L’Insee a publié sous la rubrique Insee analyses Martinique n°85 du 8/10/2026 une étude sur les entreprises créées en 2018. Elle est signée Romain Deng-Gueret, Clémence Mocquet et Fernando Zavala.
Cette étude est issue d’un partenariat entre l’Insee Antilles-Guyane et la Chambre de Commerce et de l’Industrie (CCI) de Martinique.
Nous reprenons ci-après sa synthèse :
“En Martinique, huit entreprises créées au premier semestre 2018 sur dix sont toujours actives cinq ans plus tard, contre sept sur dix en Hexagone (ndlr : La France). Les sociétés atteignent plus fréquemment leur cinquième anniversaire que les entreprises individuelles. Les créations d’entreprises individuelles ont fortement diminué en 2018 par rapport à 2014, alors que celles des sociétés ont considérablement augmenté. La pérennité des entreprises diffère également selon le secteur d’activité : le commerce figure parmi les activités où elle est la plus faible.
L’emploi salarié des entreprises toujours actives a pratiquement triplé en cinq ans, une progression portée par une minorité d’entre elles. La génération 2018 a été rapidement exposée à la crise économique liée à la pandémie de Covid-19 : deux entreprises sur trois encore actives en 2021 déclarent une baisse d’activité sur la période et deux tiers ont pu bénéficier d’au moins une mesure de soutien. Malgré ce choc, la plupart des entreprises qui ont survécu à la crise, sont encore actives en 2023”.
Voyons ce que cette étude enseigne dans le détail.
Les entreprises nées en 2018 sont plus pérennes en Martinique qu’en Hexagone
En 2018, plus de 4 300 entreprises ont été créées en Martinique dans le secteur marchand non agricole, hors régime du micro-entrepreneur. 80 % atteignent leur cinquième anniversaire.
La pérennité des entreprises martiniquaises est également supérieure à celle observée dans l’Hexagone : cinq ans après leur création, 69 % des entreprises hexagonales créées en 2018 sont encore actives. La Martinique figure ainsi parmi les régions françaises où la pérennité des entreprises est la plus élevée, aux côtés de Mayotte, de la Guyane et de la Corse.
Les sociétés sont plus pérennes que les entreprises individuelles
Les sociétés représentent 80 % des créations d’entreprises en 2018, une proportion proche de celle observée dans l’Hexagone. Cinq ans après leur création, 86 % d’entre elles sont encore actives en Martinique, contre 58 % des entreprises individuelles.
La pérennité à cinq ans des sociétés martiniquaises dépasse celle de Guadeloupe et de l’Hexagone, tandis qu’elle est moindre concernant les entreprises individuelles. L’écart de taux de pérennité entre catégories juridiques est par conséquent bien plus élevé en Martinique (+28 points) qu’en Guadeloupe (+17 points) ou dans l’Hexagone (+6 points).
Des évolutions fiscales (impôt à taux unique, suppression progressive de l’impôt sur les sociétés) entre 2017 et 2018 ont pu rendre le statut des sociétés (notamment celui des sociétés par actions simplifiées SAS) plus attractif pour les créateurs, au détriment des entreprises individuelles. Ainsi, si le nombre de créations d’entreprises est resté stable entre 2014 et 2018 en Martinique, il a dans les faits, fortement diminué pour les entreprises individuelles (-50 %) et en revanche bondi pour les sociétés (+32 %).
Les entreprises du commerce sont les moins pérennes
En 2018, une entreprise martiniquaise sur cinq est créée dans le commerce. Il s’agit du secteur le plus dynamique en matière de créations d’entreprises, en particulier un tiers des créations d’entreprises individuelles y sont concentrées.
Les autres activités de services représentent 17 % des créations, devant la construction (14 %), les activités spécialisées, scientifiques et techniques (12 %) et l’hébergement-restauration (10 %). L’ensemble des entreprises de l’hébergement-restauration ont en effet enregistré un recul moyen de 26 % de leur chiffre d’affaires annuel en 2020(crise sanitaire covid-19).
L’effectif salarié progresse nettement, porté par une minorité de sociétés
Les entreprises martiniquaises créées au premier semestre 2018 employaient 420 salariés à leur début. Cinq ans plus tard, l’effectif salarié est multiplié par 2,7. Cette croissance reste néanmoins très concentrée. Après cinq ans, 28 % des entreprises martiniquaises ont augmenté leur effectif, tandis que 65 % l’ont maintenu et 7 % l’ont réduit. Les sociétés sont à l’origine de la quasi-totalité de la création d’emplois.
Notre commentaire : Ces créations d’emploi sont un atout positif.
L’activité de deux jeunes entreprises sur trois a diminué pendant la crise sanitaire
Deux ans après leur création, les entreprises nées en 2018 sont confrontées à la crise économique provoquée par la pandémie de Covid-19. Certaines ont pu ne pas y survivre. Parmi celles toujours actives en 2021, deux tiers déclarent avoir subi une diminution de leur activité au cours de cette période.
En particulier, trois entreprises sur dix déplorent une réduction d’au moins
la moitié de leur chiffre d’affaires et une sur dix la suspension totale de son activité. Le contexte insulaire de la Martinique a amplifié les problèmes d’approvisionnement (24 % déclarent cette difficulté, 4 points de plus qu’en Hexagone). En effet, l’île est fortement dépendante de l’acheminement des marchandises depuis l’extérieur et les chaînes logistiques ont été perturbées durant la crise.
Notre commentaire : La dépendance économique est un facteur de sous et mal-développement.
La plupart des entreprises ayant résisté à la crise sanitaire sont encore actives en 2023
Face aux risques économiques et financiers de la crise sanitaire, plusieurs dispositifs publics de soutien aux entreprises ont été mis en place. Deux tiers des jeunes entreprises martiniquaises encore actives en 2021 déclarent avoir bénéficié d’au moins une mesure de soutien, une proportion comparable à celle observée dans l’Hexagone.
En Martinique, les dispositifs les plus mobilisés sont le fonds de solidarité pour les indépendants (27 %), l’allocation d’activité partielle (ou chômage partiel) (21 %) et le report des échéances sociales ou fiscales (19 %). Tandis que dans l’Hexagone, les aides les plus sollicitées ont été le report des échéances sociales ou fiscales (29 %), le fonds de solidarité (25 %) et le prêt garanti par l’État (PGE) (22 %). Enfin, les jeunes entreprises martiniquaises ont particulièrement bénéficié des aides accordées par une collectivité locale (9 % contre 3 % dans l’Hexagone).
Notre commentaire : En réalité c’était la CTM sous Alfred Marie-Jeanne qui a lancé un emprunt important pour aider les entreprises et soutenir l’emploi et éviter un effondrement économique en Martinique.
Deux particularités martiniquaises importantes :
1/En Martinique, 15 % des micro-entrepreneurs immatriculés en 2018 sont encore actifs cinq ans plus tard sous cette forme juridique
En Martinique, un peu plus de 600 micro-entrepreneurs se sont immatriculés au premier semestre 2018. Deux tiers des créateurs sont âgés de 30 à 54 ans et la moitié sont des femmes. Créer leur activité constitue une première expérience entrepreneuriale pour plus de trois quarts d’entre eux. Avant leur immatriculation, près de quatre sur dix étaient salariés et un tiers demandeurs d’emploi. Ils opèrent principalement dans les secteurs des services (20 %) et l’enseignement, la santé humaine et l’action sociale (17 %) ainsi que dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques (17 %).
Cinq ans après leur création, 85 % de ces unités ne sont plus administrativement actives.
Notre commentaire : La création d’entreprises est souvent une tentative de réponse au chômage qui échoue quelques années plus tard.
2/ Une entreprise sur six est créée suite à une reprise ou une transmission
En Martinique, 14 % des créations d’entreprises en 2018 correspondent à des reprises ou des transmissions.
Celles-ci offrent aux porteurs de projets une opportunité de créer leur activité en s’appuyant sur une structure existante, disposant d’une clientèle, et d’un savoir-faire. Cinq ans après leur reprise, trois quarts de ces entreprises sont toujours en activité.
Conclusion : La Martinique détient des potentialités de développement importantes, particulièrement en matière d’emplois. Mais il convient de les orienter vers des secteurs porteurs de production (alimentation, industries, etc) pour diminuer notre dépendance économique et non vers le commerce et les services.
Michel Branchi





