touristes en 2025, contre 988 301 en 2024, soit une hausse de 4 %. Le nombre de nuitées hôtelières est en baisse de 7,0 % sur l’année. Une partie de cette baisse étant liée à la fermeture de l’hôtel de la Batelière et à la poursuite du développement de l’offre de location saisonnière. L’activité de croisière a été plus dynamique avec une hausse du nombre de croisiéristes de 19,7 % par rapport à 2024.

Bâtiment et Travaux Publics : une année difficile

Les indicateurs économiques dans le secteur du BTP sont globalement mal orientés en 2025. Les mises en chantier reculent de 4,3 % et le chiffre d’affaires médian déclaré par les entreprises du secteur recule de 5 % par rapport à 2024. Les importations de carrelage sont en baisse de 5,1 % et les ventes de ciment chutent de 11,2 % par rapport à 2024.

Commerce : un secteur qui peine à rebondir

L’enquête de conjoncture révèle que le solde d’opinion relatif à l’activité des entreprises qui s’était fortement dégradé fin 2024 ne s’est que peu redressé en 2025 démontrant un pessimisme marqué des entreprises dans ce secteur. Le chiffre d’affaires des entreprises du secteur afficherait une timide hausse en 2025 (+1 % en valeur médiane). Soit un peu moins que l’inflation (+1,1 %).

L’activité bancaire croît à un rythme ralenti

Fin 2025, l’encours de crédits atteint plus de 13 milliards d’euros en Martinique, alors qu’en contrepartie, les dépôts bancaires se rapprochent des 11 milliards d’euros.

Des financements aux entreprises en repli, reflet des difficultés sectorielles

Du côté des entreprises, l’encours global de crédits se replie en 2025 (-2,2 %, après +3,8 % en 2024). La composante principale, les crédits à l’investissement, marque une réelle évolution avec une baisse de l’encours (-2,0 % en 2025), qui fait suite au net ralentissement constaté l’année précédente (+3,5 % en 2024 contre +7,1 % en 2023), traduisant une production de crédits moins bien orientée. L’attentisme semble de rigueur, et la plupart des secteurs d’activité connaissent une contraction de leurs encours.

Celle-ci est particulièrement marquée dans l’industrie (-20%), le commerce (-11 %) et dans les activités financières (-14 %), qui regroupent notamment des holdings de groupes. S’agissant des crédits d’exploitation, ils reculent de façon marquée en 2025 (-20,5 %, après -2,8 % en 2024). Les crédits à l’habitat augmentent de 0,7 % en 2025, contre respectivement +4,1 % et +4,4 % en en 2024 et 2023. Pour leur part, les crédits à la consommation demeurent dynamiques en 2025 (+4,2 %, après +3,3 % en 2024), et contribuent au maintien de la consommation des ménages. La consommation s’appuie sur l’endettement accru. Par exemple, l’encours des prêts personnels croît de 3,3 %.

Bon ou mauvais signe ? Des financements en hausse pour les collectivités locales

Parmi toutes les catégories d’agents économiques, seules les collectivités locales connaissent une accélération de l’augmentation de leur endettement en 2025. Leur encours global de crédits augmente de 8,1 % sur l’année, après +5,4 % en 2024. À noter que la tendance est haussière depuis trois ans. En 2025, les crédits d’investissement enregistrent une hausse de 9,1 %, alors que les crédits d’exploitation se replient de 18,2 %. Cette évolution peut être interprétée comme un signal positif, avec des communes qui bénéficient du soutien de leurs partenaires financiers pour accompagner leurs investissements. Mais qu’en est-il de leur épargne (différence entre dépenses et recettes de fonctionnement) ?

Un net ralentissement de l’épargne, mais un intérêt marqué pour l’assurance-vie

Chez les ménages, l’encours des comptes à terme et celui des livrets A augmentent respectivement de 12,9 % et 0,6 % en 2025, contre +21,8 % et +5,4 % en 2024.

Les placements à long terme tirent davantage leur épingle du jeu. Leur croissance s’accélère en 2025 (+4,5 % après +2,2 %), portée par l’assurance-vie (+8,2 % après déjà +5,5 %, chez les ménages).

Certains indicateurs de vulnérabilité s’inscrivent en nette dégradation. Outre l’augmentation du nombre de dépôts de dossiers de surendettement (+28,6%), le nombre d’incidents enregistrés au FICP (fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers) croît également de 6 % en 2025, après une augmentation de 4 % déjà constatée en 2024.

Conclusion : l’impératif du changement de modèle de développement

L’Institut d’émission des DOM ne se contente pas de décrire l’état de la situation économique et sociale, mais évoque des perspectives pour 2026.

En dépit d’un jugement modéré par rapport à celui de l’Insee, la synthèse iedom montre que néanmoins l’économie martiniquaise en 2025 ne va pas bien : baisse de l’emploi, investissement en panne, commerce atone, consommation maintenue par l’endettement, déficit commercial toujours élevé, surendettement en hausse, épargne en difficulté, financement des entreprises en repli, etc, etc.

Il constate : “Face à la persistance des incertitudes économiques, sociales et dans un contexte de déclin démographique, la Martinique est appelée à engager une transformation durable et structurante de son modèle de développement”.

C’est ce que nous préconisons depuis de nombreuses années.

Comment ? L’Iedom propose “la modernisation en profondeur des secteurs clés, l’accélération résolue de la transition écologique et énergétique”.

Il observe : “Dans un territoire encore fortement dépendant des énergies fossiles et exposé aux effets du changement climatique, la transition énergétique constitue à la fois une nécessité stratégique dans un contexte d’augmentation des cours du pétrole suite au conflit au Moyen-Orient, et une opportunité de création de valeur et d’emplois pérennes”.

Nous avons demandé de réagir par un bouclier de crise.

L’Iedom va plus loin : “La coordination des acteurs publics et privés, la mutualisation des compétences et la construction de visions partagées sont indispensables pour dépasser la fragmentation des initiatives et renforcer l’efficacité des politiques menées”. Indispensable de “mutualiser les compétences” certes. Mais il faut les accroître également.

L’Iedom reconnaît la nécessité pour réussir de renforcer ce qu’il appelle “la cohésion sociale” et que la transition soit “juste et inclusive”. Nous dirions renforcer la justice sociale et réduire les inégalités pour que la population participe à la création du nouveau modèle de développement dont dépend l’amélioration concrète des conditions de vie.

Effectivement il existe un lien indissociable entre conditions de vie et développement économique réel et inévitable entre développement véritable et responsabilité politique.

Michel Branchi

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