Quelle Autonomie alimentaire ? Conférence de la CTM

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Jeudi 4 mai, la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) a tenu la première conférence sur la souveraineté Alimentaire de la Martinique, dans la salle Camille Darsières à l’Hôtel de la CTM à Cluny. Cette première conférence devait permettre aux acteurs économiques, politiques et aux professionnels de l’agriculture, d’élaborer un plan de souveraineté alimentaire et de définir des orientations stratégiques.

Le président de la Chambre d’agriculture José Maurice était présent, aux côtés du Préfet Etienne Desplanques, du directeur de la Direction de l’alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DAAF) Guillaume Chenut et de Nicaise Monrose, conseiller exécutif en charge de l’Agriculture à la CTM.

“Cette conférence permettra de présenter les premiers résultats de ces travaux et d’échanger avec les acteurs concernés sur les enjeux liés à l’évolution des modes de consommation, aux attentes des filières de transformation, à la transition agroécologique, aux effets du changement climatique ainsi qu’aux conditions nécessaires au développement durable de la production agricole martiniquaise”, explique la CTM dans son communiqué.
Ces données tentent de montrer les perspectives sur les dix prochaines années dans les filières de la pêche, de l’aquaculture, celles animales et végétales. Ces éléments prennent en compte les enjeux climatiques, les habitudes alimentaires, la démographie martiniquaise, le contexte socio-économique et aussi la capacité des agriculteurs à produire.

Un défi dans un secteur agricole qui décline

En effet, le nombre d’exploitations est en recul depuis 2010. Entre 2010 et 2020, le nombre d’exploitations entre 20 et 50 hectares est passé de 129 à 102, soit une baisse de 21%. Les exploitations de moins de 20 hectares étaient de 2494 en 2020 contre 3094 en 2010, soit un recul de 19%. A noter, une augmentation des exploitations entre 100 et 200 hectares, passées de 17 à 22 (+29%). L’âge moyen des employés du monde agricole est de 56 ans et peine à se moderniser. En 2010, 349 exploitants agricoles étaient âgés de moins de 40 ans. En 2010, ils ne sont que 179, soit une baisse de 49%. Ce déclin est plus marqué dans la catégorie des 40 à 49 ans, passée de 1032 à 496, soit une baisse de 52% !

Les projections sont ambitieuses, mais sont-elles réalistes ?

Selon la CTM, la production commercialisée en 2024 est de 18 438 tonnes, dont 13 302 tonnes pour les légumes (72%), 2 904 tonnes pour les tubercules (16%) et 2 232 tonnes pour les fruits (12%). La trajectoire de tonnage ciblée pour la souveraineté alimentaire, est de 27 657 tonnes, soit une augmentation de 50%.
L’ambition est aussi d’augmenter le nombre de tonnes de poissons pêchés, car la consommation en Martinique est de 8 037 tonnes, soit 22kg par personne et par an. À noter que 1830 tonnes de poissons sont pêchées.

Il y a donc fort à faire dans ce secteur. En Martinique, il y a 7 ports de pêche et 22 aménagements portuaires d’intérêt territorial (APIT), 510 navires de pêche et 550 marins-pêcheurs.
“Il faut qu’on travaille tous conjointement à augmenter la production locale, destinée au marché local”, annonce Nicaise Monrose. Il est vrai que les attentes soient considérables, surtout dans ce contexte de cherté de la vie. “Nous sommes passés en dessous des 20 000 tonnes, il y a 30 ans de ça, nous étions au-dessus de 50 000 tonnes. L’objectif est de remonter à 30 000 tonnes pour mieux satisfaire le marché interne. Oui c’est possible, il faut s’y mettre et mettre le curseur et l’argent là où il faut […] C’est surtout pour que tous nos exploitants agricoles,puissent vivre et que nos produits puissent se retrouver sur le marché, en satisfaction des consommateurs.”
Nicaise Monrose rappelle également que le secteur agricole dépend fortement de l’Union Européenne : “Les politiques dont on parle, sont européennes. Que ce soit le POSEI, le FEADER, l’aide à l’investissement, ce sont des fonds européens. Nous appliquons des règlements européens qui s’imposent à nous.

Des agriculteurs attendent plus de la part de la CTM

Malgré beaucoup d’annonces et de projections alléchantes sur le papier, certains agriculteurs émettent des réserves sur les projets de souveraineté alimentaire, menés par l’actuelle majorité de la CTM. Après la fronde des agriculteurs de Rivière-Salée, qui attendent de l’eau depuis 20 ans (voir Justice – n°22 du 28 mai 2026), Jerrick Vénitus le président des jeunes agriculteurs de la Martinique et membre de l’association A2PAEM (Association de protection et de promotion des animaux d’élevage de Martinique), ne se laisse pas séduire par ces annonces: “Ca fait plusieurs années qu’on en parle, mais on ne présente pas de financement pour véritablement réaliser ces projets là […] Il y a le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER), qui est insuffisant. Il est censé prendre en charge un véhicule à 80%, sauf que le reste à charge pour un véhicule de 53 000€ pour l’agriculteur, ce sont 23 000€. Vous voyez, ça ne fait pas 80% de prise en charge, parce que la CTM n’a pas revu son taux de prise en charge. Il y a de belles promesses, de belles affiches, mais dans la réalité ce n’est pas le cas.” Il poursuit : “Il faut que la CTM fasse son travail. Le prix du matériel varie tous les mois. Le calcul du taux de prise en charge doit se faire tous les 6 mois. Là, ça fait 10 ans que ça n’a pas été fait ! Le projet est bien, mais il faut aller jusqu’au bout”.
Jerrick Venitus dénonce le malus de population imposé par la France, qui ne correspond pas aux réalités locales : “Nous sommes dépendants en Martinique des 4×4 vu la topographie, le type de terres que nous avons. On nous a donné 10 000€ de malus. L’estimation de la CTM était de 36 000€, la réalité est à 46 000€ plus toutes ces guerres dans le monde et le covid, il est à 53 000€ ! Ils vendent du rêve, car le taux de prise en charge est plus proche de 50% que de 80%.”
Pour l’exécutif, il n’est pas question de faire des reproches à la CTM : “Ce n’est pas à la CTM qu’il faut faire la leçon. Nous avons adopté en 2022 un plan de diversification d’autonomie alimentaire par la diversité sur les exploitations agricoles. La CTM l’a mis en œuvre. Donc ce qui est dit là ne peut pas être retourné à la CTM. Nous défendons becs et ongles cette agriculture, qui est aujourd’hui ignorée. J’invite les exploitations agricoles, les organisations, nous leur avons déjà présenté ce plan à diverses reprises, de s’en saisir et de nous accompagner. Nous allons défendre cette politique que nous proposons, au niveau français et européen. Ça coince parfois et nous avons besoin de tous pour y arriver. Nous constatons parfois que des agriculteurs, soit par incompréhension, soit par manque de confiance, arrivent à critiquer ce que nous proposons et qui répond à leurs préoccupations”, rétorque Nicaise Monrose.
La CTM en fait dépend des prérogatives de l’Europe et de l’Etat français.
Effectivement, les projets n’ont pas été chiffrés. Bien qu’il soit nécessaire de tendre vers une autonomie alimentaire, il faut avant tout répondre aux difficultés que subissent nos agriculteurs.

Jean-Philipp MERT

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