Deux évènements ont rappelé que la France, pays dit des droits de l’homme, reste engluée dans son passé colonial et ne peut se dégager du racisme qu’il lui imprime.
Premier fait. Le Ghana a présenté une résolution à l’ONU qui veut que la traite des esclaves soit reconnue comme “le crime le plus grave de l’histoire de l’humanité”.
La résolution, soutenue par l’Union africaine et présentée par le Ghana, a été adoptée, mercredi 1er avril, par 123 voix pour, 3 contre (Etats-Unis, Israël, Argentine) et 52 abstentions (dont le Royaume-Uni et les Etats membres de l’Union européenne et donc la France). Elle déclare “la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains” comme “les plus graves crimes contre l’humanité”, condamnant cette ““injustice-là plus inhumaine et la plus persistante commise contre l’humanité”.
L’abstention de la France a provoqué la légitime colère des parlementaires des pays dits d’outre-mer et de l’opinion publique de ces territoires.
Deuxième évènement. “Tribu”, “grands singes”… Sur CNews, le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko est victime d’une campagne raciste. Précisons que Bally Bagayoko est né en France, mais issu d’une famille d’origine malienne. C’est un noir.
À la suite de son élection au premier tour Maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko a fait l’objet d’une campagne de calomnies sur la chaîne CNews de Vincent Bolloré. Plusieurs parlementaires ont annoncé avoir saisi l’Arcom, tandis que le nouvel édile a déposé plainte. Il a été comparé à un chef de “tribu”, ce qui renvoie aux origines de “grands singes” de l’Homo Sapiens. Cela rappelle que le racisme anti-noir a recours à l’animalité.
Plusieurs parlementaires de Guadeloupe, Martinique et Guyane ont critiqué, vendredi 27 mars, l’abstention de la France lors du vote aux Nations unies (ONU) de la résolution reconnaissant l’esclavage et la traite transatlantique comme “le plus grave crime contre l’humanité”.
La France a envoyé “un signal profondément incompréhensible” en contradiction avec “son histoire législative”, a dénoncé, dans un communiqué, Béatrice Bellay, députée (Parti socialiste) de Martinique, rappelant que la France avait été pourtant “le premier” pays à faire un pas vers cette reconnaissance, avec la loi Taubira du 21 mai 2001.
Pour sa part, le député Marcellin Nadeau (GDR) a fustigé la France qui “a encore affaibli sa crédibilité auprès des peuples dits des outre-mer, dénonçant “un nouveau refus de reconnaissance pleine et entière” à l’égard des “ultramarins”.
Pour expliquer le vote déshonorant de la France Sylvain Fournel, membre de la représentation française à l’ONU, a expliqué que le texte de l’ONU “risque de mettre en concurrence des tragédies historiques qu’il n’y a pas lieu de comparer, sauf à le faire au détriment de la mémoire des victimes” et de mettre les crimes en “compétition”.
La vérité est que l’esclavage de 15 à 20 millions d’africains entre le XVème et le XIX ème siècle a produit le système économique, politique et social de domination le plus absolu. Il a participé à l’essor du capitalisme occidental (“l’accumulation primitive” de Karl Marx) et à l’enrichissement de la France.
L’élection d’un noir à la tête d’une grande ville de la banlieue parisienne est insupportable pour une fraction de la France qui glisse vers l’extrême droite. “Nous sommes tout ce que l’extrême droite déteste”, a commenté judicieusemnt Bally Bagyoko.
A son appel et à celui de la gauche, il faut se féliciter que plus d’une dizaine de milliers de personnes se sont rassemblées samedi 4 avril à Saint-Denis pour apporter leur soutien au maire Bally Bagayoko, victime d’une véritable déferlante raciste depuis son élection. Mais aussi pour rappeler leur intention de “ne pas se taire” face à la xénophobie et au mépris de classe, car il est un banlieusard.
Cela démontre que le combat contre le racisme et la lutte de classe sont liés.
Au-delà des justes colère et rancœur qui nous submergent, nous devons nous renforcer politiquement et idéologiquement et nous doter des “armes miraculeuses” de la responsabilité.
Michel Branchi (6/04/2026)





