Jeudi 7 mai, l’institut national de la statistique et des études économiques collecte (INSEE) a publié une étude sur les habitudes de déplacement des Martiniquais. En 2022, un peu moins de 130 000 personnes sont dépendantes de la voiture pour les déplacements domicile-travail.
En 2022, 127 900 personnes se déplacent pour rejoindre leur lieu de travail en Martinique, soit 97%. Comparé à 2012, ce sont 800 personnes supplémentaires qui se déplacent. Ces déplacements sont complétés par des détours pour déposer les enfants à l’école ou autre. La distance moyenne entre le domicile et le travail est de 11,7 kilomètres. En Guadeloupe, cette moyenne est de 12,6km, 13,4km à la Réunion et 13,7km en France. L’étude nous apprend que trois personnes sur cinq parcourent moins de 10 kilomètres par trajet en Martinique, tandis qu’une sur cinq effectue plus de 20 kilomètres.
3 800 personnes exercent leur activité à domicile, mais pas uniquement du télétravail : Il faut prendre en compte les personnes qui ont un cabinet, un atelier ou un commerce sur leur lieu de résidence.
La voiture est de plus en plus utilisée
Sur les 127 900 travailleurs, 111 300 sont des automobilistes, soit 87% des actifs. Cette part est comparable à la Guadeloupe mais supérieure à celle observée dans les autres départements ultramarins (hors Mayotte) ainsi qu’en France hors Île-de-France.
L’utilisation de la voiture a beaucoup progressé entre 2012 et 2022. 4500 automobilistes ont été séduits. En Martinique, la hausse de l’usage de la voiture s’inscrit dans un contexte où les alternatives restent limitées. Elle concerne l’ensemble des configurations de déplacements. En effet, même lorsqu’elles travaillent au sein de leur commune de résidence, la part des personnes utilisant la voiture passe de 77 % à 81 %. 92 % des personnes travaillant hors de leur commune de résidence l’utilisent en 2022, contre 90 % dix ans plus tôt. En 2022, six travailleurs sur dix exercent leur emploi hors de la commune où ils vivent, une part comparable à celle de Guadeloupe mais plus élevée qu’en Guyane ou à La Réunion et moins élevée qu’en France, toujours hors Ile-de-France. Ces déplacements intercommunaux sont plus fréquents pour les catégories socioprofessionnelles plus élevées. En effet, 63 % des cadres sont navetteurs contre 58 % pour les ouvriers et 56 % pour les employés, et jusqu’à seulement 36 % pour les agriculteurs.
Entre 2012 et 2022, se déplacer en dehors de sa commune pour travailler devient plus fréquent dans vingt-et-une des trente-quatre communes de Martinique. En particulier, la part des navetteurs parmi les travailleurs augmente de manière marquée à Grand’Rivière (+20 points), Fonds-Saint-Denis (+12 points), Bellefontaine (+9 points) et le Lorrain (+8 points), traduisant le renforcement de leur fonction résidentielle. 5% des déplacements domicile-travail se font en marchant. C’est 5 600 personnes en 2022. 90% d’entre eux travaillent dans leur commune de résidence. Cette part est en recul de 3% par rapport à 2012. La marche reste néanmoins très pratiquée dans certaines communes du Nord de la Martinique, en particulier à Grand’Rivière (71 %), en lien avec l’isolement de la commune, au Prêcheur (40 %) et à Macouba (36 %) .
Plus de 50% des emplois répartis entre Fort-de-France et le Lamentin
Cela s’explique par la centralisation de l’emploi entre Fort-de-France et le Lamentin, qui représentent plus de la moitié des emplois en Martinique. Fort-de-France, premier pôle d’emploi avec un emploi régional sur trois, accueille 42 700 travailleurs qui se déplacent. Or 60 % de ces travailleurs résident dans une des trois autres communes composant la Communauté d’agglomération centre Martinique (CACEM) soit Le Lamentin, Schoelcher et Saint-Joseph.
Ces déplacements domicile-travail génèrent une pression automobile particulièrement forte : 91 % des navetteurs se rendent à Fort-de-France en voiture, soit 22 700 automobilistes entrants chaque jour.
14 100 déplacements internes réalisés par des personnes résidantes et travaillant dans la commune et 4 700 automobilistes traversant la commune pour rejoindre une autre commune de travail. Au total, ces flux représentent 41 500 automobilistes circulant chaque jour, contribuant à une forte congestion du réseau routier local.
Quant au Lamentin, la ville accueille 25 900 travailleurs dont 70% résident en dehors de la commune. Ces 18 100 navetteurs viennent principalement de Fort-de-France (24 %), Le Robert et Ducos (9 % chacune), et se déplacent majoritairement en voiture (92 %). À ces navetteurs quotidiens s’ajoutent d’importants flux traversant (16 800 automobilistes), ainsi que les déplacements internes des personnes résidant et travaillant dans la commune (5 900 automobilistes). Au total, 39 400 automobilistes circulent chaque jour sur les axes routiers lamentinois pour se rendre sur leur lieu de travail, participant à la saturation du réseau.
L’usage des transports en commun est plus fréquent en Martinique qu’ailleurs
En 2022, 9 400 personnes empruntent les transports en commun pour se rendre à leur travail en Martinique, soit 7% des travailleurs. C’est le total le plus élevé comparé aux autres pays dits d’outre-mer (Guadeloupe : 5%). En Martinique, l’offre est plus dense et plus variée entre les navettes maritimes, les “taxicos” et les BHNS. Cependant, l’usage des transports en commun diminue de 2 points en dix ans, au profit de la voiture, et ce malgré le développement du transport collectif en site propre (TCSP) sur la période 2012 – 2022. Leur usage est particulièrement fréquent dans certaines communes : Les Trois-Ilets (15 %), Saint-Pierre, le Lorrain (12 % chacune), Bellefontaine, Fort-de-France (11 % chacune) et Macouba (10 %). Aux Trois-Îlets, ces trajets concernent principalement des déplacements vers Fort-de-France, notamment via la navette maritime. À Saint-Pierre, au Lorrain et à Fort-de-France, il s’agit davantage de trajets internes à la commune, tandis qu’à Bellefontaine et à Macouba, les usages se répartissent de manière équilibrée entre déplacements de proximité et intercommunaux.
Les jeunes de 15 à 29 ans recourent plus fréquemment aux transports en commun car ils sont moins souvent en possession d’une voiture, en lien avec des contraintes budgétaires plus marquées en début de vie active.
Les femmes, plus souvent à la tête des familles monoparentales, utilisent davantage les transports en commun pour se rendre au travail que les hommes, qui se tournent davantage vers les deux-roues motorisés. Enfin, pour des raisons probablement économiques également, les pratiques varient selon la catégorie socio-professionnelle : les ouvriers et les employés recourent davantage aux transports en commun et à la marche, tandis que les cadres, artisans, commerçants et professions intermédiaires utilisent plus majoritairement la voiture.
Une étude dont les décideurs doivent tenir compte avec la hausse des prix des carburants.
J-PM Source : INSEE





