Transports : la CTM veut relever le versement mobilité, les patrons alertent

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Philippe Jock est le président de la CCIM, organisme patronal

Alors que la Collectivité territoriale de Martinique envisage de relever le versement mobilité de 2 à 3% pour financer la modernisation des transports, certains acteurs économiques tirent la sonnette d’alarme. Ils dénoncent une décision prise, selon eux, sans concertation, qui pourrait fragiliser des milliers d’entreprises et, à terme, peser sur l’emploi et les prix pour les consommateurs.

Réunis à la Chambre de commerce et d’industrie de la Martinique (CCIM), chambres consulaires, organisations patronales et responsables de secteurs clés ont tiré la sonnette d’alarme. Selon leurs estimations, cette mesure concernerait entre 4 000 et 4 500 entreprises, associations et administrations, pour un surcoût global évalué à plus de 33 millions d’euros par an.

La CTM défend un besoin de modernisation

Du côté de la CTM, cette hausse est présentée comme indispensable pour renforcer les capacités financières de Martinique Transport. L’objectif affiché est de moderniser le réseau, renouveler le matériel roulant, améliorer la régularité et la fréquence des lignes, et accompagner la transition écologique. La collectivité met également en avant les contraintes spécifiques du territoire, notamment l’insularité, la forte dépendance à la voiture individuelle et les coûts élevés d’exploitation. Les recettes actuelles du versement mobilité ont déjà fortement progressé, passant de 54,3 millions d’euros en 2023 à 58,1 millions en 2024, avec une projection à 67 millions en 2025. Avec un taux porté à 3 %, les recettes pourraient dépasser les 100 millions d’euros, selon les simulations.

Le patronat dit craindre un choc économique

Les représentants patronaux estiment toutefois que cette hausse intervient dans un contexte économique déjà fragilisé. Ils pointent la multiplication des difficultés : plans de sauvegarde, liquidations judiciaires, tensions dans le BTP, crise dans l’agriculture et hausse générale des coûts, notamment des assurances et de l’énergie.

Plusieurs exemples ont été avancés : pour une PME de services d’une cinquantaine de salariés, la charge supplémentaire pourrait atteindre 15 000 euros par an. Pour de grandes entreprises, le surcoût se chiffrerait en dizaines, voire en centaines de milliers d’euros, avec un risque de réduction des investissements, de frein à l’embauche et, à terme, de répercussion sur les prix pour les consommateurs. Les organisations patronales dénoncent également un manque de concertation et demandent la suspension du projet afin d’ouvrir un véritable dialogue avec la CTM. Elles redoutent un “effet domino” sur l’ensemble de l’économie locale et estiment ne pas pouvoir servir de variable d’ajustement budgétaire.

Une décision politique à venir

Le projet a été examiné lors de la séance plénière de l’Assemblée de Martinique, le jeudi 29 janvier. En parallèle, la CTM souhaite obtenir une habilitation législative, en s’appuyant sur l’article 73 de la Constitution, afin de pouvoir fixer localement un taux supérieur au plafond national actuel.Alors que la collectivité met en avant la nécessité d’investir massivement pour améliorer un service de transport jugé insuffisant, les organisations patronales appellent à la prudence, estimant que la mesure pourrait fragiliser davantage un tissu entrepreneurial déjà sous tension. Vision partielle.

L’intérêt des usager, souvent de condition modeste doit primer.

M.C