Mercredi 4 février, le préfet de Martinique Etienne Desplanques et Guillaume Gobenceaux le directeur général adjoint de l’Agence Régionale de Santé, ont réuni le comité de pilotage chlordécone. Ce COPIL réunit les élus dont les parlementaires, les services de l’Etat, les partenaires institutionnels et associatifs et les représentants de la société civile. Lors de cette réunion de 3h, les participants ont pu échanger sur les avancées de la stratégie chlordécone en 2025.
Le gouvernement fait son bilan 2025
Selon la préfecture, 19 lauréats “chloracteurs” ont été retenus conjointement avec l’ARS à l’issue d’un appel à projets conjoint lancé en 2025. Les projets retenus visent à amplifier la sensibilisation, la protection et l’accompagnement des personnes impactées par la chlordécone, notamment les plus vulnérables, par des actions concrètes et innovantes. Par exemple, des associations sportives et culturelles, ainsi que des acteurs sociaux sont mobilisés. Ils partageront les bons gestes de prévention et mobiliseront les citoyens, les milieux scolaires, le monde maritime, ou encore les jeunes des quartiers prioritaires de la ville. Le Carbet des Sciences accompagnera ces lauréats tout au long de leurs projets sur le plan scientifique et méthodologique, notamment par des formations adaptées visant à renforcer l’efficacité de leurs actions de terrain.
La Préfecture et l’ARS, l’Association des maires de Martinique, avec l’appui de la FREDON, a amplifié le déploiement du programme Jardins familiaux (JAFA), dans 7 communes et dans les écoles. Ce programme devrait être étendu à 11 nouvelles communes en 2026.
Le site portail d’information www. chlordecone-info.fr a été ouvert en 2025. Il regroupe toutes les informations concrètes pour expliquer les enjeux de façon pédagogique, faciliter l’accès aux solutions et informer sur les avancées des actions de la Stratégie Chlordécone.
L’ARS a présenté les résultats des tests de chlordéconémie. Le nombre d’analyses a quasiment doublé entre 2024 et 2025. Ces tests, qui sont gratuits et réalisables par chaque citoyen sans ordonnance médicale (dans la quasi-totalité des laboratoires de l’île) permettent à chacun de connaître son taux de chlordécone dans le sang. Près de 70 000 tests ont déjà été réalisés en 4 ans, avec 1900 visites à domicile de diététiciennes ou d’infirmières pour accompagner les personnes les plus exposées vers de bonnes pratiques et limiter le risque chlordécone dans leur alimentation.
Depuis 2021, plus de 400 agriculteurs ont été accompagnés par la Chambre d’agriculture et 650 éleveurs suivis par le Groupement de Défense Sanitaire de la Martinique (GDSM). En parallèle, la DAAF a renforcé les contrôles avec plus de 2400 analyses en 2025 et un taux de conformité de 97,1 %. En 2025 27 éleveurs ont été aidés pour 99 bovins (montant 16 000 euros). A la demande des éleveurs de bovins, le montant de la prime à l’engagement a été augmenté de 50 euros par animal, pour atteindre en 2026 un montant compris entre 210 et 250 euros par animal abattu. En 2025, la CODEM a ouvert un atelier de décontamination collectif pour les bovins.
Entre 2021 et octobre 2025, 180 dossiers ont été déposés au Fonds d’Indemnisation des Victimes des Pesticides en Martinique, dont 133 accords, 101 rentes versées.
Une année 2026 marquée par la recherche
Toujours selon la préfecture, 2026 sera une année consacrée à la recherche.
Il sera notamment prévu :
Le lancement par l’Agence Nationale de la Recherche d’un second appel à projets de recherche intitulé “chlordécone II : sociétés et multi exposition” : les projets de recherche peuvent être soumis jusqu’au 6 mai et seront évalués par un comité scientifique, les lauréats seront connus en octobre 2026 ;
Un colloque scientifique dédié aux recherches sur la chlordécone se tiendra du 23 mai au 2 juin 2026, en Martinique, à l’Université des Antilles (campus de Schœlcher), mobilisant des chercheurs sur la chlordécone. Le lendemain du colloque, un village des chlor’acteurs sera ouvert au grand public pour échanger, débattre et partager des solutions.
Le préfet Etienne Desplanques a indiqué que sa priorité est de “réussir à travailler avec tous les acteurs réunis autour de la table pour informer la population sur les enjeux liés à cette pollution, protéger la santé des citoyens et en particulier des plus vulnérables et prendre en charge les impacts de cette pollution. L’année 2026 sera placée sous le signe de la recherche. Je tiens à ce que les résultats des travaux de recherche puissent être testés en conditions réelles, par exemple pour la remédiation des sols contaminés. Sur le dossier chlordécone, les connaissances scientifiques constituent le socle de notre action”.
Des annonces pas assez convaincantes pour les associations
Des associations syndicales étaient présentes lors de COPIL dont des membres du Lyannaj Pou Dépolyé Matinik. L’association a été attentive aux échanges et émet des réserves face aux annonces du gouvernement. C’est ce que dénonce Roger Arnaud membre de l’association : “J’ai été déçu et je continue à être déçu, on fait tout le monde participer, on embarque les associations dans une transmission de consignes, d’activités qui seraient apparemment bonnes pour le peuple et quand je vois le contenu, je leur ai dit que ce qu’ils font est criminel ! Il ne disent pas qu’ils vont nous donner un renouvellement de terre, mais à nous apprendre à cultiver sur un terrain chlordéconé en consommant moins, nous dire quels fruits, quels légumes afin d’avoir moins de chlordécone. Nous avons insisté sur le fait que nous voulons zéro chlordécone ! Ils ne veulent pas dépenser l’argent qu’il faut pour le faire, et là nous sommes entrain de suivre.”
Pour obtenir de vraies avancées, il faudra remobiliser le peuple. Le membre associatif alerte sur les appels à projets : “C’est un piège. On véhicule le message de l’Etat et c’est très mauvais. Il y a eu peut-être de bonnes intentions mais c’est un tour de magie que nous fait l’Etat […] Les parlementaires sont clairs : Quelque soit ce qu’on peut mettre en place, si nous n’avons le peuple qui nous soutient, on n’ira nulle part.”
Roger Arnaud évoque donc l’absence des tests de chlordéconémie : “Les gens ne vont pas se faire dépister. Ils ont intérêt à y aller et surtout à revenir. Nous nous sommes rendus compte que certaines personnes voyaient leur taux augmenter ou descendre, lors du deuxième test.”
Malgré les annonces de l’Etat, le combat pour la reconnaissance pour le scandale du chlrodécone n’est pas terminé. D’autres mobilisations devront voir le jour durant l’année 2026.
J-PM

