L’Iedom indique que “L’indicateur du climat des affaires (ICA) reste stable au 1er trimestre 2026 à 102,4” (Note parue le 3/06/2026).
En préambule, l’Institut d’émission des DOM de Martinique observe toutefois : “Si l’inflation reste contenue à fin mars, à un niveau inférieur à celui de la France ensemble, les tensions récentes sur les prix de l’énergie pourraient modifier cette trajectoire. La consommation des ménages est en demi-teinte et son évolution dépendra vraisemblablement de l’ampleur du rebond de l’inflation dans les mois à venir. De même pour l’investissement, en repli, qui pourrait être fragilisé par une éventuelle hausse des coûts de financement. En fin de trimestre, les effets du conflit au Moyen-Orient commencent à se diffuser localement à travers une augmentation des prix des carburants, et par des chefs d’entreprise qui sont plus nombreux à augmenter leurs prix de vente, quel que soit le secteur d’activité”.
Un panorama plutôt morose.
Effectivement, il ne peut être fait abstraction que “dans un contexte de conflit au Moyen-Orient et d’augmentation sensible des cours du pétrole à partir de mars, une proportion croissante de chefs d’entreprise déclare une augmentation de leurs prix de vente sur le trimestre écoulé mais également sur le trimestre à venir”.
L’activité continue d’évoluer à un niveau réduit
En contradiction avec la stabilité de l’indice ICA, il est constaté que “en ce début d’année 2026, l’activité demeure en territoire négatif et s’est encore dégradée par rapport à la fin d’année 2025. Cette tendance est corroborée par l’évolution du volume d’heures rémunérées, un indicateur concret de l’activité des entreprises, qui diminue de 1,4 % en janvier et de 1,8 % en février 2026 par rapport aux mêmes mois de l’année précédente”.
Or nous avions rendu compte d’une note de conjoncture de l’Insee pour 2025 constatant une activité en recul (Justice n°15 du 9/04/2026) et une situation de crise dans le BTP (Justice n°21 du21/05/2026).
En glissement annuel, l’inflation s’élève à 1,1 % en mars 2026, contre 1,7 % pour la France
Toutefois le regain de tensions géopolitiques entre l’Iran et les États-Unis depuis fin février a entraîné une hausse des prix de l’énergie. En Martinique, cela s’est traduit par une augmentation des prix des carburants perceptible dès la fin du premier trimestre : le prix du sans plomb est passé de 1,67 € à 1,69 € en mars et 1,86 € en avril, tandis que le prix du gazole est passé de 1,60 € à 1,64 € en mars et 1,95 € en avril. L’Iedom remarque : “au 1er janvier 2026, le Smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance) horaire brut a été revalorisé de 1,2 % ; avec une nouvelle augmentation de 2,4 % prévue pour le 1er juin”.
Le marché du travail montrerait de légers signes d’amélioration
Le marché du travail enregistre une légère amélioration, relate l’Iedom, avec un recul sur le trimestre de 2,5 % (CVS : corrigé des variations saisonnières) du nombre de demandeurs d’emploi des catégories A, B et C (hors RSA et jeunes en parcours), ainsi qu’un recul de 6,0 % (CVS) par rapport au même trimestre de l’année précédente ( Note Iedom : “Les données relatives aux demandeurs d’emploi présentées ici ne tiennent pas compte des demandeurs d’emploi allocataires du RSA et des jeunes en parcours, ce qui permet d’offrir un éclairage pertinent sur les évolutions conjoncturelles suite à la mise en œuvre récente de la loi pour le plein emploi”).
D’autre part, l’Institut estime que “les résultats de l’enquête besoins en main d’œuvre (ndlr : BMO) réalisée par France Travail (ex Pôle emploi) annoncent plus de 12 700 intentions d’embauche en Martinique pour 2026, soit un niveau élevé, malgré un léger recul par rapport à 2025 (- 4,7 %). Le secteur des services concentre 65 % de ces projets d’embauche”. Ce n’était pas l’interprétation optimiste que nous avions faite de cette enquête BMO qui enregistrait un recul des intentions d’embauche depuis 2023, c’est-à-dire sur 3 ans (cf Justice n°20 du 14/05/2026).
Une consommation des ménages jugée “en demi-teinte”
Les importations de biens de consommation non durables enregistrent une hausse de 12,5 % (CVS) ce trimestre par rapport à la fin de l’année 2025, notamment des produits pharmaceutiques et de la viande. Concernant les biens de consommation durables, on note une légère augmentation des importations ce trimestre (+9,7 % CVS), malgré un recul de 7,1% (CVS) par rapport au premier trimestre 2025. Ces évolutions s’accompagnent d’un recul des ventes de véhicules aux particuliers (- 9,4 % CVS), ainsi que d’une diminution des recettes de TVA (-2,5 % CVS) sur le trimestre, en dépit d’une légère progression par rapport au même trimestre de 2025.
A noter qu’il est mentionné que “des fragilités persistent comme en témoigne la progression de 12,3 % du nombre de dossiers déposés auprès de la commission de surendettement par rapport au quatrième trimestre 2025”. Baisse du pouvoir d’achat ?
Inquiétant : L’investissement se replie
Selon l’Iedom, “l’investissement s’essouffle”. Les importations de biens d’investissements se replient de 10,5 % (CVS) ce trimestre (et de 0,4 % par rapport au premier trimestre 2025), principalement en lien avec la diminution des importations de voitures pour une valeur d’environ 50 millions d’euros. En parallèle, les encours de crédits à l’investissement des entreprises étaient légèrement en baisse sur trois mois au quatrième trimestre 2025 (-0,4 %).
La note Iedom remarque “en parallèle des difficultés persistantes pour certaines entreprises, illustrées par l’augmentation de 8,8 % sur un an des défaillances (518 entreprises en cumul sur 12 mois à fin mars 2026, contre 476 à fin mars 2025). En volume, le secteur du BTP est le plus touché, avec 36 défaillances supplémentaires sur un an, suivi par le secteur des transports (14 défaillances)”.
Les importations “stabilisées”
Hors produits pétroliers, les importations sont stables au 1er trimestre (CVS), tandis que les exportations enregistrent une légère progression (+2,2 % CVS). Les évolutions de la balance commerciale ce 1er trimestre 2026 sont largement influencées par les activités de la SARA (raffinerie). En effet les importations de produits pétroliers sont en baisse (-26,0 % CVS), tandis que les exportations progressent nettement (+16,2 % CVS).
L’Iedom demande : “Vers un rebond des prix de vente dans l’ensemble des secteurs d’activité ?”. Ce qui veut dire vers une relance de l’inflation ?

Secteur agricole : la production animale semble se redresser avec un volume d’abattage total qui progresse (+2,9 % CVS), porté par la filière porcine (+12,0 % CVS). Le porc martiniquais est néanmoins durement concurrencé par les importations de France, d’Ukraine, etc. Pour la filière végétale, les exportations de bananes sont orientées légèrement à la baisse (- 0,8 %).
Production agroalimentaire : les exportations (notamment de rhum) reculent sensiblement ce trimestre (-9,1 % CVS). En ce début de campagne cannière, la production de rhum est en revanche en hausse sensible par rapport au premier trimestre 2025, bien qu’elle reste inférieure aux premiers trimestres 2024 et 2023.
Secteur du BTP : la majorité des indicateurs restent mal orientés. Les importations de carrelage et d’éléments en métal pour la construction sont en baisse de respectivement 21,1 % et 9,9 % (CVS) par rapport au trimestre précédent. Les ventes de ciment reculent également de 9,7 % sur le trimestre.
Mise en place du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) par l’Union européenne, qui exerce une pression haussière sur les prix.
Haute saison touristique : globalement positive ce trimestre. Le nombre de nuitées dans le parc hôtelier, qui avait tendance à décroitre les trimestres précédents, repart à la hausse en ce début d’année (+3,7 % CVS), et ce, malgré un nombre de passagers à l’aéroport stable ce trimestre (+0,6 % CVS).
Le nombre de croisiéristes progresse de 3,1 % par rapport au premier trimestre 2025.
Les entreprises de l’industrie font état d’une activité légèrement plus dégradée ce trimestre : Des charges d’exploitation en hausse et des difficultés de trésorerie pénalisent le secteur.
Les entreprises du commerce affichent toujours des soldes d’opinion en territoire négatif, et ce depuis 2024.
C’est -à- dire depuis la crise de la “vie chère”.
Services : l’activité pour le trimestre à venir pourrait être favorable après plusieurs trimestres à la baisse.
Prix de vente prévus en hausse dans ces trois derniers secteurs, particulièrement dans le commerce.
L’impact de la crise économique et sociale due au choc pétrolier engendré par la guerre en Iran qui n’est toujours pas résolue est sans doute à venir.
Michel Branchi





