Revue de Presse – Vie chère : Dans la Caraïbe aussi

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La question de la “vie chère” a préoccupé l’opinion publique martiniquaise en 2024, après 2009 et après 1952, etc. Elle la préoccupe encore.
Nous avions fait état lors de la crise de la vie chère de la formation de notre économie à partir du “pacte colonial” de Colbert au 17ème siècle : dépendance à l’égard de l’importation. La colonie importe ses “subsistances” de la Métropole et ne doit pas concurrencer cette dernière. Elle utilise les navires de la Métropole. Ce schéma est encore largement en vigueur.
Nous avions cependant évoqué, à partir de travaux d’économistes de l’Université que les mêmes phénomènes de cherté de vie et de concentration de la distribution que chez nous se constataient dans les pays frères de la Caraïbe.
L’animateur du journal Antilla Philippe Pied s’est livré le 20 août dernier à une comparaison de prix avec certains pays de la Caraïbe tels que la Barbade, Sainte-Lucie, La Dominique, etc. Mais aussi de salaires. Décapant.
“J”

On lit ceci notamment (Extraits) :
Vie chère : ce que la comparaison avec la Caraïbe change (ou ne change pas) au débat (août 20, 2026)


“Un territoire ne peut construire son avenir en ne regardant que ce qui lui manque”


À la Barbade, un passage au supermarché suffit à bousculer quelques certitudes. L’eau peut coûter trois fois plus cher qu’en Martinique, le poulet deux fois plus, alors que les salaires sont nettement inférieurs. À Sainte-Lucie ou à la Dominique, les mêmes constats apparaissent par endroits. Rien de tout cela ne rend la vie moins chère en Martinique. Mais cela oblige à poser autrement une question que nous regardons presque toujours depuis Paris :

Que signifie vraiment vivre cher dans une petite île de la Caraïbe ?


À la Barbade, il suffit parfois d’un rayon de supermarché pour que les comparaisons habituelles perdent un peu de leur évidence. Une palette d’eau. Un paquet de riz. Des ailes de poulet. Des produits ordinaires, ceux que l’on achète sans y penser et qui finissent pourtant par raconter une économie.
Nous étions venus avec une question simple :
“Comment les prix observés en Martinique se situent-ils par rapport à ceux des îles qui nous entourent ?”
En Martinique, la vie chère se mesure presque toujours à l’aune de l’Hexagone. On compare les mêmes produits, les mêmes marques, les mêmes enseignes lorsqu’elles existent. On mesure l’écart. On cherche ensuite à l’expliquer par le fret, les marges, la fiscalité, l’octroi de mer ou l’étroitesse du marché.
Cette comparaison est indispensable.
Mais elle laisse dans l’ombre une autre réalité : la Martinique se trouve au cœur d’un archipel de petites économies insulaires soumises à beaucoup des mêmes contraintes qu’elle.
La Barbade importe massivement. Sainte-Lucie importe massivement. La Dominique également. Toutes doivent composer avec la petitesse de leur marché, le coût du transport, celui de l’énergie et une capacité limitée à négocier les prix mondiaux.
Lors d’un séjour à la Barbade, nous avons donc choisi de regarder aussi autour de nous.

Des prix relevés directement dans les commerces

Comparatif des prix


La méthode retenue est volontairement simple.
Nous avons utilisé des prix photographiés directement dans des commerces à la Barbade, des tarifs publiés par des enseignes locales, le catalogue officiel de Massy Stores à Sainte-Lucie valable du 25 juillet au 11 août 2026, ainsi qu’un catalogue de grande distribution martiniquais.
Pour la Dominique, où les informations disponibles en ligne sont moins nombreuses, nous avons retenu uniquement les produits que le distributeur concerné annonçait comme effectivement disponibles en magasin.
Ce travail n’a pas vocation à constituer un indice du coût de la vie.
Quelques produits ne permettent évidemment pas d’affirmer qu’un territoire est globalement plus ou moins cher qu’un autre. Mais les écarts observés apportent malgré tout des éléments utiles au débat.
Conversions utilisées au 9 août 2026 : 1 dollar barbadien, BBD, environ 0,43 euro. 1 dollar des Caraïbes orientales, EC$, utilisé notamment à Sainte-Lucie et à la Dominique, environ 0,32 euro. Le dollar barbadien est fixé à 2 BBD pour 1 dollar américain, le dollar EC à 2,70 EC$ pour 1 dollar américain.

Pâtes et riz : parfois très peu d’écart


Premier enseignement : la Martinique n’est pas systématiquement beaucoup plus chère.
Sur les pâtes, par exemple, nous avons trouvé pratiquement le même niveau de prix.
En Martinique, un paquet de Barilla de 500 grammes était proposé en promotion à 1,50 euro. À la Barbade, A1 Supermarkets référençait 500 grammes de penne Tesco à environ 1,53 euro.
Même constat pour le riz blanc.
Le paquet de riz Craf de 1 kg était affiché à 1,75 euro dans le catalogue martiniquais étudié. À la Barbade, A1 Supermarkets proposait un riz blanc Co-op de 1 kg à 4,30 BBD, soit environ 1,85 euro.
Sur ces deux produits, les écarts sont donc faibles.
Mais ce n’est pas le cas partout.

L’eau, un écart particulièrement visible


L’exemple de l’eau est beaucoup plus spectaculaire.
En Martinique, le catalogue étudié proposait une bouteille d’eau Capes de 1,5 litre à 0,55 euro, soit environ 0,37 euro le litre.
À la Barbade, nous avons photographié un lot de 40 bouteilles Zephyrhills de 500 ml, soit 20 litres au total, vendu 61,89 BBD, environ 26,70 euros.
Le litre revient donc à environ 1,33 euro.
Dans ce relevé précis, l’eau était ainsi plus de trois fois et demie plus chère qu’avec l’offre promotionnelle martiniquaise.
La comparaison doit cependant être nuancée. Il ne s’agit pas de la même marque et Zephyrhills est une eau importée.
À la Dominique, CIS Dominica affichait en magasin un pack Member’s Mark de 40 bouteilles de 16,9 oz, soit pratiquement 500 ml chacune, à 53 EC$.
Cela représente environ 0,85 euro le litre.
Dans ces relevés, la Martinique apparaît donc nettement moins chère.

Poulet : des différences encore plus importantes
Les écarts observés sur le poulet sont également significatifs.
Dans le catalogue martiniquais étudié, deux kilos d’ailes de poulet étaient proposés à 6,99 euros, soit environ 3,50 euros le kilo.
À la Barbade, A1 Supermarkets référençait les ailes de poulet à 17,40 BBD le kilo, soit environ 7,50 euros.
Le prix était donc un peu plus de deux fois supérieur à celui de l’offre martiniquaise.
À Sainte-Lucie, le catalogue Massy Stores proposait des cuisses de poulet assaisonnées à 28,49 EC$ le kilo, soit environ 9,09 euros.
Il ne s’agit pas exactement du même morceau de poulet, la comparaison ne peut donc être qu’indicative. L’ordre de grandeur reste néanmoins intéressant.
Sur certains produits, notamment l’eau ou le poulet dans les exemples étudiés, la Martinique peut apparaître deux à trois fois moins chère que certains prix rencontrés autour d’elle.
Sur d’autres, comme le riz ou les pâtes à la Barbade, les différences sont faibles.
Cette comparaison devient surtout beaucoup plus instructive lorsqu’on ajoute un second élément : les revenus.

Des niveaux de salaire sans commune mesure


En Martinique, le SMIC est fixé depuis le 1er janvier 2026 à 12,02 euros brut de l’heure, soit 1 823,03 euros brut par mois pour un temps plein.

Le montant net mensuel indicatif communiqué par le ministère du Travail est de 1 443,11 euros.
À la Barbade, le salaire minimum national est fixé depuis janvier 2026 à 10,71 BBD de l’heure, soit environ 4,62 euros.
Le gouvernement barbadien a confirmé qu’une nouvelle revalorisation était entrée en vigueur le 21 janvier 2026.

À Sainte-Lucie, le salaire minimum national est de 6,52 EC$ de l’heure, soit 1 131 EC$ par mois.
Cela représente environ 2,08 euros de l’heure et 361 euros mensuels, avant prise en compte des différences de fiscalité, de cotisations sociales et de systèmes de protection entre les territoires.
En valeur nominale, le SMIC horaire martiniquais est donc environ 2,6 fois supérieur au salaire minimum barbadien et près de six fois supérieur au minimum saint-lucien.
Cela ne veut évidemment pas dire qu’un Martiniquais dispose d’un pouvoir d’achat six fois supérieur à celui d’un Saint-Lucien.
Les systèmes fiscaux et sociaux sont différents. Le prix du logement, les transports, l’électricité, la santé, l’éducation ou encore les habitudes de consommation ne sont pas directement comparables.
Mais il devient difficile d’analyser le prix d’un kilo de poulet sans regarder également le salaire avec lequel il doit être acheté.


TROIS SALAIRES MINIMUMS
• Martinique
12,02 € brut de l’heure
1 823,03 € brut par mois
Environ 1 443,11 € net par mois
• Barbade
10,71 BBD de l’heure
Environ 4,62 € de l’heure
• Sainte-Lucie
6,52 EC$ de l’heure
1 131 EC$ par mois
Environ 361 € par mois

Ces comparaisons sont nominales. Elles ne mesurent pas directement le pouvoir d’achat réel.

Le coût de la vie ne s’arrête pas au supermarché


Les prix alimentaires ne racontent cependant qu’une partie de la réalité.
Lors de notre séjour, un autre élément nous a frappés.
Le dimanche 9 août, les transports collectifs étaient toujours très présents sur les routes de la Barbade. Des bus circulaient, tout comme les taxis collectifs, avec une activité qui, observée depuis la route, paraissait relativement proche de celle constatée en semaine.
Cette observation ne signifie pas que les fréquences soient identiques à celles des jours ouvrables.
Le Barbados Transport Board prévoit d’ailleurs officiellement des horaires spécifiques le dimanche. Lorsqu’il a annoncé qu’un jour férié fonctionnerait selon les horaires dominicaux, l’organisme a précisé que les fréquences seraient réduites.
Il existe néanmoins un véritable service régulier le dimanche.
Le détail peut sembler secondaire. Il ne l’est pas.
Pour évaluer réellement le niveau de vie d’une population, il faut aussi regarder la possibilité de se déplacer, de travailler, d’accéder aux commerces ou aux services, le coût de la mobilité, les horaires d’ouverture, les dépenses de santé, la protection sociale et l’ensemble des charges contraintes.
Autrement dit, comparer seulement le prix d’un paquet de pâtes ou d’un litre d’eau ne suffit pas.

Regarder vers l’Hexagone, mais aussi autour de nous


À ce stade, une chose apparaît clairement : la vie chère n’est pas une singularité martiniquaise.
La Barbade, Sainte-Lucie et la Dominique connaissent elles aussi des prix élevés, parfois très élevés, sur des produits de première nécessité. Leur population ne bénéficie pourtant pas des mêmes niveaux de salaire que les Martiniquais.
Ce constat ne diminue en rien la réalité des écarts de prix entre la Martinique et l’Hexagone. Il ne diminue pas davantage les difficultés rencontrées par les ménages martiniquais lorsque l’alimentation, le logement, l’énergie ou les transports pèsent lourdement sur leur budget.
Il apporte simplement un élément supplémentaire au débat.
La Martinique appartient à la France et son niveau de prix doit naturellement pouvoir être comparé à celui de l’Hexagone.
Mais elle appartient également, géographiquement et économiquement, à un environnement caribéen constitué de petites économies insulaires confrontées à des contraintes proches des siennes.
Pour comprendre réellement la vie chère, il faut probablement regarder dans les deux directions.
Vers l’Hexagone, bien sûr.
Mais aussi autour de nous.

Dans plusieurs îles voisines, certains produits essentiels sont aussi chers, parfois davantage, avec des salaires très inférieurs et des protections collectives moins importantes. Cela ne signifie pas qu’il faudrait se satisfaire de la situation martiniquaise.

Philippe PIED (Antilla)

PS : Il serait temps que les organismes économiques officiels, tels que l’INSEE ou l’IEDOM, établissent des comparaisons avec les pays caribéens environnants au lieu de se référer systématiquement à la “métropole”.

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