Alors que les Martiniquais avaient les yeux rivés sur les lignes d’arrivée du 40e Tour des yoles de Martinique 2026, les élus de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) se sont réunis en séance plénière le jeudi 30 juillet pour étudier les 43 dossiers prévus à l’ordre du jour. Une indemnisation pour les familles les plus vulnérables aux émanations des algues sargasses a été votée et le budget supplémentaire 2026 a été présenté.
Le conseiller exécutif Arnaud René-Corail a présenté le dossier 1 sur l’affectation des résultats du compte administratif de l’exercice 2025. Un budget supplémentaire sera affecté au Bureau de gestion du périmètre d’irrigation du sud-est (BGPISE), au Laboratoire territorial d’analyse (LTA) et au budget annexe du très haut débit (THD).
L’avis du CESECEM
Selon le président du Conseil économique, social, environnemental, de la culture et de l’éducation de Martinique (CESECEM), Eric Bellemare : “Le CESECEM constate que l’affectation proposée respecte strictement les principes comptables et budgétaires applicables aux collectivités territoriales, imposant la couverture prioritaire du besoin d’investissement de la section de financement par l’excédent de fonctionnement.”
L’analyse par secteur budgétaire :
Budget principal : Le CESECEM note la capacité de la CTM à dégager un résultat d’exercice 2025 positif de 14,6 M€ en fonctionnement, portant le disponible cumulé à 47 M€. L’affectation de 28 M€ permet d’apurer l’impasse financière de la section d’investissement, tout en préservant une marge de manœuvre de 18 M€ reportée en fonctionnement.
Budgets annexes : Le CESECEM salue la solidité financière globale du LTA et du THD qui maintiennent des équilibres et des excédents de financement appréciables. BGPISE : Le CESECEM exprime sa vigilance concernant le déficit cumulé de la section de fonctionnement (-380 883 €). L’absence totale d’actions d’investissement, couplée à un déficit d’exploitation persistant, nécessite une attention particulière quant au modèle économique et à la pérennité des services d’irrigation du sud de la Martinique.
Le CESECEM recommande :
“- La poursuite de la soutenabilité budgétaire.
- Conserver la rigueur dans la maîtrise des dépenses de fonctionnement pour garantir le niveau de fonds de roulement nécessaire au financement des investissements structurants du territoire.
- Un plan de redressement du BGPISE.
- Mettre en place un service spécifique pour résorber le déficit du budget annexe de l’irrigation agricole, afin de ne pas affecter, à terme, les équilibres globaux.
- La consolidation de la programmation pluriannuelle des investissements.
- Assurer la réalisation effective des recettes d’investissement inscrites en reste à réaliser (85 M€) pour fluidifier les chantiers.”
Le CESECEM émet un avis favorable sur ce rapport.
Après des échanges animés, il y a eu 32 votes POUR des élus de l’Allians et de la Martinique Ensemble, 9 CONTRE (Gran Sanblé) et 5 ABSTENTIONS (Peyia + Louis Boutrin).
Un budget supplémentaire (BS) qui ne répond pas aux difficultés martiniquaises
Selon le rapporteur Arnaud René-Corail, le BS reprend les résultats de l’exercice 2025, les restes à réaliser en dépenses et en recettes de l’exercice 2025. On procède à des ajustements et des virements de crédits entre chapitres budgétaires et le cas échéant à des inscriptions nouvelles s’avérant nécessaire au regard de l’utilisation effective des crédits depuis le début de l’adoption du budget primitif […].
En réalité, ces ajustements ont été évalués en fonction de la prospective financière 2026-2029 élaborée pour déterminer la capacité d’investissement de la CTM et garantir la pérennité de l’équilibre financier à moyen et long terme. Le principal objectif étant de “stabiliser” le niveau d’endettement de la collectivité. Un niveau déjà élevé.
Les ajustements de recettes représentent un montant total de 24,3 M€ (hors reste à réaliser). Arnaud René-Corail alerte : “C’est ce que le peuple martiniquais doit entendre : ce n’est pas faire de perpétuelles campagnes électorales, mais entendre la situation de la France vis-à-vis des régions françaises et d’outre-mer. La taxe intérieure sur les produits pétroliers : l’Etat a décidé que vous aurez moins 12 628 472 €. L’Etat nous enlève 12 628 472 € ! Ce que vous prévoyez hier, qui était quasiment le même chiffre de 2025, on vous dit non ! Ce que vous aviez en 2025, vous ne l’aurez pas en 2026. Voilà le résultat ! La dotation globale de fonctionnement est à moins 284 893 €. On doit retenir les diminutions. Au lieu d’avoir 6 M€, la CTM aura 3 M€”,
Les dotations budgétaires complémentaires concernent ainsi principalement les interventions inscrites en section de fonctionnement.
Selon le rapport, le budget supplémentaire de 2026 intègre les reports de l’exercice 2025 auxquels s’ajoutent les recettes et les dépenses complémentaires spécifiques à l’exercice en cours. Ces inscriptions augmentent le budget principal de la CTM de 6,71 %, le portant à 1 626 436 478,59 € en mouvements réels.
Le CESECEM émet un avis favorable, mais “exprime sa vive inquiétude quant à la perte soudaine de recettes transférées par l’Etat. Cette situation dénote une dépendante financière qui fragilise la prévisibilité des ressources territoriales. Sur les politiques sociales, la santé et la solidarité, le CESECEM salue l’effort budgétaire porté sur l’accompagnement du vieillissement et du handicap […] Le CESECEM émet un avis favorable avec observation sur le projet de délibération relatif au budget supplémentaire de l’exercice 2026 et à la révision des autorisations pluriannuelles de la collectivité territoriale de Martinique. Cet avis a été adopté à la majorité des membres présents.”
La CTM doit moins dépendre des dotations de l’Etat
Membre de l’opposition (Gran Sanblé), Manuella Clem-Bertholo s’interroge sur ce BS : “Nous sommes davantage dans un budget d’équilibre que dans un budget de projet, voire de programmation. Parce que le compte administratif révèle une situation financière contrainte. On l’a vu, sans le recours aux fonds européens, les marges financières dégagées par le fonctionnement ne suffiraient pas à couvrir les besoins de financement des investissements. Dans ce contexte, le budget supplémentaire n’a finalement qu’un objectif : absorber les conséquences de cette exécution budgétaire qui s’établit en déficit. Donc on cherche plus à équilibrer qu’à prévoir et qu’à programmer. Ce budget, en effet ne porte pas de nouvelles impulsions politiques, ne fait apparaître aucune stratégie nouvelle, ni d’orientation de plus fortes politiques publiques. Nous ne voyons pas non plus de réponse aux difficultés économiques de la Martinique, aux difficultés sociales du pays. Nous voyons essentiellement des régularisations et des ajustements.”

Conseiller territorial, mais aussi député, Marcellin Nadeau est aussi inquiet face à la gestion de la majorité : “Je vais vous poser une question, Monsieur le Président du Conseil Exécutif, sur ces écarts. Est-ce des erreurs de prévision, étant entendu que la prévision ce n’est pas seulement le fait de considérer qu’on reporte des montants d’un exercice sur l’autre ? Ça peut-être aussi la contextualisation dans une situation où l’État se désengage complètement, etc. Est-ce que vous tenez compte de ça, même si on sait cela : on condamne cette tendance d’un certain Etat, d’un certain gouvernement, contre des politiques antisociales et aussi à la fois contre l’autonomie financière des collectivités et contre les moyens de nos collectivités. Mais il faut peut-être en tenir compte quand même dans les prévisions budgétaires, sans vouloir donner de leçons et tout en soulignant quand même la clarté effectivement de ton propos.”
Marcellin Nadeau en profite également pour rappeler l’importance de l’octroi de mer compte tenu des baisses des dotations de l’Etat : “Les acteurs économiques qui défendent l’octroi de mer, mais en même temps qui ne veulent pas de pouvoir ni douanier, ni fiscal, ça me pose question.
Mais il y a quand même des gens qui défendent l’idée de suppression de l’octroi de mer par rapport justement à la question de la vie chère. Et ben voilà le constat : c’est que l’État, on l’a vu les communes sur la question de la compensation de la taxe d’habitation, mais c’est le cas aussi sur la compensation de la taxe professionnelle. C’est le cas sur un certain nombre de dotations. Donc quand les gens nous racontent que oui l’État, il faut supprimer l’autre code qui est un pouvoir fiscal que nous avons en espérant en escomptant que l’État compense. L’Etat ne compense pas toujours et ça il faut le noter.”
Le président du conseil exécutif Serge Letchimy se défend : “Il n’y a que des dotations. Et comme au niveau national on diminue tout et que, bien entendu, aucune réaction quand c’est du niveau national, on se tait. On aurait pu utiliser ici comme lieu de protestation, on ne dit rien dès qu’il s’agit d’un niveau national qui baissait, rien. Mais la CTM qui a baissé parce que si baisser bien moins de recettes, c’est un scandale. Les mêmes personnes qui assistent silencieux à cette espèce de défaillance d’État en prise de responsabilité sur l’égalité des doigts, mais on bouge, mais je suis obligé de dire ça, excusez-moi, c’est vraiment incompréhensible. Nous avons perdu 34 millions d’euros l’an dernier […] Je le répète, je le dis en synthèse, on a hérité de près de 230 millions d’euros de factures impayées pour la mandature précédente et que c’est 230 millions d’euros, on a dû les assumer et on continue à les payer jusqu’à ce jour.”
Cette dernière affirmation n’est étéyée por aucun document et reste verbale.
Marie-Hélène Leotin explique qu’elle votera contre ce budget supplémentaire : “Qui n’a pas inscrit en crédits de paiement les autorisations de programme qui avait été votées par cette assemblée ?”.
Elle est suivie par les membres du Gran Sanblé.
Au final, le résultat montre que sur 46 votants, on compte 32 POUR, 9 CONTRE et 5 abstentions.
Vote à l’unanimité sur le dispositif d’aides sociales pour les familles impactées par les sargasses
Afin d’apporter une réponse concrète aux foyers les plus durement touchés, la Collectivité Territoriale de Martinique contribuera au remplacement des équipements défectueux, tels que les réfrigérateurs, les machines à laver ou encore les téléviseurs.
L’aide financière pourra représenter jusqu’à 20 % du montant des pertes matérielles déclarées, dans la limite de 250 euros par foyer.
Elle sera accordée une seule fois et versée directement par la CTM au bénéficiaire, après production des justificatifs nécessaires, évaluation sociale du dossier et examen en commission.
Le dispositif s’adresse exclusivement aux foyers :
- résidant dans les zones exposées et impactées par les sargasses
- confrontés à des pertes matérielles liées à ces échouements – répondant aux critères de ressources définis selon la composition du foyer
Les demandes devront être déposées auprès du Centre communal d’action sociale – CCAS de la commune de résidence.
Une première enveloppe budgétaire de 40 000 euros est mobilisée pour le lancement du dispositif. Cette première phase pourrait permettre d’accompagner environ 160 bénéficiaires.
Bien qu’il y ait eu un vote à l’unanimité, Francis Carole (Gran Sanblé) regrette le manque de concertation pour contraindre l’Etat à respecter ses obligations en matière de gestion de la mer : “La solution, c’est, ce serait vraiment la collecte en mer des sargasses […] je ne peux pas ne pas dénoncer la vacabonagerie de l’Etat Français. Parce que lorsque ces scandales ont lieu en France pour les algues vertes, bien, on trouve les moyens. Quand il s’agit des nègres de Martinique, bien il n’y a pas de moyens, il n’y a pas de solution, etc. Et je pense que véritablement, il y a quelque chose à faire et quelles que soient les divergences qu’on pourra avoir, mais ça, c’est secondaire. Ce qui est prioritaire, c’est la santé des gens et que ces gens cessent de vivre dans l’anxiété comme s’ils étaient exclus de la société martiniquaise à cause de ces odeurs.”
Daniel Marie-Sainte complète : “Nous sommes obligés de constater qu’il y a une défaillance de l’État. Mais dans cette affaire-là, leur action est nettement insuffisante. Ils ne protègent pas notre territoire de dangers venant de la mer. Ah, c’est vrai, il déploie beaucoup de force pour capter la drogue qui passe parce que la drogue est destinée en réalité à monter en Europe. Donc on déploie beaucoup de moyens pour barrer la drogue, mais je pense qu’ils ont aussi pu mettre des moyens vous barrer les sargasses davantage pour que ça n’arrive pas à toucher notre territoire. Nous devons continuer à faire pression sur l’État pour qu’il assume les responsabilités qu’il n’entend pas assumer jusqu’à présent. Parfois contre nos volontés, mais il dit : la mer, c’est nous, au-delà des 300 mètres, c’est nous. Ça vient de milliers de kilomètres ; l’Etat voit les sargasses venir avec leur satellite, mais il laisse arriver sur notre territoire. Il faut faire bloc !”
Sur ce dossier, il y a eu 48 votes POUR.
J-PM et M.B





