L’octroi de mer attaqué à nouveau ignominieusement… par un magnat de l’importation

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Décidément l’octroi de mer empêche de vivre ceux qui profitent de la dépendance des DOM- et singulièrement de la Martinique- à l’égard des importations.
Après la lobbyiste Me Maryse Coppet auprès de Bruxelles, c’est au tour de Cyril Comte, ex président du MEDEF-Martinique et patron du Groupe Citadelle représentant, entre autres, Toyota, Suzuki,etc, de déclencher la foudre contre l’octroi de mer accusé de tous les maux.
Il s’est commis d’une tribune dans France-Antilles du jeudi 11 juin sous le titre provocateur : “L’indéfendable octroi de mer”.
Son réquisitoire commence par rappeler l’octroi de mer est un “impôt colonial” : “C’est donc logiquement que sur le modèle de l’octroi municipal appliqué en métropole, un octroi de mer a été progressivement installé dans les colonies françaises en 1671 pour financer le fonctionnement administratif des colonies caribéennes”.
Il ajoute : “La suppression de l’octroi municipal fut confirmée à la Libération mais l’octroi de mer fut maintenu malgré la départementalisation de la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et de La Réunion”.

Un retournement de “l’impôt colonial” en moyen de développement


Dans leur ouvrage “Réflexions libres sur l’octroi de mer” de 2022, Philippe Saint-Cyr, Président honoraire de l’Université Antilles-Guyane, Professeur des universités (décédé) et Bruno Marques, docteur en Sciences économiques, chercheur associé au MEMIAD, expliquent comment, au fil du temps, l’octroi de mer est devenu un “instrument décentralisé de compensation à vocation redistributive au service du développement territorial”.
L’agro-économiste Mireille Pierre-Louis, dans sa récente étude dénommée “A l’assaut de l’Octroi de mer : Le populisme autophage” montre qu’il s’est produit un “retournement” dans la vocation historique de cette taxe. Elle écrit : “Le retournement. En réalité, il s’est produit, s’agissant de l’Octroi de mer, un retournement comme il s’en produit parfois dans l’histoire.. Cette taxe, établie par Colbert au bénéfice exclusif des colons, est devenue profitable aux “ex-colonisés”, actuels “outremers”, ce qui n’était pas le but pour lequel elle avait été instituée, leur fournissant dès lors une assise financière au moment où la question de l’autonomie de ces territoires devient de plus en plus pressante, expliquant en partie le réveil soudain de la Métropole et sa charge foudroyante à son encontre.
Ajoutée à cette considération, la situation financière catastrophique actuelle de l’Etat français qui explique son urgent besoin de faire la chasse au moindre euro.
Et dans une période de recentralisation des finances locales, à marche forcée, au motif de la maîtrise des dépenses publiques, la survivance de l’Octroi de mer, qui plus est aux mains de descendants d’esclaves noirs, représente une véritable “infamie” pour les administrations centrales, c’est-à-dire les Cols blancs qui administrent la France.
Mais pas que…”
. Nous avons rendu compte de sa contribution dans Justice n°23 du 4/06/2026.

Un réquisitoire malhonnête

Cyril Comte développe pas moins de six griefs à l’encontre l’octroi de mer.
Résumons le réquisitoire.
1/ Il taxe les investissements.
2/Il taxe les marchandises en stock.
3/ Il taxe uniquement les produits (notamment l’automobile) et pas les services, contrairement à la TVA, et contribue à la “vie chère” et “à l’écart de prix avec la métropole”.
4/ Il est complexe du fait de la multiplicité des taux et “mobilise une administration douanière coûteuse”. Il freine la concurrence et gêne le commerce en ligne.
5/ Il contribue à l’opacité de la formation des prix et n’est pas déductible.
6/ Personne ne cherche à le remettre en cause, qu’il s’agisse des organisations socio-professionnelles ou des élus de tous bords.
Effectivement, l’octroi de mer taxe les produits importés et est largement exonéré pour les produits locaux et les intrants de la production locale. La diversité des taux vise à moduler l’octroi de mer selon la consommation et la nature des produits. Leur nombre peut certes être simplifié.
La TVA a prélevé 324 millions d’euros en 2025 sur les consommateurs alors que l’octroi de mer l’a opéré de 250 millions d’euros (chiffres Iedom). La TVA a un impact plus lourd sur la consommation.
L’écart de prix Martinique/France n’est pas imputable à l’octroi de mer car il pèse 11,1 % des importations totales et 1,5 % dans les prix de marchés (étude Ph Saint-Cyr/ Bruno Marquès citée). Le cumul de la TVA au taux normal de 8,5 % avec l’octroi de mer est de 19,6 % alors que la TVA au taux normal en France est supérieure à 20 %. Les surprix sont donc à chercher ailleurs dans la formation des prix : coût du fret maritime, taxes portuaires, marges de distribution (gros et détail), circuits d’importation de France et d’Europe, etc.
Quant à l’opacité de la décomposition des prix, les entreprise d’importation n’ont qu’à commencer par publier les éléments constituant leurs prix et leurs bénéfices.
Enfin si organisations socio-professionnelles et élus de tous bords ne remettent pas en cause l’octroi de mer, c’est qu’il existe un consensus sur son utilité économique et sa viabilité politique en tant que pouvoir de décision encore en partie local.
Notre accusateur reconnaît que l’octroi de mer est une ressource de financement “considérable” pour les collectivités locales. Sa suppression nécessiterait de négocier avec l’Etat des dotations ou de créer une nouvelle taxe de consommation (comme la TVA ?), admet-il.

Cyrille Comte est conscient que la taxation différentielle entre production locale et importée est “censée assurer la compétitivité locale contre l’alternative importée”.

Contre la protection de la production


Et c’est ici qu’il assène l’argument suprême de ceux veulent que le pays soit un hypermarché de produits importés. Citons le entièrement : “C’est un système de tarifs et de barrières douanières, que l’histoire économique mondiale des dernières décennies a vu progressivement disparaître, et qui ne se différencie en rien de la politique commerciale de Donald Trump dont tout le monde s’accorde à relever l’absurdité.
Il n’existe aucune politique industrielle rationnelle dans le monde qui s’apparente à un tel système
”.
De fait, aucun pays, et spécifiquement la France, n’a pu développer une production endogène sans utiliser des mesures de protection économique. L’exemple des USA de Trump montre que même un pays puissant use de tels instruments contre la concurrence asiatique. La France a dû refuser l’accord de l’Union européenne dans le cadre du Mercosur pour préserver sa production agricole.
Alors notre Martinique devrait-elle se désarmer économiquement ?
C’est donc que, contrairement à l’accusation fausse de Cyrille Comte, l’octroi de mer est défendable, même si il est et aussi améliorable.

Michel Branchi

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