Le film Bandi diffusé en série sur Netflix a suscité une critique de Gabrielle Dorwling-Carter (Antilla). Extraits.
“Bandi ne commence pas. Il s’impose. Dès les premières images, le ton est donné : ici, il ne s’agit pas de distraire, mais de faire voir. Regarder à travers une lucarne étroite, presque inconfortable, une réalité que l’on préfère contourner. L’image est nette, les plans fluides. À première vue, tout semble frôler la caricature. Mais ce que montre Bandi est bien réel, ancré dans le quotidien de certains Martiniquais. Le film s’ouvre sur la famille Lafleur.
Réunie, chacun par une bague en bois. Onze enfants. Une unité fragile, tenue par une mère seule. Droite, stricte, parfois dure, mais essentielle. Chez elle, le crime est une mort de soi. L’argent sale est brûlé à table, sous les yeux des enfants. L’amour, ici, ne se dit pas. Il s’organise. Sa disparition ne laisse pas un vide : elle provoque un effondrement. Ce n’est pas seulement une mère qui disparaît, mais une structure entière qui s’effondre. Ce qui tenait par la rigueur bascule dans le chaos. Milord, alias Kylian, 16 ans, prend alors le relais autrement. Inspiré par des figures de puissance (Al Pacino), il se construit une règle simple : personne au-dessus, tout le monde en dessous (…). Bandi n’est pas un film parfait. Le jeu est parfois inégal, fragile. Mais s’arrêter à sa forme serait passer à côté de l’essentiel. Car ce que le film touche est plus profond. Il ravive une mémoire. Il rappelle une continuité. Dans la rue d’aujourd’hui brûle encore un feu ancien. Celui des cases d’antan. Celui de la souffrance passée, normalisée, réduite au silence. La misère n’a pas disparu. Elle s’est déplacée, transformée. Mais elle persiste. Et chacun, à sa manière, tente encore d’y survivre. Bandi ne choisit pas entre le bien et le mal. Il se tient ailleurs.Dans cet espace instable, mais nécessaire, où se confrontent la représentation et la vérité. Et où la vie, dans sa forme la plus nue, refuse de s’éteindre”.
Gabrielle Dorwling-Carter.





