Le 19 octobre, comme l’avait annoncé le Rassemblement pour la Protection des Peuples et des Ressources Afro-Caribéens (RPPRAC), la mobilisation contre la vie chère a repris en Martinique. Cependant, en marge de la lutte, des exactions et des barrages ont frappé la Martinique.
Dans un courrier daté du 16 octobre, le RPPRAC s’adresse directement au président de la République, Emmanuel Macron, au Premier ministre, Sébastien Lecornu, et à la ministre chargée des Outre-mer, Naïma Moutchou, et indique une “rupture de confiance avec le préfet de Martinique et les responsables institutionnels locaux” :
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“Après deux années de réunions, de discussions, de promesses et d’engagements insuffisamment suivis d’effets, le RPPRAC considère que la confiance avec le préfet de Martinique et les responsables institutionnels locaux est rompue. Nous ne voulons plus négocier avec ceux qui ne peuvent pas décider. Nous ne voulons plus entendre : “Nous allons transmettre”, “Ce n’est pas de notre compétence”, “Il faut attendre un arbitrage.”
La population a déjà trop attendu. Nous ne refusons pas le dialogue. Nous refusons les discussions sans résultat et avec des interlocuteurs qui ne disposent pas du pouvoir de décider.La situation de la CTM a achevé de rompre notre confiance.”
Fin de citation.
Le RPPRAC annonce ne plus participer à des réunions “destinées à gagner du temps”, estimant que cette méthode a échoué. Le collectif demande la démission du président du Conseil exécutif de la CTM et le départ du préfet. “Tant que ces deux conditions ne seront pas réunies, nous ne reprendrons pas le dialogue avec les interlocuteurs institutionnels locaux concernés […] Nous ne voulons plus parler pour parler. Nous voulons parler pour décider, agir et obtenir des résultats.”
Après une matinée plutôt calme, le RPPRAC annonce, en fin de matinée du lundi 19 octobre, une mobilisation devant le Carrefour de Dillon à 14 h. Un appel qui n’a rassemblé qu’une cinquantaine de personnes devant un centre commercial gardé par les forces de l’ordre. Le lendemain, c’est devant deux magasins appartenant au groupe Bernard Hayot (GBH) que les membres du RPPRAC se sont réunis.
Le lundi 26 octobre, le RPPRAC a décidé de bloquer le quartier populaire de Sainte-Thérèse avec des barrages filtrants. Les forces de l’ordre ont tenté d’intervenir en retirant les encombrants, suscitant la colère des militants.
Les avis envers le RPPRAC sont de plus en plus négatifs…
Sur les réseaux sociaux, ainsi que dans les émissions de télévision et de radio qui permettent aux Martiniquais de s’exprimer, les avis sur la mobilisation du RPPRAC sont de plus en plus mitigés. Si certains maintiennent leur soutien, le mouvement est en train de perdre son souffle et provoque la colère d’une partie des Martiniquais : “Si leur seul moyen d’expression, c’est de bloquer, brûler et racketter, effectivement ça ne peut pas tenir dans la durée”, “Que les médias arrêtent de le prendre pour Zorro et de lui faire de la pub !”…Sur le compte Facebook de la préfecture, des internautes commentent les bilans de sécurité des différentes nuits qui ont suivi l’appel à la mobilisation : “Bravo, vivement le retour au calme et à la vie normale”, “Très bien. Renouvelez le couvre-feu. L’équipe de braqueurs a-t-elle été retrouvée ?”, “Merci aux forces de l’ordre. Merci Mr le Préfet.”
Les autres jours de la semaine, aucun appel à la mobilisation n’a été lancé par le RPPRAC. D’ailleurs, France-Antilles du 23 octobre 2026 titre : “Rpprac : le début de la fin ?” : “Si certains continuent de percevoir Rodrigue Petitot comme un messie, il suffit de faire un petit tour sur le terrain pour se rendre compte du changement. Fini les centaines de suiveurs aux rassemblements et aux marches comme cette fameuse marée humaine qui s’était déversée à la Pointe des Grives en septembre 2024. Fini les vagues rouges déboulant dans les rues, fini les grands-messes saturées de monde. Le mouvement semble s’être essoufflé. Est-ce la lassitude ?”, s’interrogent nos confrères de France-Antilles.
Les départs successifs de l’ancien syndicaliste Jean Dorsan, de la militante Aude Goussard ou encore de Steve Moreau, ancien élu de la majorité de Fort-de-France qui a mené campagne en 2026 sous l’étiquette Pour le Peuple avec le RPPRAC, montrent une profonde remise en cause du collectif.
Des débordements moins intenses mais bien réels
Il ne s’agissait pas de la première mobilisation contre la vie chère : le 29 septembre, près de mille personnes s’étaient réunies dans les rues de Fort-de-France, à l’appel de différentes organisations syndicales. Aucun débordement n’avait été signalé, qu’il s’agisse de barrages ou de destruction de biens publics.
Pourtant, dès le 18 octobre, des barrages ont eu lieu un peu partout en Martinique. Selon la préfecture, un commerce à Saint-Pierre et un grossiste pharmaceutique au Robert ont été saccagés, et plusieurs véhicules incendiés. Pire, cinq vols à main armée ont été recensés dans les communes du Lamentin et de Fort-de-France. “Au moins une équipe de braqueurs, lourdement armée et s’exprimant en créole saint-lucien, semble profiter de la situation.” Les forces de sécurité intérieure ont été la cible de projectiles et ont été contraintes de faire usage de moyens de dispersion. Six individus ont été interpellés.
Le bilan de la nuit du 19 au 20 octobre montre qu’elle a été marquée par une multiplication des barrages sur les axes routiers et par des violences urbaines graves. “Huit commerces ou entreprises ont fait l’objet d’intrusions ou de dégradations à Fort-de-France, au Lamentin, à Sainte-Marie et aux Trois-Îlets. La réactivité des forces de sécurité intérieure a permis d’empêcher beaucoup d’autres tentatives de pillage, et de procéder à l’interpellation sur le fait de quatre individus impliqués dans ces exactions. Des automobilistes ont également été agressés par des bandes délinquantes : six véhicules ont été volés sous la menace d’armes à feu à proximité des barrages.”
Devant le stade Max Soron de Ducos, les pompiers sont intervenus pour venir en aide à trois jeunes hommes, tous blessés par balle.
Après ces agressions, la préfecture a décidé d’instaurer un couvre-feu dans six communes : Fort-de-France, Lamentin, Schoelcher, Saint-Joseph, Robert et Ducos.
“Ce couvre-feu s’appliquera aux majeurs et aux mineurs dès ce soir et pour deux nuits, de 22 heures à 5 heures. Ces horaires tiennent compte de la nécessité de maintenir autant que possible l’activité des commerces, notamment de restauration.”
La nuit du 20 au 21 octobre a été marquée par une diminution de l’intensité et de l’étendue des troubles. Quatorze communes ont été touchées, soit moins que la veille. Aucun pillage de commerce ni vol à main armée n’est à déplorer, mais des gendarmes ont de nouveau été la cible de tirs d’arme à feu à Ducos, nécessitant le déploiement du GIGN et de véhicules blindés. Un policier a par ailleurs été blessé à la tête par un projectile, heureusement sans gravité.
En revanche, les dégradations les plus marquantes concernent la commune du Lamentin : un incendie au Centre Auto, à Place-d’Armes, qui a détruit sept véhicules et en a exposé quatre autres au rayonnement thermique ;un incendie au gymnase du collège Édouard-Glissant, à Place-d’Armes, dont le rez-de-chaussée, d’une superficie d’environ 300 m², a été entièrement embrasé.
Le couvre-feu a été levé le 22 octobre.
Bilan : 11 interpellations ; 3 saisies d’armes à feu.
Au matin du 22 octobre, la préfecture constate que dix communes ont été touchées, pour la plupart sporadiquement, par des barrages sur la voie publique, les confrontations avec les forces de l’ordre étant restées rares, essentiellement dans un quartier du Robert. Un seul commerce, au Lamentin, a fait l’objet d’une intrusion. Les trois cambrioleurs ont été interpellés par la police nationale.
Dans la nuit du 22 au 23 octobre, deux secteurs ont connu de légers troubles :à Sainte-Luce, une dizaine de jeunes ont mis le feu à une barricade de palmiers et ont été rapidement repoussés par les gendarmes, qui sont parvenus à interpeller deux majeurs ; à Fort-de-France, plusieurs barricades ont été érigées avenue Maurice Bishop par une poignée d’individus, à chaque fois rapidement mis en fuite par les forces de l’ordre.
Les axes routiers n’ont pas été impactés par les événements.
Les jours suivants, la situation s’est plutôt calmée en Martinique.
J-PM (26/10/2026)





