Antilla : Pourquoi la Martinique ne se lance pas dans l’exploitation de gaz naturel comme la Barbade ?

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La Dominique, la Grenade, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et Montserrat, disposent de ressources géothermiques importantes grâce à leur origine volcanique.

Antilla numérique a publié le 19 février dernier un article intéressant sur la comparaison entre la Barbade et la Martinique concernant l’exploitation de gisements de gaz naturel. Analyse et extraits.

La problématique

L’article signé Mika GM pose la question : “La Barbade fait figure d’exception dans la Caraïbe en exploitant un gisement de gaz naturel à échelle modeste, principalement destiné à sa consommation domestique, tandis que la Martinique dispose d’un potentiel gazier offshore considérable mais non exploité. Cette situation pose une question centrale de politique publique : pourquoi un petit producteur comme la Barbade parvient-il à intégrer le gaz dans sa stratégie énergétique, alors qu’un territoire comme la Martinique laisse en friche un gisement bien plus important, et quels enseignements tirer en termes d’impact macroéconomique et de choix de modèle de développement ?”.

Barbade un gisement limité

S’agissant de la Barbade l’auteur décrit les capacités du gisement : “La Barbade exploite du gaz naturel depuis plusieurs décennies, principalement pour l’alimentation en énergie du pays, ce qui lui confère un profil atypique dans les petites économies insulaires. Les données disponibles indiquent une production annuelle d’environ 20 millions de m³ de gaz naturel, pour des réserves estimées à 113,3 millions de m³, ce qui correspond à quelques années de consommation au rythme actuel. Un autre indicateur estime que les réserves prouvées de la Barbade équivalent à environ 5,5 fois sa consommation annuelle, soit environ six années de gaz au niveau d’usage actuel, ce qui confirme le caractère limité mais tangible du gisement”.

Sur le plan financier il est précisé : “Un rapport fait état d’un bénéfice de 46,3 millions de dollars barbadiens pour la compagnie pétrolière nationale sur un exercice récent, pour un chiffre d’affaires de plus de 330 millions de dollars barbadiens sur les carburants (essence et diesel), ce qui illustre le poids de la filière énergétique dans la trésorerie publique et para publique.

Toutefois, au niveau macroéconomique, les revenus nets issus spécifiquement du gaz naturel ne représentent qu’environ 0,01 % du PIB en 2020 comme en 2021, soit un ordre de grandeur quasi négligeable dans les comptes nationaux (…). En d’autres termes, les ressources fossiles fournissent à la Barbade une rente faible mais stable, venant compléter un modèle économique dominé par les services (tourisme, services financiers, etc.). L’exploitation du gaz n’a donc pas provoqué un “choc de croissance” ; elle a plutôt joué un rôle d’appoint dans la structure des recettes publiques et dans la réduction partielle des importations d’énergie”.

Quelles perspectives à la Barbade ?

“Consciente du caractère limité de ses réserves onshore, la Barbade a engagé une stratégie d’exploration offshore pour tenter de changer d’échelle. Des licences d’exploration ont ainsi été accordées à de grands groupes internationaux, notamment à BHP pour des blocs en mer, avec l’espoir de découvrir des volumes significatifs permettant de générer des recettes fiscales, des redevances et des emplois”.

Et la Martinique ? Un potentiel supérieur de 30 milliards de m3 de gaz naturel 

Mika GM explique : “Le contraste le plus saisissant tient à la comparaison des ordres de grandeur entre les réserves barbadiennes effectivement exploitées et le gisement martiniquais identifié mais laissé en jachère. En 2004, le ministère français de l’Économie, des Finances et de l’Industrie a accordé à la société américaine RSM Production Corporation (filiale de Grynberg Petroleum) un permis exclusif de recherches d’hydrocarbures, dit “permis de Caravelle”, au large de la presqu’île de la Caravelle. Les campagnes d’exploration n’ont mis au jour que des traces de pétrole, mais ont en revanche identifié un gisement estimé à 30 milliards de m³ de gaz naturel dans la zone économique exclusive de la Martinique. Certains travaux de vulgarisation comparent ce chiffre aux réserves barbadiennes, évaluées à environ 140 millions de m³, soit un rapport de l’ordre de 1 à 200 entre le gisement martiniquais et les ressources de la Barbade”.

La question vient logiquement : “Pourquoi un tel gisement est-il resté non exploité, alors même qu’un pays plus petit comme la Barbade capitalise sur des ressources beaucoup plus limitées ?”.

Trois explications sont avancées pour comprendre cette “inertie politique” depuis 2004 :

1/ “D’abord, le contexte de marché au moment de la découverte n’était pas favorable : le gaz naturel était abondant et bon marché sur les marchés internationaux (…)”.

2/ “Ensuite, la montée en puissance des enjeux climatiques et de la transition énergétique a transformé la perception des projets fossiles. Dans un contexte de neutralité carbone à horizon 2050 au niveau européen et français, le lancement d’un grand projet gazier offshore au large de la Martinique poserait des questions de cohérence avec les engagements climatiques et la stratégie de décarbonation (…)”.

3/ “Enfin, la Martinique ne dispose pas, à ce stade, d’une compagnie nationale d’hydrocarbures comparable à celle de la Barbade, ce qui complique l’appropriation locale de la filière et renforce la dépendance vis à vis d’acteurs extérieurs pour porter l’investissement et la technologie. La question de la répartition de la rente (entre État, CTM, investisseurs, population) et des risques associés n’a pas été tranchée, ce qui contribue à l’inertie politique (…)”.

En conclusion, l’article considère que “à la Martinique, la question devient moins “faut-il exploiter à tout prix ?” que “dans quel cadre et avec quels objectifs ?”.

Et de proposer : “Du point de vue strictement économique, un gisement de 30 milliards de m³ pourrait représenter un levier de substitution d’importations d’énergie, une source de recettes fiscales et une opportunité industrielle, à condition d’être inséré dans une stratégie de transition (financement des renouvelables, modernisation des infrastructures, soutien à la souveraineté énergétique locale)”.

La vraie question est politique.

L’analyse de Mika GM se termine par une perspective clairement politique :

“En somme, l’exemple barbadien invite la Martinique à penser son potentiel gazier non comme une promesse miraculeuse de PIB supplémentaire, mais comme un instrument politique parmi d’autres, à mobiliser ou non en fonction d’une vision d’ensemble du développement, de la transition énergétique”.

Pour faire ces choix le Pays Martinique doit disposer d’un vrai pouvoir politique. Beaucoup de temps perdu depuis 2004 : 22 ans !

Michel Branchi

PS : Rappelons que le sénateur guyanais Georges Patient a proposé une loi mettant fin à l’interdiction d’exploiter les hydrocarbures outre-mer (Justice n° 4 du 22/01/2026).