Vie chère : Polémique sur l’effet protocole du 16 octobre 2024 ?

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Le groupe CMA-CGM lors des discussions du protocole contre la vie chère de 2024

Coïncidence ou volonté de contrer ?

France-Antilles a publié un important dossier sur la question de la vie chère le mardi 13 janvier dernier avec comme titre en Une “Vie chère : “Aujourd’hui c’est pire qu’avant”.

Or la Préfecture venait de  rendre publique le 9/01/2026  une étude de la DGCCRF faisant état d’une baisse de 10,6 % des prix d’un échantillon de 6 000 références entre janvier et juillet 2025 (cf Justice n°3 du 15/01/2026).

Il s’agissait de vérifier l’application du Protocole contre la vie chère du 16 octobre 2024.

Sur 4 pages le dossier France-Antilles signé de Ericka Morjon et Brigitte Laxalt s’emploie de démontrer, à partir de comparaisons de prix alimentaires en Martinique et en France, que les écarts de prix en Martinique sont supérieurs à + 40 % comme avancé par l’Insee.

Quelques exemples cités :

Compote : 2,09 € en Martinique et 99 centimes en France, soit + 111 % plus cher ;

Pâtes 2,50 € en Martinique et 1,35 € en France, soit + 85 % plus cher ;

Riz basmati 3,75 € en Martinique et 2,59 € en France, soit + 44,8 % plus cher ;

Goûter pour enfants 2,25 € en Martinique, 1,19 € en France, soit + 89 % plus cher ;

Etc, etc…

L’article résume : “Des produits 70 ou 80 % plus chers que dans l’Hexagone, voire davantage”.

Les comparaisons sont réalisées entre Carrefour en Martinique et des Carrefour à Toulouse d’une part et entre Leclerc en Martinique et Leclerc à Toulouse d’autre part.

Malgré tout le journal pose la question de bon sens : “Pourquoi tant d’écart ?”.

L’article d’Ericka Morjon reproduit les explications des distributeurs sur ces écarts, à savoir les frais d’approche occasionnés par l’éloignement par rapport aux sources d’approvisionnement, entre autres. D’autres causes sont citées également : l’étroitesse du marché, la casse, la fiscalité. Un exemple du poids du transport maritime et de l’octroi de mer dans les prix donné par Robert Parfait (francisé E. Leclerc) est repris : une bouteille d’eau coûtant au départ 17 ou 20 centimes “en métropole” revient à l’arrivée en Martinique à 57 centimes.

Solution “pérenne” réclamée par la grande distribution martiniquaise : la “continuité territoriale économique” et la “compensation” des frais d’approche par l’Etat.

Allez demander cela à Sébastien Lecornu qui veut ramener le déficit du budget de l’Etat à 5% du PIB.

L’article pose une question judicieuse : “Reste à savoir si ces fameux frais d’approche sont l’unique cause des écarts de prix entre la Martinique et l’Hexagone”.

Question éternelle à laquelle aucune réponse n’est donnée ni par les distributeurs locaux ni par l’actuel gouvernement et ses prédécesseurs depuis Chirac-Balladur qui ont instauré la liberté des prix et supprimé tout pouvoir de faire des études sur la formation des prix par la Direction générale de la Concurrence et des prix.

S’il est vrai que les frais d’approche pèsent sur les écarts de prix Martinique-France, il y a lieu de déterminer le rôle joué par tous les intermédiaires intervenant dans la constitution des prix au consommateur. Dans les débats locaux sur la vie chère cette exigence de décomposition des prix a été évoquée fugacement.

Mais cela ne figure pas explicitement dans le projet de loi vie chère en cours de discussion ni dans les propositions des parlementaires qui l’ont inspirée en grande partie : Béatrice Bellay, Victorin Lurel, et une sénatrice guadeloupéenne etc.

La comparaison des prix Martinique-France surfe sur le  ressenti des consommateurs, mais n’apporte rien à l’analyse des facteurs de la vie chère tant que l’essentiel de la consommation courante est alimenté par l’importation de France et d’Europe.

Autrement dit, un élément important de la solution à la vie chère dépend du changement de modèle économique martiniquais, comme nous ne cessons de le répéter. C’est-à-dire le développement de la production locale et la capacité de commercer avec notre environnement géographique.

M.B