Retour sur l’intervention de Michel Branchi lors de la réunion du Gran Sanblé

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Lors de la réunion du Gran Sanblé du dimanche 11 octobre à Bois Carré au Lamentin, notre camarade Michel Branchi était chargé de faire une intervention sur la question des finances de la CTM et celle de la vie chère.
Nous en présentons ci-après les principaux éléments de son exposé.

Données générales


D’après le dernier rapport de l’Institut d’émission des DOM-Martinique 2025, les crédits de l’Etat pour la Martinique prévus pour 2026 se montaient à 2,4 Milliards d’euros en recul de 12,4 %¨par rapport à 2025.
Le produit Intérieur brut (PIB) ou richesse globale de la Martinique était évalué en 2024 à 10,4 milliards d’euros en croissance de 1 %.
Le déficit commercial de la Martinique hors énergie vis-à vis de la France et de l’Europe est de 2,6 milliards en 2025. Les crédits d’Etat servent à alimenter les ventes de la France. La Martinique soutient l’activité économique de la France.
En 2025 (derniers comptes économiques connus) le PIB a affiché une évolution quasiment nulle.
Les dépenses des collectivités locales martiniquaises s’élevaient en 2024 à 2 445 millions d’euros dont :

  • Communes : 800 M€ ;
  • EPCI : 291 M€ ;
  • CTM : 1354 M€ dont Fonctionnement 1041 M€ et Investissement 313 M€ ;
    Le poids de l’Etat est équivalent à celui des collectivités locales.
    Le budget de la CTM représente 13 % du PIB alors que celui de l’Etat pèse 23 %. La CTM ce n’est pas l’autonomie.

Situation financière dite “critique”, mais vraiment catastrophique, de la CTM


Le Rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) de juin 2026 confirme la mauvaise gestion de l’équipe Alians de Serge Letchimy. C’est un coup de tonnerre.


1/ Comptes non sincères pour ne pas dire falsifiés se traduisant :

  • par un endettement important (un milliard d’euros) ;
  • des frais financiers en expansion (plus de 30 millions d’euros) pesant lourdement sur le budget au détriment d’autres dépenses utiles ;
  • un autofinancement brut et net négatifs exprimant une incapacité d’investir en propre et même de rembourser le capital de la dette ;
  • des délais de paiement exorbitants quatre fois la durée légale (131 jours) plaçant entreprises, associations et usagers en situation financière difficile, voire de liquidation ;
  • Une situation de faiblesse de trésorerie acculant la CTM à des emprunts de trésorerie coûteux ;
  • L’obligation d’emprunter pour faire face aux investissements et même rembourser la dette ;
  • Une capacité de désendettement, c’est-à-dire le temps mis à rembourser la dette, passée de 10 ans à plus de 20 ans ;
    La majorité Néo-PPM a tenté de rejeter la responsabilité de cette situation financière délabrée sur la mandature précédente.

2/ La CRC avait examiné la gestion 2015/2020 dans un rapport du 21/05/2021.
Les magistrats écrivent qu’effectivement la gestion 2016/2019 a :

  • augmenté la capacité d’autofinancement brute et nette de + 34,2 % et 27,3 % respectivement ;
  • diminué la capacité de désendettement de 12,5 ans en 2015 à 6,2 ans en 2019 ;
  • que la réintégration dans les comptes ctm des emprunts illégalement sortis par la gestion Letchimy des comptes de la région(103 M€) pour réduire “artificiellement son endettement” a lesté la CTM d’un fort endettement de 587 M€ en 2015 ;
  • que la CTM a subi la baisse continue des recettes d’investissement en provenance de l’Etat (- 21,2 % entre 2015 et 2019) ; – que la CTM avait fait progresser son fonds de roulement de 32,7 % entre 2016 et 2019, etc.
    La CRC reconnaissait globalement ainsi la “maitrise de gestion” de l’équipe à la tête de la CTM lors de cette première mandature.

3/ La CTM a été contrainte en juin 2026 par la Chambre régionale des comptes de faire un plan de redressement financier.
Un plan dit d’optimisation, en fait d’austérité, a été adopté par la majorité qui vise 200 millions d’euros à l’horizon 2030. Sur 2027/2028 il a été décidé 69 millions d’économies en urgence.
Des coupes sombres seront faites dans les dépenses ( collèges, lycées, sport, etc) ; des biens devront être vendus ; de nouvelles taxes créés ou des taxes majorées ; des baisses d’effectifs sont programmées par non remplacement d’agents partant à la retraite.
Par ailleurs les dotations de l’Etat sont rabotées année après année et les dépenses sociales ne sont pas compensées. Les dépenses de la CTM augmentent plus vite que les recettes depuis plusieurs années. Des impôts locaux ont été supprimés et remplacés par des fractions de TVA dépendant des décisions du gouvernement.
Il faut lutter contre la politique d’austérité du gouvernement actuel et exiger qu’il remplisse ses obligations vis-à-vis du territoire.

La question de la vie chère est récurrente dans l’histoire économique et sociale de la Martinique et des autres DROM


1/ Nécessairement les produits de notre consommation viennent de loin et accusent un coût élevé. De plus une oligarchie s’est accaparée des leviers de l’importation et peut rançonner les consommateurs que nous sommes.
Cela ne date pas d’hier, mais depuis que, au XVIIème siècle, les Isles sont des colonies de la couronne de France auxquelles était appliqué le pacte de l’Exclusif colonial.
Les Isles devaient fournir les denrées tropicales à la Métropole telles que le café, le sucre, l’indigo, le tabac, etc.
Elles devaient acheter leurs “subsistances” auprès des commerçants et industriels de Nantes, Saint-Nazaire, le Havre, Bordeaux, etc.
Et les commissionnaires de Saint-Pierre, puis de Fort-de-France, avaient le monopole de ces échanges. Et la colonie ne devait pas concurrencer l’activité économique de la métropole suivant l’adage : « Ni un clou, ni un fer à cheval ».
Ce schéma s’est perpétué pour l’essentiel même si les formes ont évolué.
Avec la départementalisation l’économie de la Martinique s’est intégrée encore plus profondément à l’économie française.

2/ Les écarts de prix moyens avec la France, selon Insee Analyses Martinique (Juillet 2023 – n°63) ont augmenté ces dernières années :

  • 2010 : + 10 % ;
  • 2015 : +12 % ;
  • 2022 :+ 14 % ;
    En 2022, l’écart de prix entre la Martinique et la France atteint + 14 %. Cet écart prend en compte les différences de mode de consommation des ménages selon les territoires et est en légère hausse par rapport à 2015.
    L’écart de prix est particulièrement élevé pour l’alimentation (+ 40 %), l’un des premiers postes de consommation des Martiniquais.
    Les prix de la santé, qui représentent 12 % des dépenses d’un ménage martiniquais, sont également plus élevés de 13 %.
    L’écart de prix pour les services de communication est particulièrement élevé avec la France métropolitaine (+ 37 %).

3/ Le Protocole de prix du 16/10/2026 a baissé quelques 6 000 produits grâce à la mise à zéro de l’octroi de mer et de la TVA. Mais rien n’a été fait sur le coût du transport maritime. L’inflation a repris. Du fait de la guerre en Iran et de la mise sous tutelle du Vénézuela les prix des carburants ont flambé.
Une loi vie chère est en discussion qui ne comporte pas de mesures de contrôle des prix et de suivi de la formation des prix outre-mer. Seule la concurrence est stimulée.

4/ Il faut :
• Bloquer les prix des produits de large consommation populaire.
• Taxer certains prix au besoin.
Cependant la « refondation » de notre modèle économique est nécessaire pour agir au fond sur la vie chère et sur les revenus. Et cela doit s’accompagner de pouvoirs nouveaux au plan martiniquais. C’est-à- dire d’une évolution institutionnelle et statutaire.
• Il faut engager une politique globale des prix et de la consommation adaptée à une stratégie de développement endogène véritable.
En conclusion, pour une alternative nouvelle :
VII- Mais la vraie alternative réside dans un changement de modèle économique : stimuler l’investissement productif, engager la diversification économique notamment agricole, diminuer notre dépendance énergétique et à l’égard de l’importation tous azimuths, élargir nos relations extérieures dans notre environnement géographique, créer l’emploi local, etc.
Pour y parvenir il nous faut transformer et refonder le mode de gouvernance et étendre et renforcer le pouvoir local.
• Dans l’immédiat, soutenir le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes et des retraités et la consommation en donnant la préférence à la production locale ;
• adopter enfin la loi sur la vie chère avec des mesures efficaces ;
• La croissance économique à l’arrêt ne peut reprendre qu’à partir de la demande des consommateurs et de l’investissement des petites entreprises.
• Amorcer à moyen terme la réorientation vers un nouveau modèle économique de type endogène ; hiérarchiser les dépenses tant de fonctionnement que d’investissement de la CTM par une gestion rigoureuse;
• Engager de nouvelles relations avec notre environnement caribéen ;

Cela implique de conquérir un rapport des forces pour imposer un changement radical de politique et d’orientation. La voie à suivre c’est le Rassemblement populaire. Et c’est notre salut.

Michel Branchi

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