L’économiste Jean-Marie Nol a ajouté une pièce à son argumentaire contre les idées d’émancipation et de changement de statut en Guadeloupe et en Martinique.
Les effets destructeurs de la domination du capitalisme et du colonialisme niées
Dans une tribune du 4 mai dernier titrée “Realpolitik versus idéologie tiers mondiste ?” il écrit notamment : “Depuis des décennies, une partie significative des élites intellectuelles et des mouvements politiques nationalistes de ces territoires s’est construite autour d’une grille de lecture tiers-mondiste et marxiste, postulant que les difficultés économiques et sociales trouvent leur origine dans la domination du capitalisme occidental et dans les héritages de la période de l’esclavage et du colonialisme. Cette vision, qui a longtemps structuré les revendications autonomistes et indépendantistes, reposait sur l’idée d’une solidarité naturelle entre les peuples du Sud et sur la possibilité d’un développement alternatif, affranchi des logiques des grandes puissances”.
Effectivement, c’est à grands traits l’analyse du PCM et de certains courants anti-colonialistes. Elle est encore pertinente en tenant compte, bien entendu, de l’évolution du monde.
La stratégie de provoquer “l’échec économique et politique” de pays progressistes magnifiée
Il se réfère à l’offensive réactionnaire de Donald Trump pour la contester : “Or, cette matrice idéologique est aujourd’hui profondément fragilisée avec la puissance ultra dominante des Etats Unis. La volonté de pousser à l’échec économique et politique les expériences progressistes menées dans la région, notamment au Venezuela ou à Cuba, a sapé la crédibilité des modèles auxquels se référaient ces courants de pensée”.
Les Etats-Unis et les puissances occidentales dont la France ont constamment combattu les efforts de développement des peuples. Ce qui est nouveau, c’est l’interventionnisme direct, y compris militaire, et “décomplexé” des Etats-Unis à l’ère Donald Trump.
Un “vide doctrinal” ? Non, l’obligation de s’adapter
Il en conclut péremptoirement : “La promesse tiers-mondiste d’émancipation par la rupture apparaît dès lors largement démentie par la réalité, et ce d’autant qu’elle met en lumière l’impuissance de la Chine et de la Russie qui ne peuvent plus être en l’état actuel de la géopolitique considérées comme des alliés fiables et crédibles. Dans ce contexte, les organisations nationalistes des Antilles et de la Guyane se retrouvent confrontées à une forme de vide doctrinal”.
Ce n’est pas la “réalité” qui dément la perspective d’émancipation, mais l’action impérialiste. Au contraire ! Les attaques des USA sont décidées pour empêcher les dites “expériences progressistes” de réussir (Vénézuela, Cuba, etc).
L’éradication de la révolution cubaine serait une bonne aubaine. Il prend l’exemple de la volonté de Trump d’éradiquer la révolution cubaine: “Mais un élément supplémentaire vient aujourd’hui accélérer brutalement cette recomposition intellectuelle de la doctrine politique : le possible effondrement du modèle cubain, longtemps érigé en symbole de résistance dans l’imaginaire tiers-mondiste. Les déclarations récentes de Donald Trump, évoquant avec une ironie assumée l’envoi du porte-avions USS Abraham Lincoln au large de Cuba, ne doivent pas être perçues comme de simples provocations rhétoriques, mais comme l’expression décomplexée d’un rapport de domination caractéristique de la realpolitik contemporaine. Derrière la formule, se dessine une stratégie de pression totale combinant sanctions économiques renforcées, isolement énergétique voire financier et intimidation militaire. L’économie cubaine, déjà fragilisée par des déséquilibres structurels profonds, apparaît aujourd’hui au bord de l’asphyxie”. Pression totale énergétique, financière et militaire parce que la pression économique s’est avérée insuffisante pour venir à bout de Cuba révolutionnaire.
Effondrement idéologique ou mauvais coup ?
L’économiste Jean-Marie Nol en tire la conclusion politique de “l’effondrement” du projet anticolonialiste antillo-guyanais : “Pour les mouvements autonomistes et indépendantistes de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane, un tel scénario de chute du régime Cubain constituerait un véritable séisme politique et symbolique aussi important que la chute du mur de Berlin. Cuba n’a jamais été seulement un pays symbole de résistance à l’oppression : il a été un mythe fondateur, une référence morale, un horizon de projection pour toute une génération de militants convaincus qu’une alternative au modèle occidental était possible. La chute prévisible de ce régime ne serait donc pas seulement un événement géopolitique ; elle marquerait l’effondrement d’un pilier idéologique, laissant à nu les contradictions d’un discours longtemps structuré autour de la résistance à l’impérialisme”.
Jean-Marie Nol semble ne pas être loin de se réjouir de l’entreprise diabolique de Trump en avançant : “En ce sens, la fin annoncée du modèle cubain accélère l’obsolescence d’une doctrine tierce mondiste déjà fragilisée par les réalités du monde contemporain. Dès lors, la question n’est plus de savoir si le marxisme et le tiers-mondisme est en crise, mais comment lui succéder”.
Alternative : Renforcer l’emprise de l’Europe ? Ou se rapprocher du Sud global ?
Et de préconiser : “Là où le tiers-mondisme prônait la rupture avec les anciennes puissances coloniales, la realpolitik suggère au contraire de consolider les alliances les plus structurantes avec la puissance européenne”.
En somme, pour résister à la politique aventuriste de l’impérialisme yankee baptisée mensongèrement “realpolitik”, il faudrait se réfugier sous l’aile de l’impérialisme européen.
A l’inverse, la logique est de défendre Cuba face aux menaces de Trump et de continuer à mener le combat de la libération nationale en rassemblant les forces de progrès. Il faut se rapprocher de ce l’on nomme le “sud global” qui s’oppose à l’Occident. C’est du moins ce que prône le PCM.
L’échec du chef de la Maison blanche en Iran montre que la supériorité de la puissance énergétique, financière et militaire n’est pas invincible.
Michel Branchi





