Vie chère : GBH donne son point de vue et lève un coin du voile sur ses marges. L’Etat doit aller plus loin

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La Martinique importe environ 80% de ce qu'elle consomme. Un facteur de vie chère

Dans Justice n°4 du 22/01/2026 de la semaine dernière sous le titre “Vie chère : Polémique sur l’effet protocole du 16 octobre 2024 ?” nous avons analysé un important article de France-Antilles du 13/01/2026 qui ,une fois de plus, comparait les prix de détail d’un certain nombre de produits alimentaires entre la Martinique et la France en faisant ressortir des écarts très supérieurs ici. France-Antilles concluait : “Des produits 70 ou 80 % plus chers que dans l’Hexagone, voire davantage”.

Coïncidence ?  Nous observions que “la Préfecture venait de rendre publique le 9/01/2026 une étude de la DGCCRF faisant état d’une baisse de 10,6 % des prix d’un échantillon de 6 000 références entre janvier et juillet 2025 (cf Justice n°3 du 15/01/2026)”. Peu d’explications sur les raisons de ces écarts. Et nous remarquions : “La comparaison des prix Martinique-France surfe sur le ressenti des consommateurs, mais n’apporte rien à l’analyse des facteurs de la vie chère(…)”.

Il se trouve que le quotidien dans son édition du mardi 20 janvier annonce à nouveau  à la Une : “Vie chère : GBH explique ses marges”. Sur deux pages le Directeur des hypermarchés GBH Martinique, M. Christophe Bermont, réagit au dossier publié précédemment par France-Antilles en répondant aux questions d’Ericka Morjon. Il paraît utile d’en prendre connaissance.

La seule marge du distributeur visée ? Non

Pour commencer il assène : “Cela fait des années que l’analyse sous l’angle exclusif de la marge du distributeur n’a jamais abouti. Car en réalité, la problématique, n’en déplaise à certains, n’est pas sur ce sujet. C’est un mensonge que l’on entretient depuis des années. En faisant le focus sur la seule marge du distributeur, on passe à côté des réalités structurelles”.

Il estime que  “Le protocole, déjà, a un raisonnement beaucoup plus réaliste que le BQP ou les BCBa car il porte sur les familles de produits donc la nomenclature douanière”.

L’éloignement et les contraintes d’exportation

Il explique : “L’éloignement, avec des contraintes d’exportation, d’acheminement de produits. Il faut assembler la marchandise, la mettre dans un conteneur, le mettre sur le bateau, il y a aussi des traitements administratifs, des opérations de dédouanement. Une fois arrivés ici, les produits ont encore un cheminement administratif, ils doivent être débarqués, stockés, il y a l’octroi de mer… Tout cela a un coût et entre dans le prix de revient des produits. C’est le problème de fond dans nos destinations”. En réalité, l’écart de prix englobe le tout éloignement et marges ainsi que deux rapports de l’Autorité de la concurrence l’ont montré.

Pour se défendre Bermont indique : “Nous n’importons que 30% de la marchandise que nous vendons dans nos magasins, essentiellement des produits de la marque Carrefour. 40% sont achetés auprès de grossistes et 30% sont achetés directement auprès de producteurs et industriels locaux”.

Interrogé sur ses marges et ses bénéfices il répond : “En moyenne, notre marge brute est de 24,2%. Et après, il faudra déduire tous les frais. En clair, sur 100 euros, nous reversons 76 euros à nos fournisseurs pour payer la marchandise. Sur les 24 euros restants, nous déduisons, grosso modo 10% de masse salariale et 12% qui vont comprendre les frais généraux et les impôts. Il nous reste donc 2% (…).En comparaison, sur la France hexagonale, Leclerc qui est le leader, fait 2,9% sur ses 48 milliards de chiffre d’affaires”.

7 % de marge arrière contre 13,8 % en France

Sur la question controversée des marges arrière, Bermont mentionne que sur les 24 % de marge brute sont inclus 7 % de marge arrière. Et d’affirmer que “En France hexagonale, les marges arrière sont plus élevées, de l’ordre de 13,8%. Si on supprime les marges arrière, les distributeurs disparaissent. À 2%, si vous baissez significativement les marges arrière, qui font partie du modèle économique, c’est le distributeur qui met la clé sous la porte, comme d’autres l’ont fait d’ailleurs à la Martinique, le groupe Lancry, Reynoird, Cora, Ho Hio Hen, Roseau”.

Dans le protocole de 2024 il était question de rétablir les tarifs export outre-mer plus bas que les tarifs en France. Bermont dit que rien n’a été fait. A voir.

Quant à la fameuse “continuité territoriale” devant compenser l’éloignement, le Directeur des hypermarchés GBH Martinique dénonce : “L’Espagne l’a fait avec les Canaries. La Corse a mis en place la continuité territoriale comme solution, dès 1976, pour ses passagers et ses marchandises. Nous, on demandait 15 petits millions pour l’expérimentation en Martinique, ce qui aurait représenté à peu près 100 millions à l’échelle de l’Outre-mer sur le cas des 54 familles de produits. La Corse en a 237”. Les 15 millions d’euros ont été mis en stand bye par le gouvernement, en raison de l’austérité, sans doute.

Quelques marges révélées

Enfin Christophe Bermont consent à communiquer quelques marges sur des produits relevés par l’article de France-Antilles du 13/01/2026 : “Si on prend le beurre Montfleuri, vous l’avez relevé à 1,95 euro dans l’Hexagone, et il est revendu chez nous à 2,95, soit 51% plus cher. Ce n’est pas un produit que nous importons. Nous l’achetons à un grossiste en Martinique, à 2,877 euros. Ma marge est d’environ 2%. Les compotes de pomme de marque Carrefour sont vendues dans l’Hexagone à 99 centimes et revendues ici à 2,09, soit 111% plus chères. Le prix de revient de ce produit est de 1,361 euro. Notre marge est de 34%. Ce n’est pas indécent. Les produits Carrefour, en général, ce sont des produits qui sont un peu plus margés, parce qu’en fait vous n’avez pas de remise arrière. Le sachet de 500g de cacahuètes de marque Carrefour coûtent 1,75 euro là-bas, et 3,09 euros ici, soit 76% plus cher. Mon prix de revient est à 2,027 euros, et ma marge de 31%. Sur la boîte de céréales Crunchy, mon prix de revient est de 3,272 €. Je marge à 41%. Le riz Uncle Ben’s est vendu 3,35 euros sur le magasin de Toulouse, et 6,40 euros chez nous, soit 91% d’écart. Je l’achète à mon fournisseur en Martinique à 5,41 euros, je marge à 15% sur ce produit. L’octroi de mer sur le riz est à 22,5%”.

Des prix de revient supérieurs aux prix France et des marges à 2%,34 %,31 %,41%,15 %.

GBH a fait un petit pas vers la transparence. C’est cela qu’il faudrait que des organismes  indépendants comme la DGCCRF et l’Autorité de la concurrence puissent enfin vérifier. La loi sur la vie chère promise par la ministre Naima Moutchou doit impérativement instaurer l’étude systématique de la formation des prix outre-mer.

Michel Branchi