INTERVIEW – Laurent Varrin-Doyer, agriculteur : “Aujourd’hui, il faut accompagner nos jeunes.”

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Laurent Varrin-Doyer est un producteur de bananes martiniquais

Laurent Varrin-Doyer, jeune planteur de bananes en Martinique, partage les réalités et les défis de son exploitation. Malgré une année 2025 difficile, marquée par les maladies, le manque de main-d’œuvre et le besoin de soutien accru, il reste convaincu que l’agriculture antillaise a un bel avenir, à condition d’être mieux organisée et accompagnée.

Au salon, beaucoup d’agriculteurs sont présents. Certains viennent de l’Outre-mer pour y assister et surtout faire découvrir leur culture aux visiteurs. Chaque année, l’un des stands qui répond à l’appel est celui de “Banane de Guadeloupe & Martinique”. Comme son nom l’indique, des agriculteurs des Antilles viennent pour présenter leur production.

Parmi eux, Laurent Varrin-Doyer, planteur de bananes en Martinique. Il travaille sur la ville du Lorrain depuis 2019 et possède à ce jour quatre hectares de terre. Nous nous sommes rendus à sa rencontre afin de lui poser quelques questions sur la façon dont se porte sa bananeraie, mais surtout pour recueillir son avis sur l’évolution de l’agriculture en Martinique.

Justice : Comment se présente votre exploitation ?

Laurent Varrin-Doyer : J’ai démarré en 2019 avec deux hectares de terre. À l’heure actuelle, je gère quatre hectares. En ce moment, je travaille énormément pour pouvoir développer mon exploitation et surtout réaliser beaucoup plus de rendement.

Pour beaucoup d’agriculteurs, 2025 a été une très mauvaise année. Cela a-t-il été le cas pour vous ?

Effectivement, être agriculteur est très difficile ! Cependant, il s’agit selon moi d’un métier qui a un très bon avenir devant lui. Il y a bien sûr des bas, mais aussi des hauts. Il est parfois possible de rencontrer des problèmes de main-d’œuvre, mais aussi de devoir faire face à des maladies comme la “cercosporiose”, qui peuvent s’en prendre à nos cultures. Nous ressentons souvent le besoin d’être soutenus afin de maîtriser ce genre de problèmes. Aujourd’hui, un producteur de bananes doit bénéficier d’un meilleur soutien, surtout quand il est jeune. Dans le cas de la maladie que j’ai citée comme exemple, c’est la qualité de nos récoltes qui est en jeu. L’absence de main-d’œuvre rend la situation beaucoup plus alarmante.

Vous parlez des problèmes que rencontrent les agriculteurs ainsi que du besoin de trouver des solutions. Nous sommes en 2026. Quels sont selon vous les principaux défis à relever pour cette année ?

Il faut d’abord que nous continuions ce que l’on fait, ne pas lâcher. Il faut que nous, les producteurs, nous continuions à nous rassembler. C’est en mettant tout sur la table que nous trouverons des solutions pour garantir l’avenir de notre filière. Il est temps d’avoir une logique de survie concernant notre métier.

Et quelles solutions proposez-vous ?

Par exemple, en Martinique, je pense qu’il faudrait que nous soyons mieux accompagnés. Souvent, on nous donne des étiquettes, il faut en finir avec ça. Il y a beaucoup de jeunes dans le métier et, selon moi, c’est une occasion en or de pouvoir repenser la façon dont il faudra les soutenir. Aujourd’hui, il est temps de voir comment on accompagne ceux qui sont dans le métier depuis un moment, mais aussi ceux qui se lanceront plus tard !

Donc il y a encore des progrès à faire pour l’évolution de l’agriculture en Martinique ?

Je pense que le progrès à faire, c’est surtout au niveau de l’organisation. Il faut qu’on soit encadrés dans toutes les filières, mais aussi dans nos cultures. Notre filière, à nous, a de la chance, car elle est assez structurée et organisée. Comme je l’ai dit, il faut penser à l’avenir de notre métier, mais il ne s’agit pas que de ça, mais surtout de celui de la richesse de notre pays. Cela commence par faire en sorte que tout le monde soit sur le même pied d’égalité quand il s’engage dans ce type de profession.

Vous avez commencé à travailler dans l’agriculture en 2019. Comme vous l’avez dit plus tôt, beaucoup de jeunes souhaitent se lancer. Certains hésitent à franchir le pas. Quel conseil leur donneriez-vous ?

Pour commencer, il faut être sûr de ce que l’on veut faire. Se rapprocher d’autres jeunes qui sont déjà passés par là serait une bonne idée. Ils peuvent venir voir des collègues tels que moi, par exemple. L’heure est venue de développer un esprit de solidarité, de se réunir et de transmettre aux jeunes la volonté d’y arriver. Il ne faut pas que les jeunes aient peur, car, de toute façon, nous sommes là avec eux. Ils doivent comprendre que si nous y sommes arrivés, ce n’est pas un hasard. Oui, il y a des difficultés, mais toute chose a des difficultés, justement, et c’est normal. Nous aussi, nous ne devons pas hésiter à aller vers eux pour les aider ; cela va dans les deux sens. C’est comme ça que nous montrerons la beauté de l’agriculture.

En Martinique, la banane et la canne à sucre sont deux cultures qui sont assez dominantes. Pour certains, c’est une bonne chose, pour d’autres non. En tant que planteur de bananes, quel est votre avis sur cette situation ?

Nous avons une filière qui arrive à s’organiser et à se structurer. Par rapport à cela, nous, les producteurs de bananes, nous arrivons à faire en sorte de nous diversifier dans d’autres types de cultures. Je ne ferai pas de comparaison entre ces deux filières, mais je pense que ce qui est important, c’est d’avoir une structure encadrée.

Si vous aviez un message à faire passer à l’État et aux élus locaux, lequel serait-il ?

Aujourd’hui, il faut accompagner nos jeunes. S’il vous plaît, restez fidèles à nous, car nous sommes l’avenir. On a la possibilité de faire quelque chose. Les jeunes veulent se lancer, mais ils rencontrent beaucoup d’obstacles sur leur parcours. Il faut que l’on soit tous réunis pour assurer l’avenir d’un métier aussi important que celui-ci.

Propos recueillis par Thibaut Charles