L’agence française de développement (AFD) a présenté le jeudi 22 octobre 2026 l’Observatoire des communes 2025 de Martinique.
Le communiqué de l’AFD se veut résolument optimiste sur la situation financière des 34 communes et des 3 EPCI de la Martinique.
Nous en extrayons l’essentiel ci-après.
1/ Diagnostic global
Établi à partir des comptes 2025 des 34 communes et des trois intercommunalités de l’île, l’Observatoire des communes livre un diagnostic clair : les fondamentaux financiers sont sains et l’épargne dégagée permet d’investir, mais l’effort d’investissement des communes reste timide.
• 9 € d’épargne dégagée par les communes pour 100 € de recettes. C’est faible : moins de 10 %.
• 18% taux d’effort des communes, contre 33% dans l’Hexagone.
• 70% des investissements communaux peuvent être financés par des ressources extérieures.
• 5,5 ans pour rembourser la dette des communes, loin du seuil d’alerte de 12 ans.
2/ DES FONDAMENTAUX SAINS
Les ressources des communes martiniquaises reposent à 75% sur les impôts et taxes, dont l’octroi de mer représente plus de la moitié. Les communes dégagent une épargne positive : sur 100 € de recettes, il leur reste 9 € pour préparer l’avenir. Ce niveau se situe dans la moyenne ultramarine, même s’il recule en 2025, les dépenses de fonctionnement progressant alors que les recettes restent stables.
3/ UN INVESTISSEMENT COMMUNAL ENCORE EN RETRAIT

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Avec 126 M€ investis en 2025, les communes atteignent un niveau nettement supérieur aux années passées, conforme au rythme habituel des fins de mandat. Rapporté à leurs ressources, l’effort reste pourtant modeste : pour 100 € de recettes courantes, elles investissent 18 €, contre 26 € à La Réunion, 31 € en Guyane et 33 € dans l’Hexagone. En Guadeloupe, c’est 16 €. Car investir, il est rappelé que c’est rénover une école, refaire une route ou moderniser un réseau d’eau, mais c’est aussi faire travailler le secteur du BTP et soutenir le tourisme, deux piliers de l’économie martiniquaise.
4/ DES LEVIERS A PORTEE DE MAIN
Les moyens d’investir existent, notamment les subventions et l’emprunt. En moyenne, une commune ne finance qu’environ 30% de ses investissements sur ses ressources propres, le reste étant apporté par des subventions de l’Union européenne, de l’État et de la Collectivité Territoriale de Martinique.
L’endettement est globalement bien maîtrisé. La dette des communes s’établit à 325 M€ fin 2025, en léger recul (- 4 M€ par rapport à 2023), et pourrait être remboursée en 5,5 ans en y consacrant toute leur épargne, quand le seuil d’alerte est fixé à 12 ans. Celle des intercommunalités, ramenée à 85 M€, le serait en 3 ans.
L’AFD estime que les communes martiniquaises devraient s’endetter plus pour investir.
Nos observations
1/ Ce sont les impôts et taxes locales, dont l’octroi de mer, qui constituent l’essentiel des ressources des communes en Martinique et en Guadeloupe. Près de 80 %. Alors que l’apport de l’Etat n’est que 16 %. Les autres taxes locales que l’octroi de mer sont la taxe foncière, la taxe sur les carburants.
2/ Les dépenses en personnel représentent 63 % des dépenses de fonctionnement (contre 67 % en Guadeloupe) et 53 % en France. Cela reflète à la fois le besoin d’emploi chez nous et aussi des pratiques de clientélisme politique. Trop de dépenses de personnel réduit l’épargne, donc la capacité à investir. Et force à s’endetter (exemple Fort-de-France).
3/ Le taux d’effort, c’est-à-dire la part des dépenses d’investissement par rapport aux recettes de fonctionnement, n’est que de 18 %. Il est inférieur à celui des autres DOM sauf la Guadeloupe où il est de 16 % : Guyane 31 %, La Réunion 26 %, Mayotte 59 %. En France il est de 33 %.
La part des communes dans l’investissement est en moyenne de 30 % ces dernières années. Le reste, soit 70 % est apporté par l’Etat, la CTM(qui les diminue) et l’Union européenne. Ces sources de financement sont en difficulté financière.
4/ L’épargne en recul
C’est ce qui reste des recettes une fois les dépenses courantes payées (salaires, achats, charges externes, etc). Globalement elle est de 126 M€ en 2025. Elle est positive, mais diminue par rapport à 2024 car les dépenses de fonctionnement progressent alors que les recettes n’augmentent pas. Les marges de manœuvre des communes se sont “réduites”, reconnaît l’AFD. 13 communes ont une épargne négative. Six communes sont sous contrat de redressement outre-mer(COROM) : Fort-de-France, Saint-Pierre, Saint-Esprit, La Trinité, Gros-Morne et Le Prêcheur.
Epargne brute par habitant :
Martinique : 161 €/hbt ;
Guadeloupe : 213 €/hbt ;
Guyane : 77 €/hbt ;
La Réunion : 165 €/hbt ;
Mayotte : 87 €/hbt ;
France : 224 €/hbt ;
Augmenter le niveau d’épargne permet de renforcer l’autonomie financière des communes et leur capacité à investir dans les infrastructures et les services bénéfiques pour la population.
L’AFD ne communique pas l’épargne nette qui est l’épargne brute diminuée du remboursement du capital de la dette. De même elle ne donne pas le montant des charges financières qui cumulent le remboursement du capital de la dette et les intérêts versés.
5/ Un endettement maitrisé, mais un effort d’investissement insuffisant
L’endettement des communes est de 325 M€ en Martinique et la capacité de désendettement (temps pour rembourser la dette en y consacrant toute l’épargne annuelle) est de 5,5 ans, très en dessous du seuil d’alerte qui est de 12 ans. L’AFD estime que l’investissement public en Martinique est trop faible par rapport à d’autres territoires ultramarins. Investir, est-il rappelé, c’est moderniser les infrastructures, créer de nouveaux équipements et aussi soutenir des secteurs comme le BTP et le tourisme. Et ainsi éviter que l’ensemble de l’économie martiniquaise ne s’essouffle comme elle le fait depuis 2024.
Un endettement élevé peut réduire la marge de manœuvre financière des collectivités, les obligeant à consacrer une part importante de leurs ressources au remboursement des emprunts plutôt qu’à de nouveaux investissements.
6/ Les EPCI (Etablissements publics de coopération intercommunale) sont au nombre de trois : CACEM (centre), Cap Nord et Caesm (espace sud).
Le taux d’effort est de 40 % en 2025 contre 23 % en 2024. Elles interviennent dans les domaines de l’eau potable, de l’assainissement, la gestion des déchets ou l’aménagement du territoire. L’épargne des EPCI a baissé de 8,5 % en 2025 par rapport à 2024. Elle est de 81 €/hbt contre 170 €/hbt en France. Leur dette est de 85 M€ en recul de 10 M€ par rapport à 2024 et leur capacité de désendettement est de 3 ans (seuil d’alerte : 12 ans). Elle serait faible par rapport à d’autres territoires ultramarins.
Pour l’AFD, les finances des communes de Martinique sont favorables à l’investissement. La plupart des collectivités arrive à dégager de l’épargne et donc peut emprunter.
Toutefois, bien que publique, l’AFD est d’abord une banque. Ne l’oublions pas.
D’après nos calculs. Pour 2025 :
- Dépenses des communes : 745,3 M€ ;
- Epargne brute : 125,9 M€ ;
- Intérêts versés communes : 10 M€ ;
- Masse salariale : 395,7 M€ ;
- Octroi de mer : 261 M€ ;
- Concours de l’Etat : 111,3 M€ ;
- Dépenses des EPCI : 323,8 M€ ;
- Intérêts versés EPCI : 2,9 M€ ;
- Total intérêts versés : 10 M€ + 2,9 M€ = 12,9 M€ ;
- Dette 325 M€ (communes) + 85 M€(EPCI) = 410 M€
- Intérêts = 3,1 % de la dette
Conclusion : Pour investir plus les communes devraient accroître leur épargne soit en augmentant les impôts et taxes, soit en diminuant la masse salariale. Les concours de l’Etat, de la CTM et de l’Europe sont sous contrainte budgétaire. Emprunter plus, c’est augmenter les charges financières. Les intérêts versés sont de 12,9 M€ en 2025.
Michel Branchi
Franck ROBERT, Responsable du service collectivités locales

Après les élections municipales de mars 2026, comment l’AFD a accompagné ces municipalités ?
“Nous avons surtout été présents après les élections, une fois que les conseils communaux ont été mis en place. Nous avons rencontré les communes comme d’habitude. Nous avons un peu plus insisté avec les nouvelles autorités, pour déjà nous présenter, faire le point sur leur projet d’investissement et pour nouer un lien avec elles. Nous travaillons désormais avec les municipalités pour construire leur projet d’investissement à venir.
Les municipalités découvrent… la gestion d’une mairie est complexe. Nous, nous sommes une banque, donc nous proposons des outils financiers, mais pas que : nous avons rencontré la commune du Marigot et nous avons mis en place une subvention pour l’accompagner dans sa restructuration, sa préparation… c’est un exemple type de ce que nous faisons avec les communes. Nous sommes sur une subvention, pas un prêt.
L’AFD en tant que banque de développement, a l’activité bancaire, mais nous avons aussi l’activité ingénierie, conseil, accompagnement et expertise.”





