Nouvelle charge de Charles Larcher du collectif Martinique économique contre le changement institutionnel :Le capital martiniquais crispé sur ses privilèges

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Charles Larcher, président de l’AMPI (association martiniquaise pour la promotion de l’Industrie) et membre du collectif patronal “Martinique économique” a déroulé de nouveau dans Antilla du 7/07/2026 un réquisitoire venimeux contre l’Accord-Cadre sur le changement institutionnel du 1er juillet 2026.


Antilla présente son interview de manière apparemment neutre : “Pour Charles Larcher, membre du collectif et président de l’AMPI, le problème n’est pas seulement institutionnel. Il est d’abord économique, démocratique et méthodologique”.
En réalité, depuis que la revendication de l’Autonomie est avancée en raison de l’échec économique de la départementalisation-régionalisation, les partisans de l’immobilisme lui opposent invariablement l’économie.
En réalité, sous l’incitation rusée de l’intervieweur, Charles Larcher déroule pas moins de 16 chefs d’accusation contre l’Accord-cadre pour le changement institutionnel. Examinons certains d’entre eux.

Exemple :
Question 1 : “Qu’est-ce qui vous a conduits à réagir aussi vivement après la signature de l’accord-cadre entre l’État et la CTM ?”.
La réponse résume toute la pseudo-argumentation de Larcher : “Le monde économique martiniquais n’a pas été consulté dans le cadre de l’élaboration de cet accord cadre ; comme la population martiniquaise, nous découvrons les choses, nous ne connaissons ni les contours et ni la portée de ce document. Nous sommes donc totalement opposés à l’absence de consultation préalable (souligné par nous) du monde des entreprises pour un accord qui engage l’économie de la Martinique. Nous craignons que ce soit une fuite en avant pour masquer les vrais problèmes du territoire qui concernent la population et les entreprises que nous représentons. Quand les services publics fonctionnent mal, la Martinique va mal, les Martiniquais vivent mal, les entreprises ferment”.

Un grand patronat aveugle et sourd


C’est à croire que le fameux “monde économique” vit sur la lune et n’a pas suivi les débats de la CTM ou du Cesecem sur le changement institutionnel. Il fait semblant d’ignorer que l’accord-cadre annonce qu’une large concertation sera organisée. Citons l’accord-cadre : “Article 2- Les parties s’engagent à conduire les travaux dans un esprit de confiance, de transparence et de codécision, à consulter la population et les forces vives et à garantir une information complète.”
“Consultation préalable”, dit Larcher. En réalité, les maîtres de l’économie néo-coloniale, comme toujours depuis 1635, voudraient que la représentation élue par le suffrage universel leur demande la permission avant toute initiative politique.

L’art de l’esquive


A la question : “Votre opposition porte donc autant sur la méthode que sur le principe même d’une réflexion institutionnelle ?”, il esquive et répond : “Selon nous, il est nécessaire, 10 ans plus tard, de faire le bilan de cette évolution institutionnelle majeure (ndlr : création de la CTM). Qu’est-ce qui a bien fonctionné ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Qu’est-ce qui a été réussi ? Où avons-nous échoué ? Quels résultats concrets pour les Martiniquais et pour les entreprises ? En l’absence de bilan, cet accord-cadre apparait comme une fuite en avant.”

Le collectif Martinique économique est-il ignorant ou de mauvaise foi ?


Ignorance ou mauvaise foi ? Ce bilan a été fait par le Congrès des élus et le Cesecem (Conseil Économique, Social, Environnemental, de la Culture et de l’Éducation de Martinique). Il avait été largement engagé à la fin de la mandature d’Alfred Marie-Jeanne, 1er président du Conseil exécutif de la CTM. Pour illustrer sa demande de bilan le porte-parole du grand patronat questionne abondamment : “Parce que la CTM exerce déjà des compétences majeures. Elle intervient dans le développement économique, l’innovation, le soutien aux entreprises, les transports, les déchets, la gestion de certains dispositifs structurants. La question est simple : ces compétences sont-elles aujourd’hui bien exercées ? Est-ce que le développement économique de la Martinique s’est amélioré ? Est-ce qu’il y a davantage d’entreprises crées ? Est-ce que l’emploi s’est développé ? Est-ce que les jeunes restent davantage sur le territoire ? Est-ce que la population augmente ? Est-ce que les transports fonctionnent mieux ? Est-ce que la gestion des déchets est satisfaisante ? Est-ce que les délais de paiement permettent aux entreprises de travailler normalement ? Est-ce que les fonds européens sont consommés efficacement ?”, etc. Il demande-vicieusement- si le pouvoir normatif autonome va régler ces défis sociaux et économiques. D’un coup de baguette magique ?

L’oubli volontaire du rôle prépondérant de l’Etat


En réalité, dans la plupart de ces domaines le rôle de l’Etat reste prépondérant selon l’Iedom : développement économique, soutien et création d’entreprises, emploi, etc. Le budget annuel de l’Etat (bien qu’en diminution régulière) est de près de 2,8 milliards d’euros(2023), alors que celui de la CTM reste aux alentours de 1,3/1,4 milliard d’euros. Soit deux fois celui de la CTM.
D’autant plus que le budget de la CTM est principalement structurellement et légalement dédié au fonctionnement et au social à 77 % (2024). En 2025 il a été en déficit de 38 M€. Observons que les dépenses sociales alimentent la demande et la marche de l’économie.
L’échec du mal-développement souligné et des défaillances des services publics est d’abord celui de l’Etat et des gouvernements centraux. Quant aux services publics, ils sont défaillants dans toute la France et les pays dits d’outre-mer.

Point ultra-sensible : Et la fiscalité ?


Alors vient la question qui, à notre sens, est centrale : “Votre principale inquiétude semble porter sur le lien possible entre autonomie normative et autonomie fiscale. Pourquoi ?”
La réponse fuse comme un réflexe conditionné : “Parce que nous craignons que l’on passe progressivement d’une discussion sur le pouvoir normatif à une logique d’autonomie fiscale, avec davantage de prélèvements locaux. Or les entreprises martiniquaises supportent déjà des charges importantes.”
C’est un procès avant l’heure, puisque “l’autonomie fiscale progressive” mentionnée par l’Accord-cadre sera négociée. Cependant il est concevable qu’une fiscalité juste soit progressive en fonction des capacités contributives des assujettis particuliers ou entreprises. Mais le refus, par principe, par un représentant du capital martiniquais de toute contribution au développement économique est inacceptable. Les capitalistes martiniquais ont déjà obtenu de nombreux avantages fiscaux et sociaux : abattements sur l’impôt sur les sociétés, défiscalisation, exonérations des cotisations patronales, etc. Quels effets sur le développement économique et l’emploi ?

Quelle est la vraie question face à la crise du pays ?
Sommé de savoir s’il n’est pas opposé à toute évolution institutionnelle, Super-madré, Charles Larcher répond par une question qui déplace la problématique : “La question n’est pas de savoir si l’on est pour ou contre une formule institutionnelle par principe. La question est : de quoi la Martinique a-t-elle réellement besoin pour se développer, créer des emplois, garder ses jeunes, améliorer les services publics et donner confiance aux entreprises ?”.
La réponse c’est le droit de son peuple de disposer de lui-même ainsi que la défense et la promotion de son identité culturelle. Ce qui implique un pouvoir politique martiniquais plus étendu.

Michel Branchi (19/07/2026)

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