Service d’aide à domicile : une dégradation des services survenue à cause de la CTM ?

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Mardi 13 octobre, plus d’une centaine de salariés de structures d’aide de service à domicile ont participé à une marche blanche dans les rues de Fort-de-France. À l’appel du Groupement Solidaire des Services à Domicile (GSSAD), les manifestants se sont ensuite rendus à la CTM pour dénoncer le versement en retard des salaires.

Après une réunion en préfecture avec le préfet et plusieurs représentants de l’Agence Régionale de Santé (ARS), le cortège s’est rendu au centre administratif de la CTM pour revendiquer le paiement des aides permettant le versement des salaires. Pourtant, la veille, le président du Conseil exécutif, Serge Letchimy, avait publié un communiqué : “La Collectivité Territoriale de Martinique assure de manière régulière le paiement des services d’aide à domicile (SAD). Chaque mois, environ 5,6 millions d’euros leur sont versés, malgré un contexte financier contraint, notamment marqué par une compensation insuffisante par l’État des Allocations Individuelles de Solidarité.
Nous regrettons toutefois les incidents techniques survenus aux mois d’août et de septembre, qui ont entraîné des retards de paiement significatifs et occasionné, au mois d’août, des difficultés pour ces structures.
La pérennité des services d’aide à domicile nécessite un modèle de financement stable, à la hauteur des enjeux démographiques et sociaux de la Martinique.
Cela suppose, de la part de l’État, un accompagnement financier conséquent et une meilleure prise en compte des besoins de la population.”

Ce n’est pas l’avis des structures de Service d’Aide à Domicile (SAD).

Un problème beaucoup plus complexe, notamment pour les associations


Dirigeant de l’agence Zen à Domicile, Xavier Laval explique ce qui est reproché à la CTM : “Nous reprochons beaucoup de choses à la CTM, mais principalement les retards de paiement.
La CTM s’était engagée à nous payer autour du 10, 15 du mois, sauf que les paiements n’arrivent pas dans ces délais : ils arrivent vers le 25 et, parfois, pour certaines structures, le mois d’après. Ces sommes sont censées nous aider à payer les salaires. Si les structures n’ont pas de trésorerie, elles sont embêtées. Sauf que nous sommes beaucoup de petites structures dans cette activité. Certaines structures ont reçu, début octobre, le paiement du mois d’août !”

Selon lui, depuis l’année dernière, la CTM avait proposé de mettre en place des avances de paiement d’environ 70 %, qui auraient permis d’avoir de la trésorerie sans se trouver en difficulté. Une promesse qui ne s’est jamais mise en place.
Sur les 64 structures SAD (Services d’aide à domicile), il y a des associations qui sont également concernées par le manque de versement. Contrairement aux entreprises, elles peuvent bénéficier d’une aide étatique émanant de la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie (CNSA). Cette aide permet aux associations de payer l’augmentation de la grille de rémunération en lien avec la convention collective, qui a été majorée de 17 %. Xavier Laval explique : “Conscient qu’il s’agit d’une augmentation soudaine, l’État a décidé d’aider les structures à faire face à cette augmentation en leur octroyant une aide sur 2 ans. Elle a ensuite été renouvelée une troisième année. L’État a conditionné la continuité de l’aide au fait que la collectivité donne sa part […]. La CTM a suivi les 3 premières années, mais en janvier 2025, la CTM a dit qu’elle n’avait plus les moyens de suivre. Comme la CTM ne peut plus, la CNSA ne peut plus donner…”.
Au départ, la CNSA donnait 75 % et la CTM 25 % ; désormais, c’est 50 % chacune.
L’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) est plafonnée à 25 € de l’heure, soit le prix minimum.

La CTM fait-elle abstraction des aides proposées par l’État ?

Les agents des SAD mobilisés devant la préfecture de Fort-de-France


Pour les entreprises, d’autres aides étatiques existent. Le responsable d’agence s’interroge : “L’autre plainte du secteur, c’est que l’État peut donner des aides aux S.A.D, sauf que celles-ci doivent passer par la CTM. En 2025, l’État a voté une dotation mobilité. La Martinique a bénéficié d’1,5 million d’euros, sauf que la CTM a lancé l’appel d’offres en décembre 2025 ; les structures ont répondu dans un délai donné de un mois, soit janvier 2026, mais, jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons aucun retour de la CTM. Est-ce que l’appel d’offres a été validé ?”.
Xavier Laval indique que, depuis octobre 2022, l’État a mis en place une dotation supplémentaire. Malgré l’appel d’offres de 2025, il n’y a pas de retour de la CTM.

Il démontre : “Nous avons donc deux aides particulières, la dotation complémentaire et la mobilité, qui sont financées entièrement par le biais de la CNSA, mais jusqu’à ce jour, la CTM ne nous a toujours pas délivré ces aides, ce qui aurait soulagé notre trésorerie […]. On souhaite leur dire qu’on ne comprend pas pourquoi cet argent ne nous parvient pas. Quel est le problème ? On entend bien qu’il y a des difficultés et un endettement, mais ce n’est pas de l’argent qui sort de la poche de la CTM.”
Après une rencontre, la CTM se serait engagée à ce que les montants de ces dotations soient versés avant la fin de l’année.
Xavier Laval accuse : “Ce qui me préoccupe, c’est que, pour la dotation mobilité, le montant d’1,5 million a été pérennisé dans un décret de juin 2026. L’État a demandé à chaque collectivité d’adresser à la CNSA un courrier faisant état du budget prévisionnel de 2026, au plus tard le 31 juillet. Sauf que la CTM n’a toujours pas transmis son courrier… À cause de cette insuffisance de la CTM, l’absence de ce courrier priverait nos structures d’1,5 million d’euros pour l’année 2026. Si on voit que nous avons eu la dotation en 2025 et qu’elle a été pérennisée, on se dit qu’on va pouvoir poursuivre le travail entamé.”
Toujours selon Xavier Laval, la CNSA aurait tenté d’interpeller la CTM plus de 40 fois pour demander ce courrier.
Les bénéficiaires de l’APA ou de la Prestation de Compensation du Handicap (PCH) reçoivent un plan d’aide, par exemple de 40 h. Sur ces 40 h, le taux plancher est de 25 €/h. L’argent est versé directement aux structures. Certaines collectivités vont au-delà, comme la Guadeloupe, qui est à 28,20 €. Et d’autres montent à une trentaine d’euros par heure.
Précisons que 25 €/h, c’est le taux minimum fixé par l’État. Observons que le département le plus vieux de France est donc sur le taux minimum…


Jean-Philipp MERT

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