La question des réparations au cœur du 22 mai

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A l’approche des commémorations de l’abolition de l’esclavage il y a 178 ans, diverses voix s’élèvent pour rappeler l’urgence de réparations de la France et de l’Europe envers les anciennes colonies françaises.

Le président du Conseil Exécutif de la Collectivité Territoriale de la Martinique (CTM) Serge Letchimy a écrit un courrier au président de la République Française, Emmanuel Macron.Il dénonce l’inaction de l’Etat depuis la loi Taubira de 2001 :

Depuis 2001, la mémoire de l’esclavage avance en France par à-coups : journées nationales, travaux d’historiens, création d’institutions, Mémorial ACTe, Fondation pour la mémoire de l’esclavage, futur mémorial parisien… Pourtant, ces avancées demeurent insuffisamment reliées à une politique publique cohérente. L’école enseigne, mais inégalement. L’Etat commémore, mais parfois comme on dépose une gerbe pour éviter une conversation, voir une rencontre. La République reconnaît le crime, mas se dérobe dès que surgit le mot “réparation” comme si “réparer” signifiait, comme l’entend l’extrême-droite, s’abaisser ou se haïr soi-même. […] l’esclavage a été transformé en objet de mémoire, pas encore en sujet de justice”. Serge Letchimy a condamné l’abstention de la France lors du vote de l’ONU du 25 mars 2026, qualifiant la traite transatlantique des Africains comme “plus graves crimes contre l’humanité”.

Il demande une “loi de réparation” :“Une loi qui établisse clairement le principe selon lequel les crimes de traite et d’esclavage ont produit des dommages historiques, culturels, sociaux, économiques, psychiques, durables. Leurs effets sont encore mesurables de nos jours, appelant une politique publique durable : recherche, éducation, santé, foncier, patrimoine, coopération avec Haiti et l’Afrique, soutien aux territoires post-esclavagistes, lutte contre les discriminations issues de l’ordre racial colonial… Une loi pose le principe, une commission ad hoc en déterminera les modalités concrètes. Une résolution de la CARICOM (Caribbean Community and Common Market) en a tracé la voie depuis mars 2014, en formulant une approche de la réparation comme projet de justice constructive et de co-développement, loin de tout imaginaire revanchard. Aimé Césaire disait que ce crime était irréparable. Il avait raison.

Le Maire de Saint-Joseph Yan Monplaisir a lui aussi exprimé sa vision des réparations, à travers un communiqué :

L’esclavage et la traite négrière constituent l’an des plus grands crimes contre l’humanité de l’histoire. […] Ce crime est indéniable. Ses auteurs sont connus, Et la France, par la voix de la République, a reconnu la réalité historique et politique de cette faute. La loicTaubira de 2001 a marqué une étape essentielle en reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Cette reconnaissance était nécessaire. Elle demeure fondamentale.

Mais une question continue de traverser le débat public : celle de la réparation.

Je comprends cette demande. Elle exprime une souffrance historique, une mémoire blessée et le besoin légitime de justice. Pourtant, il faut aussi avoir l’honnêteté de reconnaitre qu’aucune compensation ne pourra jamais réparer totalement ce qui a été détruit. Comment indemniser des siècles d’arrachement, d’humiliation et de déshumanisation ? Comment mesurer le prix des vies brisées, des cultures effacées, des familles détruites ?

Aimé Césaire- lui-même, interrogé sur cette question, rappelait qu’il existe une part irréparable dans un tel crime. Aucune somme, aucun dispositif, aucune décision politique ne pourra effacer le mal subi. La mémoire de l’esclavage dépasse toute logique comptable.Notre responsabilité aujourd’hui est donc immense : nous souvenir sans nous enfermer : reconnaitre sans diviser : transmettre sans nourrir le ressentiment.

Gabrielle Privat, la présidente du Comité National pour les Réparations (CNR) évoque l’avancée du vote à l’ONU sur la reconnaissance de l’esclavage comme crime majeur contre l’humanité :

Un grand pas a été franchi par rapport à la prise de décision de l’ONU […] Cela permet une ouverture pour la demande de réparation. Le CNR est créé par la commission des réparations de la CARICOM donc nous sommes en relation et nous suivons de très près ce qui se passe. La Barbade a été un fer de lance dans cette affaire. La Barbade a travaillé avec le Ghana pour justement arriver à cette résolution de l’ONU. Dans la Caraïbe justement on voit qu’il y a des prises de positions, des réparations qui sont accordés par des privés notamment à Grenade.

                                   

J-PM

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