Depuis le 17 mars, les usagers du centre de la Martinique ne peuvent pas utiliser les transports à cause de la grève des chauffeurs de la société Transaglo. Ces derniers demandent le respect du protocole signé en mai 2025.
Au 6 avril, le conflit social opposant les agents grévistes affiliés à la CGTM de la société Transaglo et leur direction, n’est toujours pas réglé. Le syndicat a organisé une conférence de presse pour expliquer les raisons de cette mobilisation.
Pourquoi la grève
Selon la CGTM, 32 agents sur 38 sont en grève, pour dénoncer le non-respect de l’accord signé le 13 mai 2025 : “Nous avons signé un accord l’année dernière. Nous avons eu des négociations, il y a des engagements qui ont été faits et nous constatons que cette année, ces négociations ne sont pas respectées”, regrette Jean-Claude Germany, conducteur à Transaglo.
Il poursuit : “Nous comprenons que la population souffre, nous sommes d’accord, mais si les engagements étaient respectés, on aurait déjà repris le travail. Il faut arrêter la discrimination, chaque personne se renvoie la balle. Le patron, l’autorité unique Martinique Transport… ce n’est jamais personne.”
Pour rappel, les salariés ont demandé dans un premier temps, une augmentation de 300 euros brut pour tous, un montant calculé en compensation du rattrapage sur les salaires prévus lors de l’accord de mai 2025 ; puis ils sont descendus à 180€ et après à 150€. Le patron de Transaglo a fait une proposition d’une augmentation de 3%, qui n’a pas convaincu les transporteurs. Il dit ne pas pouvoir plus sous peine de faillite.
“Cette augmentation que nous demandons, c’est une petite partie de ce que touche la majorité des autres entreprises sur le secteur CACEM. Le patron reste ferme sur sa proposition de 3%”, conclut Jean-Claude Germany.
La CGTM Transport s’appuie sur un courrier de Martinique Transport (MT) adressé au directeur général de Transaglo le 12/03/2026. Il est indiqué que MT invite Transaglo “à surseoir sur tous les points des Négociations Annuelles Obligatoires relatifs à de nouvelles dispositions salariales”. Blocage donc.
Lors de la signature du protocole de fin de conflit signé le 13 mai 2025, l’article 4 indique “l’instauration d’une prime de 13e mois en substitution de la prime semestrielle forfaitaire. MARTINIQUE TRANSPORT s’engage dans le cadre de la préparation de la prochaine convention de délégation de service public, devant entrer en vigueur au 1er septembre 2025, à intégrer dans le calcul des dépenses salariales ta prime de 13eme mois qui se substituera à la prime forfaitaire semestrielle.Ce principe s’inscrit dans un cadre d’objectif d’harmonisation des salaires qui devra être mis en place par la société dédiée qui regroupera l’ensemble des salariés travaillant sur le réseau centre. […] Corrélativement, la Société TRANSAGLO s’engage à instaurer une prime de 13e mois à compter du 1er septembre 2025, dans l’hypothèse où elle serait retenue pour l’attribution du nouveau marché public.”
Le monde politique et associatif réagit : Les chauffeurs se sentent pointés du doigt
Depuis le début de la grève, des parlementaires, le Président du Conseil Exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), Serge Letchimy, la CACEM et l’Association des Usagers des Transports de Martinique (AUTM) réagissent sur cette affaire. Les chauffeurs grévistes se sentent sur le banc des accusés : “Nous entendons toutes sortes de choses, des députés, des politiques et du patron qui font des interviews et racontent tout et n’importe quoi. L’AUTM défend les usagers, ils sont dans leur droit. Ce que nous demandons, c’est que les usagers viennent nous voir et nous posent des questions et nous allons les répondre car une grève, ce n’est pas une partie de plaisir, c’est perdre de l’argent, du temps de l’énergie”, déclare Jonathan Marc, un autre chauffeur de Transaglo.
“Un préavis de grève, c’est sur 5 jours. Le patron a du temps pour trouver des solutions avec les salariés pour que la grève n’éclate pas. On se retrouve avec des employeurs qui ne font pas le nécessaire, ils laissent la grève éclater et ils jouent sur les sentiments et préfèrent monter la population contre les salariés.
L’année dernière c’était pareil ! Quand la député Bellay dit que nous devons faire des concessions, nous en avons déjà faites”, rétorque Jonathan Marc.
Est-ce vraiment possible de répondre aux demandes des salariés ?
Dans un organe de presse, Martinique Transport à déclaré que ce conflit ne le concerne pas et qu’il s’agissait d’un conflit entre les salariés et le patron. Martinique Transport assure globalement le transport, mais certaines lignes sont exploitées par des entreprises privées délégataires comme Transaglo, qui exploite 8 des 59 lignes que compte le réseau de transport du centre.
Gabriel Jean-Marie, le secrétaire général de la CGTM, demande une augmentation des salaires, apparemment sans avoir de recul sur la situation financière de Transaglo : “Je ne connais pas le patrimoine, la trésorerie, ni les bénéfices de Transaglo, moi ce que je retiens, c’est que si tout le monde se bat pour avoir le marché des transports, c’est que ça doit rapporter. Ce n’est pas seulement les recettes des paiements des passagers, c’est quand même de l’argent public, ce sont des subventions, moi je ne connais pas le cahier des charges”. Assez surprenant.
Serge Letchimy, le président de la Collectivité Territoriale de Martinique, a déjà annoncé que “Si jamais on impose à la collectivité de décaisser davantage, on modifie le contrat. Et au-delà de 5 à 6 %, il peut y avoir un problème avec la justice. Je ne peux pas accepter ça”.
Derrière, il y a la question du financement.
Des interventions pour sortir de l’impasse
Jeudi 2 avril, l’AUTM a adressé un courrier au préfet de Martinique, Etienne Desplanques et à Martinique Transport pour exiger la levée des blocages, vu l’impasse dans les négociations. L’association prévoit de saisir le tribunal administratif pour dénoncer une carence de l’État.
Serge Letchimy a dénoncé le blocage en disant qu’il n’est “pas d’accord qu’on puisse bloquer toute la Martinique dans le cadre d’une NAO. Les NAO, c’est une affaire de l’entreprise. Ce n’est pas la CTM ou qui que ce soit d’autre.”
La député Béatrice Bellay a dénoncé également dans un communiqué du 31 Mars : “Si le droit de grève constitue une liberté fondamentale, son exercice dans les transports publics est strictement encadré par la loi pour éviter précisément la situation que nous connaissons aujourd’hui : celle d’un territoire pris en otage, sans solution de substitution, sans information fiable, et sans respect des usagers”. Elle appelle Martinique Transport, Transaglo, les organisations syndicales et l’Etat, à réagir.
Les quatre maires des communes (Saint-Joseph, Schoelcher, Lamentin, Fort-de-France), membres de la Communauté d’Agglomération du Centre de la Martinique (CACEM), interpellent sur les conséquences graves : “Cette désorganisation porte atteinte à la dignité des usagers et fragilise profondément la cohésion sociale et économique de notre territoire”.
Les maires de la CACEM rappellent que le transport public n’est pas un service accessoire, mais un droit fondamental garantissant l’égalité des chances et le bon fonctionnement de la vie économique.
En conséquence, ils exigent :
• Le rétablissement immédiat d’un service minimum effectif et fiable;
• La prise de responsabilités claire de l’ensemble des acteurs concernés ;
• L’ouverture sans délai de négociations sérieuses et encadrées, avec un calendrier précis et des engagements concrets.
Ce conflit montre que, malgré des avancées, l’organisation du transport dans le Centre présente des défaillances graves.
J-P M (05/04/2026)





