EHPAD : Le nombre de places disponibles est insuffisant selon la CRC

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Le 8 octobre, la Chambre régionale des comptes a publié un rapport intitulé “Vieillir en Martinique : le défi de la prise en charge en Ehpad”. Le constat est sans appel : la Martinique est insuffisamment préparée au choc du vieillissement rapide de sa population. Dans le cadre de son programme de contrôle pour l’année 2025, la chambre régionale des comptes de Martinique s’est intéressée, à l’échelle de l’île aux fleurs, à la qualité de la prise en charge des personnes âgées, à domicile et en Ehpad, face au défi que représente le vieillissement rapide de ce territoire.


Pour analyser la qualité des prises en charge et la soutenabilité économique et financière des Ehpad, la CRC a procédé à un contrôle coordonné de huit Ehpad et SAD (services autonomie à domicile) au cours du dernier trimestre 2025 et du premier semestre 2026, et a conduit une enquête de satisfaction auprès des résidents, de leurs familles et des professionnels de la dépendance. Il en ressort, d’une part, une qualité satisfaisante de la prise en charge des résidents et des personnes âgées à domicile, notamment en termes d’animation et de vie sociale, un entretien des bâtiments plutôt favorable malgré certaines vétustés et, enfin, un ratio de personnel médico-soignant au chevet des résidents supérieur à la moyenne nationale.
D’autre part, dans un contexte où les structures contrôlées souffrent de l’absence de contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens en Martinique, leur situation économique et financière demeure fragile, voire menacée dans certains cas. C’est donc, souvent, au prix d’une augmentation des tarifs journaliers à la charge des résidents et d’une forte rationalisation interne des moyens matériels et humains que les Ehpad et SAD contrôlés peuvent maintenir une certaine soutenabilité budgétaire et financière.

Un défi reste à relever pour les pouvoirs publics et les structures en charge de la dépendance que sont l’Agence régionale de santé et la Collectivité territoriale de Martinique.

Une démographie préoccupante


Selon l’Insee, la Martinique comptait 364 348 habitants au 1er janvier, en baisse de 7 % par rapport au 1er janvier 2015 (391 837 habitants). En 2019, les seniors de plus de 60 ans y représentaient environ 30 % de la population, alors que les jeunes de moins de 15 ans en constituaient 16 %.
En 2030, la part des plus de 60 ans passerait à 36 % de la population totale. En 2050, selon le Sénat, la Martinique sera la collectivité territoriale la plus âgée de France, alors qu’elle était la 74e en 2013.L’une des premières conséquences du vieillissement de la population martiniquaise est sociale : la solidarité intergénérationnelle, qui a “joué à plein” jusqu’au milieu des années 2010, est désormais mise à mal en raison d’un solde migratoire négatif.
La deuxième conséquence du vieillissement est budgétaire. Outre l’assurance maladie pour le soin, il revient à la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) de prendre en charge l’hébergement des personnes âgées dépendantes, ce qui constitue une charge financière importante. En effet, le taux de bénéficiaires de l’aide sociale à l’hébergement (ASH) est de 84 %, contre 14,8 % en France hexagonale. Dans les faits, la chambre a pu constater, au cours de ses investigations dans les Ehpad, que le taux d’habilitation à l’ASH pouvait même aller jusqu’à 98 %. L’ allocation personnalisée d’autonomie (APA) est également très sollicitée.
Cette allocation, elle aussi à la charge de la CTM, sert à financer le coût de la dépendance de la personne âgée (à domicile ou en établissement), que ce soit au travers de matériel (couches, etc.) ou de moyens humains (aides à domicile, aides-soignants en établissement, pour ne citer qu’eux). Ainsi, le taux de bénéficiaires de l’APA à domicile et en établissement, payée au 31 décembre 2023, est en Martinique, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), de 25,1 % de la population de 75 ans et plus, contre 14,9 % pour la Guadeloupe et 19,2 % pour la France.

Une offre de services et de soins liée à la dépendance en dessous des besoins réels

Le nombre de place en EHPAD en Martinique est insuffisant


Le schéma de l’autonomie pour la période 2018-2023 avait, dans son annexe relative aux besoins en établissement, estimé notamment que “si la CTM envisage de disposer de taux d’institutionnalisation similaires à ceux du niveau national, il faudrait ainsi créer plus de 4 700 places d’ici 2023. Ce chiffre dépasse les 5 000 si on considère l’horizon 2028 et atteint près de 6 000 dans le cas où la dépendance évoluerait (…) selon un [scénario pessimiste]”.

Or, à ce stade, force est de constater que la situation actuelle, avec un volume de moins de 2 000 places, ne répond à aucun des défis analysés dans le schéma, dont l’ampleur s’est encore accrue sous l’effet du choc démographique en cours. Le graphique ci-dessous met ainsi en lumière l’évolution du nombre de lits ou de places en établissement en Martinique, lequel demeure en deçà des exigences relevées par la collectivité martiniquaise elle-même. En 2021, la part des personnes de 75 ans ou plus parmi les personnes de 60 ans et plus est de 34 % en Martinique.


En 2050, cette part devrait atteindre 59 %, soit près du double. De plus, à l’horizon 2030, le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie importante, voire sévère, non susceptibles d’être prises en charge à domicile, devrait croître d’au moins 3 800 personnes par rapport à l’année 2021.


À plus long terme, l’évolution 2021-2050 de ce chiffre laisse apparaître une augmentation de 9 500 personnes âgées dépendantes supplémentaires. Dans ces conditions, la demande de places en établissement est appelée à croître en Martinique. Dans une majorité d’entre eux, une liste d’attente existe et s’est d’ailleurs allongée durant les dernières années, ce qui démontre un accroissement très significatif du nombre de personnes âgées en attente de places.

Toutefois, la gestion des demandes d’admission en établissement demeure hétérogène et peut être analysée en trois groupes d’Ehpad contrôlés : un premier groupe d’établissements dans lesquels la liste d’attente est formalisée et adossée à une procédure d’admission des résidents, avec au final, au vu d’un dossier d’entrée en Ehpad complet, une décision d’admission émanant d’une commission pluridisciplinaire présidée par le chef d’établissement et chargée notamment de l’évaluation gérontologique, conformément aux prescriptions de l’article L. 311-4 du CASF ; un deuxième groupe d’établissements disposant d’une procédure d’admission très succincte, qui ne décrit pas davantage les différentes missions des professionnels de l’établissement impliqués.

Cette procédure n’est d’ailleurs souvent pas articulée avec le règlement de fonctionnement de l’Ehpad, ni avec aucune autre documentation institutionnelle sur l’admission du résident ;un troisième groupe d’établissements pour lesquels la procédure d’admission est inexistante ou, à tout le moins, inopérante : non mise à jour, la liste d’attente n’est clairement pas utilisée, et aucune gestion prévisionnelle des arrivées au sein de l’établissement ne peut être démontrée. Dans ce cas, si une commission d’admission pluridisciplinaire peut statuer sur l’admission, en présence du futur résident et de sa famille, le fonctionnement de cette instance s’avère peu formalisé.

J-PM avec rapport de la Chambre régionale des comptes

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