Le député Marcellin Nadeau réagit à l’analyse croisée de Mireille Pierre-Louis, agro-économiste, spécialiste des finances publiques et des Outre-mer (cf Justice n°50 du 11/12/2025), et de sa critique par Jean-Marie Nol, économiste et juriste, (Justice n°52 du 25/12/2025) dans une tribune intitulée “De l’air, de l’air !” (Antilla du 30/12/2025).
Il estime que “les approches de Mireille PIERRE-LOUIS et Jean-Marie NOL dans Antilla offrent une base intéressante pour réfléchir aux enjeux politiques présents des Antilles”.
Les approches de Mireille Pierre-Louis et Jean-Marie Nol “méritent considération”
Après avoir présenté l’analyse de Mireille Pierre-Louis sur “les enjeux socio-économiques des Antilles”, il juge : “nous partageons donc certaines des approches de Mireille PIERRE-LOUIS qui méritent considération. Et nous sommes de plus en plus inquiet devant la cécité ou la légèreté avec laquelle les gouvernants français abordent les défis des dits Outre-mer”.
Ensuite il aborde avec “intérêt l’analyse critique et roborative que fait Jean-Philippe NOL” de la contribution de Mireille Pierre-Louis. Il reprend de ce dernier l’exemple des “aides fiscales à l’investissement privé” qu’il juge “contre-productives”.
Il souligne que, selon M. NOL, la réflexion sur “les causes profondes de la dépendance” est évacuée, à savoir : “étroitesse des marchés, coûts de production élevés, normes importées de l’Hexagone, fiscalité complexe, barrières à l’entrée, monopoles de fait et capitalisme de rente découlant du passé colonial”.
Les transferts de revenus, des transferts fiscaux, sociaux, au bénéfice des ménages et des entreprises n’ont pas engendré une “croissance endogène”.
Et de conclure à l’instar de Jean-Marie Nol : “C’est une croissance qui reste toujours tirée par la consommation et cette consommation continue d’être alimentée par beaucoup de ces transferts”.
Pour une approche plus holistique, culturelle et identitaire
Il faut sortir de l’héritage du “pacte colonial”, avance alors Marcellin Nadeau.
Etant en accord avec les approches de Mireille Pierre-Louis et Jean-Marie Nol qu’il estime identiques, il émet sa vision : “C’est pourquoi les Antilles ne peuvent être appréhendées uniquement à travers le prisme de la croissance économique. Et c’est pourquoi leurs thèses devraient intégrer avec profit une approche plus holistique, prenant en compte les dimensions culturelles et identitaires qui façonnent la vie des habitant-e-s. Patrick VIVERET nous offre, dans ses réflexions, l’idée de la nécessité d’une économie au service de l’homme. Il propose de dépasser le simple calcul économique pour considérer les impacts sociaux et environnementaux des décisions économiques. Une “géo-écologie humaniste” qui nous incite à explorer comment les dynamiques économiques affectent la cohésion sociale et la culture antillaises De son point de vue il pense que “Mireille PIERRE-LOUIS et Jean-Marie NOL pourraient avec profit selon nous intégrer des principes de durabilité dans leurs analyses, en s’inspirant des idées de Patrick VIVERET sur l’éthique de l’économie, en intégrant la dimension de la solidarité entre les Peuples des Antilles et leurs diasporas”. Fin de citation.
D’abord, il annonce à propos du désengagement de l’Etat : “Et nous sommes favorables à une libération des énergies par l’outil que constituerait une loi antitrust de nature à faire sauter le verrou de la concentration du marché (nous la déposerons dans les premiers jours de l’année 2026)”.
Pour “une démarche d’ensemble”
Ensuite s’agissant du chômage il remarque que “Il y a des rigidités sur les marchés des biens, sur le marché du travail. Le marché du travail est assez emblématique”. Et il note que “et en même temps, une vraie difficulté pour beaucoup d’entreprises dans beaucoup de secteurs à recruter. Il y a donc une action à mener à ce niveau”.
A propos de la dépendance vis-à-vis des importations il observe que “nous devons avoir comme priorité la souveraineté agro-alimentaire. Recréer une filière industrielle. Et l’outil qu’est l’octroi de mer doit nous y aider”.
Pour diminuer le coût des biens importés, il note que “il y a un enjeu très fort sur tout ce qui concerne les opérations maritimes en mer et sur le port”.
En ce qui concerne la transition énergétique il exhorte : “A nous de penser notre production et notre consommation énergétique de façon autonome, à échelle humaine”.
Il évoque également la question “de la production agricole, de biens et de produits de consommation courante, animale et végétale. De la souveraineté agro-alimentaire”. Il demande sur ces points “une action dans la durée”.
En résumé, Marcellin Nadeau préconise pour en sortir “une démarche d’ensemble”.
Cette “démarche d’ensemble” ne peut être, de notre avis, que la décolonisation d’une part et, d’autre part, associée à une politique de planification démocratique.
Michel Branchi
