Le quotidien France-Antilles a publié le jeudi 26 février dernier un très instructif article sur la géothermie annoncé à la Une : “Un défi à relever pour favoriser le développement durable. La chaleur de la terre, une énergie d’avenir. La Martinique possède un potentiel géothermique intéressant. Plusieurs sites ont été identifiés comme prometteurs. Des forages exploratoires ont déjà été réalisés et de nouvelles recherches doivent être menées”.
Un dossier sur 3 pages est présenté. Nous le résumons ci-après.
Le coeur de ce dossier est une interview de M Benoît Vittecoq, directeur du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), menée par Antoine Irien.
Il définit d’abord la géothermie : “La géothermie consiste à exploiter la chaleur du sous-sol. En Martinique, cette chaleur vient de la montagne Pelée et de sa chambre magmatique profonde, qui reste active depuis des centaines de milliers d’années. Pour produire de l’énergie, il faut trois éléments : un réservoir fissuré où l’eau circule, de l’eau pour transporter la chaleur, et un “couvercle” d’argile qui emprisonne la pression et la température. Sans ce couvercle, la chaleur s’échapperait et le système ne serait pas exploitable”.
Quelle utilisation ?
Benoît Vittecoq répond : “Ici, l’objectif principal est de produire de l’électricité. Actuellement, l’île dépend presque entièrement du fuel importé, coûteux et vulnérable. La géothermie offrirait une production stable 24 heures sur 24, propre et renouvelable. Mais nous avons aussi un projet très intéressant pour un réseau de froid. En effet, à partir de la chaleur des réservoirs à 90-100 °C, nous pourrions produire de la climatisation pour des bâtiments ou des zones industrielles”.
Où cela serait-il possible ?
Le directeur du BRGM explique : “Trois zones sont identifiées. Deux d’entre elles font l’objet de permis exclusif de recherche (PER). C’est le cas de Petit-Anse, aux Anses- d’Arlet, qui possède un réservoir à 1 km de profondeur, avec une température entre 190 et 210°C, avec un couvercle argileux solide. C’est idéal pour produire de l’électricité. Au Lamentin, un autre site, situé entre l’aéroport et le Morne Cabri, pourrait alimenter le futur réseau de froid grâce à 90-100°C. Des forages exploratoires réalisés dans les années 2000 ont déjà permis de connaître la chimie, le débit et la profondeur des réservoirs, ce qui nous donne une base solide avant de forer à nouveau pour confirmer la faisabilité industrielle. Le site de la montagne Pelée est également intéressant. Une demande d’octroi d’un permis a récemment été effectuée. La source de chaleur est bien identifiée, avec une température comprise entre 180 et 200°C. Le réservoir hydrothermal a été identifié. Il se situe entre 1 et 3 km de profondeur. Il faut maintenant savoir ce que cela pourrait donner”.
Il prévient : “Tant qu’on n’a pas foré, on ne peut pas être sûr de la fracturation du réservoir, de sa pression ou de sa température exacte(…). Un projet complet peut prendre environ 10 ans, de la prospection à la mise en service”.
Quels bénéfices pour la Martinique ?
Pour M. Vittecoq, la géothermie serait bénéfique pour la Martinique : “Une énergie stable et renouvelable, qui réduirait la dépendance au fuel et permettrait de faire baisser les coûts pour les habitants et les entreprises. Le réseau de froid pourrait réduire considérablement la consommation électrique liée à la climatisation. Mais il y a aussi des bénéfices économiques et sociaux : la création d’emplois, l’attractivité pour les investisseurs et le renforcement du mix énergétique. La géothermie pourrait devenir une base, complétée par le solaire et l’hydroélectricité. C’est une vraie opportunité pour l’indépendance énergétique et le développement durable du territoire martiniquais”.
La géothermie est déjà exploitée en Guadeloupe à Bouillante ; le projet est en phase terminale en Dominique. Saint-Kitts, Montserrat ou Saint-Vincent qui possèdent des volcans actifs ou récents, où la chaleur est disponible en profondeur, explorent cette ressource.
Un autre article de la même édition du journal indique sous la signature de Christophe Verger : “L’île de la Dominique est sur le point d’allumer le feu de la transition énergétique des Caraïbes. Avec une future centrale géothermique de 10 MW, elle va couvrir la moitié de ses besoins en électricité grâce à la chaleur de ses volcans. Au cœur des Petites Antilles, la Dominique, île montagneuse au riche patrimoine géologique, s’apprête à transformer la menace de ses volcans en aubaine énergétique. Une centrale géothermique de 10 mégawatts, développée par la société israélienne Ormat Technologies, est en cours de construction. Composée de deux unités, sa première tranche entrera en service dès le mois de mars. Avec un investissement total de 30 millions d’euros, cette installation répondra aux besoins de 23 000 foyers, soit environ 50% de la population de l’île, qui compte 70 000 habitants. Ce projet hisse la Dominique au rang de deuxième île des Caraïbes, après la Guadeloupe, à exploiter son sous-sol brûlant pour produire une électricité propre et stable (…). Mais le potentiel géothermique de l’île excède très largement ses besoins. À long terme, la Dominique se positionne ainsi en future exportatrice, soit d’électricité verte via un câble sous-marin vers les îles voisines, soit d’hydrogène vert produit grâce à son abondante énergie propre”.
Selon France-Antilles, en Martinique, les énergies renouvelables représentent environ 25% de l’électricité produite. Elles incluent la biomasse solide, le photovoltaïque, l’éolien et la valorisation des déchets. Les 75% restants proviennent de centrales aux carburants fossiles (pétrole importé), émettrices de gaz à effet de serre. La géothermie pourrait donc permettre une énergie stable et 100% locale, tandis que les énergies marines (houle, éolien offshore) constituent aussi des pistes.
La question reste le financement des recherches complémentaires. La Dominique, pour sa part, a bénéficié d’un financement de la Banque mondiale, de la Banque européenne d’investissement, de l’Union européenne, et l’Agence française de développement. Alors la Martinique ?
M.B

