Les cinq principaux concernés par l’affaire du détournement de fonds publics à la CTM ont été entendus le 18 mai devant le tribunal judiciaire de Fort-de-France. Pour rappel, 3,2 millions d’euros ont été détournés entre 2021 et 2024 à la CTM. La principale organisatrice Clarisse R. a été entendue.
Agée de 37 ans, Clarisse R a détaillé l’organisation de ce vaste détournement de fonds. Une somme de 3,2 millions destinée à la prestation de compensation du handicap (PCH). Clarisse R a reconnu les faits et avoue avoir créé 12 dossiers fictifs afin de toucher ces aides sociales. Elle a mené un train de vie de prestige entre voyages, achats de luxe, de voitures. Également mis en cause, sa mère et son frère déclarent ne pas avoir su d’où venait l’argent, bien qu’ils aient profité de deux croisières, de séjour à Miami. De plus, la maison familiale a été rénovée à hauteur de 241 000€. Son frère pensait que cet argent soudain provenait de dons de la part d’amants et de transactions boursières. Même son de cloche pour sa mère, âgée de 75 ans. Ce à quoi les magistrats ont répondu : “Vous saviez malgré tout qu’elle ne gagnait que 2 000 euros par mois environ, non ?”. De plus, des sommes d’argent importantes ont été retrouvées chez son frère, Ludovic R.
Sa mère avait une procuration sur les six comptes bancaires de sa fille – où ont également transité des dizaines de milliers d’euros – et pouvait les consulter directement via une application sur son téléphone.
L’ex compagnon se dédouane et incrimine Clarisse R.
Également concerné par cette affaire, son ex-compagnon Fabrice, indique qu’il a été manipulé par la jeune femme : “Sans elle, je ne l’aurais pas fait. C’est elle qui dicte le mode opératoire. C’est elle qui me disait de m’acheter des bijoux de luxe. Je ne sais pas quel procédé psychologique s’est mis en place dans ma tête, on aurait dit que j’étais sous emprise.”
Le président rappelle qu’il était un temps reproché à cet homme des violences conjugales envers Clarisse R. “Si, j’étais violent, vous pensez qu’elle serait revenue ?”, répond-il.
Lors des perquisitions dans l’appartement de Fabrice, les gendarmes ont retrouvé des vêtements de luxe et des bijoux d’une valeur estimée à 112 000 euros. Ce qui ne correspond pas au train de vie supposé de ce professeur de mathématiques. Un appartement avec piscine et meubles haut de gamme. Les enquêteurs découvrent aussi que le quadragénaire gère deux comptes bancaires au nom de sa mère, sur lesquels sont versés une PCH. Pourtant, la femme n’est pas identifiée comme étant atteinte d’un handicap. Les sommes perçues sur les comptes s’élèvent à plus de 700 000 euros. En tirant sur le fil, les gendarmes remontent rapidement jusqu’à Clarisse R. et à son entourage.
Près de 661 000 d’euros pour une potentielle complice
Une autre prévenue déclare avoir été manipulée par l’ex agent de la CTM : “Elle était en charge de mon dossier à la CTM et un jour, elle m’a appelé et a dit qu’elle voulait me voir.” L’ex-agente lui propose alors un deal : falsifier son dossier pour toucher davantage d’argent, en l’échange d’une contrepartie. “Au début, j’ai refusé, je ne voulais pas de problèmes. Pour me convaincre, elle a dit que ça ne durerait que trois mois. J’ai fini par accepter, car je me sentais redevable, le dossier de mon fils était très bien constitué.” Le montant des aides allouées à son fils a été multiplié par 10 ! Le montant total s’élève à 661 000 € ! Même son ancien conseiller bancaire, qui lui aurait prodigué des conseils, devait également comparaître, mais son dossier a été renvoyé.
Retour devant le tribunal le 4 juin
Dans cette affaire tentaculaire, seize personnes sont impliquées. Six ont fait l’objet d’une composition pénale en février. Quatre autres ont été condamnées le 30 mars. Restent les principaux protagonistes, à commencer par l’agente de saisie de la CTM qui a détourné les 3,2 millions d’euros de fonds, destinés aux bénéficiaires de la prestation compensatrice du handicap (PCH).
Le procès s’est interrompu le lundi 18 mai. L’audience reprendra donc jeudi 4 juin 2026.
“J” avec France-Antilles





