France travail (ex Pôle emploi) vient de publier les résultats de son enquête annuelle besoins en main d’œuvre (BMO) des entreprises martiniquaises.
Si l’on en croit France-Antilles du jeudi 7 mai “Les perspectives pour l’emploi sont bonnes en 2026”. Le quotidien annonce à la Une : “12 000 offres d’emplois dans nos entreprises. Embellie sur le front de l’emploi (…) les intentions d’embauche de recrutement sont en hausse”.
Nous avons consulté l’enquête elle-même besoins de main d’œuvre ( BMO) datée d’avril 2026. Et le diagnostic officiel est singulièrement différent.
L’économie en recul en 2025 et début 2026
Le rapport explique : “L’enquête Besoins en Main d’œuvre 2026 s’est réalisée en Martinique entre octobre et décembre 2025. L’année 2025 a été marquée par la mise en œuvre de la loi Plein Emploi, visant à garantir un taux d’emploi optimal. Durant, cette année, le contexte socio-économique a été particulièrement fragile, sortant d’une crise sociale en fin 2024. Après une dynamique relancée suite au COVID, la croissance économique de la région se voit à nouveau ralentir”. L’économie a effectivement reculé en 2025 selon l’Insee (cf Justice n°15 du 9/04/2026). Les défaillances d’entreprises se sont multipliées début 2026(+ 16 %).
En réalité en 2026 les projets de recrutement sont inférieurs de 5 % à ceux envisagés en 2025. Il est recensé 12 700 intentions d’embauche en Martinique en 2026 et 30 % d’établissements envisagent de recruter.
Trois années de repli des intentions d’embauche
France Travail écrit : “La région Martinique voit reculer le nombre des intentions d’embauche pour la troisième année consécutive, avec un recul proche de celui observé en 2025. Ce recul témoigne bien de la faible confiance des employeurs en la croissance de leur activité(…)”.
En 2025 les intentions d’embauche se chiffraient à 13 330 et en 2023 elles se montaient à 13 965. Quant au nombre d’établissement envisageant de recruter à 3 780 il est en baisse de 11,9 % sur un an et est également en baisse depuis 3 ans, selon France Travail.
Quels secteurs d’activité ?
La propension à recruter varie selon les secteurs d’activité. C’est dans l’industrie agroalimentaire qu’elle est la plus élevée à 49 % suivie par :
– Agriculture : 47 % ;
– Construction : 33 % ;
– Autres industries : 32 % ;
– Services : 19 % ;
– Commerce : 23 % ;
Les projets de recrutement ont diminué dans tous les établissements, à l’exception de ceux de 5 à 9 salariés (+ 8%) et ceux de plus de 50 salariés et plus, précisément ceux de plus de 200 salariés (+48,7 %). Les établissements de moins de 5 salariés ont enregistré 18,3 % de projets en moins.
“Un ralentissement qui touche une majorité des secteurs. Quelques secteurs résistent : Service aux particuliers, agriculture et IAA”.
Phénomène de concentration ?
Ce graphique illustre bien les déséquilibres de l’économie martiniquaise où le secteur productif (agriculture, industries agroalimentaires, autres industries, Construction) ne représente que 24 % des projets de recrutements.
Quels secteurs d’activité émettent des projets de recrutements ?
1 projet sur 2 dans les services aux particuliers, soit 6 378 projets et + 6,3 % sur un an. Par contre on relève notamment :
– Autres industries : – 16,7 % ;
– Construction :- 26,5 projets (1 180 projets) ;
– Commerce : – 116 % projets (1 154 projets ) ;
– Services aux entreprises : – 19,1 % ( 2 194 projets) ;
Les métiers les plus recherchés
“En 2026, le métier qui ressort en tête des projets de recrutement en Martinique est celui des aides à domicile et auxiliaires de vie avec plus de 700 projets identifiés, faisant partie des services aux particuliers. Le nombre de projets pour ce métier a progressé de 4,5% sur un an. Près de 68% d’entre eux présentent des difficultés de recrutement et 28% sont liés à des activités saisonnières.
En seconde place, on retrouve les métiers d’agriculteurs avec près de 670 projets, en recul de 12,3% sur un an. Il était en top 1 en 2025. 1 projet sur 2 de ce métier présente de difficultés au recrutement (54%), et 42% des projets d’agriculteurs sont saisonniers.
Le troisième métier recherché en 2025 est celui de jardiniers des espaces verts et naturels. Il concentre plus de 560 projets, en augmentation sur un an de 16,7%”.
LES METIERS DE SERVICES AUX PARTICULIERS CONTRIBUENT FORTEMENT AU GAIN DE PROJETS MAIS LES ARTISTES, EMPLOYÉS DE LIBRE-SERVICE ET MAÇONS LES TIRENT VERS LE BAS.
Le rapport BMO poursuit : “En concordance avec les résultats sectoriels, le métier d’agents d’entretien de locaux connaît la plus forte progression annuelle (+66%), il est rattaché au secteur des services aux particuliers. Par rapport à 2025, les employeurs ont recensé un besoin supplémentaire de 188 projets, portant ainsi à 473 recrutements potentiels sur l’année. Un besoin supplémentaire de 175 aides de cuisine et employés polyvalents de la restauration est remonté à travers l’enquête, équivalent à une hausse de 52%. Ainsi, on comptabilise plus de 514 projets sur ce métier. Autre métier affichant une belle dynamique en 2026, les embauches potentielles d’infirmiers et sage-femmes ont augmenté de 85%, portant alors à 287 projets recensés dans ce métier. A l’inverse, le métier qui a été en plus fort recul en 2026 est celui d’artistes. La hausse de 2025 répondait à un besoin ponctuel. Les employeurs ont formulé 145 projets de recrutement dans ce métier, équivalent à 173 recrutements potentiels de moins qu’en 2025”.
Conclusion : on ne peut pas dire que les perspectives d’emploi en 2026 sont bonnes, d’autant que cette enquête, réalisée entre octobre et décembre 2025, n’inclut pas le choc économique provoqué par la guerre en Iran. A partir du 28 février 2026.
Michel Branchi (10/05/2026)
Annexe 1
C’est quoi l’enquête BMO ?
L’enquête Besoins en Main-d’oeuvre (BMO) est une initiative de France directions régionales et le concours du CREDOC.
Cette enquête mesure les intentions de recrutement des employeurs pour l’année à venir, qu’il s’agisse de créations de postes ou de remplacements. De plus, ces projets concernent tous les types de recrutement, y compris les postes à temps partiel et le personnel saisonnier.
L’enquête BMO 2026 a été réalisée entre octobre et décembre 2025 dans toutes les régions métropolitaines et dans les départements d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion, Mayotte). Le champ de cette nouvelle vague est le même que la précédente, il couvre :
• les établissements relevant du secteur privé (qui cotisent à l’Assurance chômage),
• les établissements du secteur agricole,
• les établissements de 0 salarié ayant émis au moins une déclaration d’embauche au cours des 12 derniers mois,
• les établissements du secteur public relevant des collectivités locales et territoriales (communes, régions…),
• les établissements publics administratifs (syndicats intercommunaux, hôpitaux, écoles…),
• les officiers publics ou ministériels (notaires…).
L’enquête ne comprend donc ni les administrations de l’État (ministères, police, justice…) ni certaines entreprises publiques (Banque de France…).
Annexe 2
L’ESSENTIEL A RETENIR du BMO 2026
– 12704 projets de recrutement.
-4,7% de projets de recrutement par rapport à 2025.
– 30%d’établissements envisageant de recruter en 2025(-1pts sur un an).
– Top 3 des secteurs les plus pourvoyeurs:
– Services aux particuliers: 50% des projets de recrutement
– Services aux entreprises: 17% des projets de recrutement
– Construction/Commerce: 9% des projets de recrutement.
– 46% des projets jugés difficiles lors du recrutement,-7points sur un an.
– 21% d’intentions d’embauche liées à une activité saisonnière, +1,6 points sur un an.
– 52% des projets dans le Centre et+17,6% de projets dans le Nord Caraïbe.
– Les 5 métiers les plus recherchés : aides à domicile et auxiliaires de vie, agriculteurs, jardiniers des espaces verts et naturels, aides de cuisine et employés polyvalents de la restauration, professionnels de l’animation socio culturelle.





