Conformément à la tradition, les principaux responsables du Pays ont présenté leurs vœux pour 2026.
Serge Letchimy : “Nous continuerons à agir avec lucidité, transparence et détermination”.
Le président du Conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique (CTM), Serge Letchimy, a d’abord jeté un coup d’œil sur l’année écoulée 2025 : “L’année que nous laissons derrière nous a été marquée par des tensions et des inquiétudes. Beaucoup d’entre vous ont ressenti le poids de la vie chère, les difficultés économiques, les fragilités sociales, l’inquiétude face à l’avenir de leurs enfants. La Martinique a été frappée par une montée sans précédent de la violence avec 40 homicides dont 34 par balles qui ont endeuillé des familles, choqué la population et renforcé un sentiment d’insécurité généralisé”.
S’agissant de son action, il commence par évoquer les difficultés financières de la CTM qu’il semble attribuer à ses prédécesseurs et au pouvoir central : “Depuis le début de notre mandature, nous avons dû faire face à une situation budgétaire et financière extrêmement tendue tant au niveau national que local. Nous n’avons jamais caché cette réalité.
Oui, nos marges de manœuvre sont limitées.
Oui, les contraintes financières sont fortes”.
Cependant il s’auto- félicite : “Mais notre responsabilité a été claire : assainir, sécuriser et préserver. Nous avons engagé un travail profond de redressement de nos finances, de réorganisation de l’administration et de modernisation de nos méthodes”.
Il fait part de ce qu’il considère comme son bilan : vie chère, autonomie alimentaire, sécurité, aides de solidarité, migration retour, mobilisation des fonds européens, culture, grands chantiers, adhésion Caricom, etc.
Congrès des élus : “un moment historique”
S’agissant du congrès des élus, Serge Letchimy déclare : “le Congrès des élus du 8 octobre a été un autre moment historique. Pour la première fois, tous les élus rassemblés, les parlementaires, les conseillers à l’Assemblée, les conseillers exécutifs, les maires, se sont prononcés en faveur de la domiciliation en Martinique d’un pouvoir normatif autonome(…).
(…) Cette réforme majeure permettra d’améliorer notre quotidien en matière par exemple d’accès au logement, de maîtrise du foncier, d’accès à l’emploi, de maîtrise de la démographie, de l’apprentissage, de développement économique et agricole ou encore de préservation et de valorisation de notre biodiversité.
Les négociations entre l’État et une délégation d’élus de Martinique sont désormais bien engagées”.
Sa vision de 2026 est la suivante : “L’année 2026 s’ouvre donc comme une année charnière. Une année de consolidation, d’accélération et de projection”. Il énonce la promesse de pas moins de dix “chantiers structurants” des ports de pêche à la transition écologique.
Il conclut : “Que l’année 2026 soit celle où, ensemble, nous transformerons les difficultés en leviers, les doutes en chemins et les efforts en résultats durables. Bonne année 2026 à toutes et à tous”.
Jean-Claude Duverger, Président par intérim de l’Assemblée de Martinique :
“Pour une Martinique unie et solidaire”
Après avoir esquissé un bilan de l’activité de l’Assemblée, Jean-Claude Duverger souligne : “Le dernier Congrès des élus a par ailleurs illustré notre capacité à dépasser les clivages politiques dans une démarche constructive, fruit du travail collectif inspiré par l’engagement de chacun.”
Il a souhaité : “Pour cette année 2026, nous devons continuer à avancer sur les grands enjeux qui concernent notre territoire. La culture, l’éducation, la santé, l’environnement et l’économie doivent être au cœur de notre démarche d’évolution”.
Il a poursuivi : “À la jeunesse de notre pays, je renouvelle ma confiance pour contribuer à la construction de notre Martinique,
À ceux qui tuent et s’entretuent, “arété épi sa”(…),
(…).Si tu pars avec une arme, tu vas tuer ou te faire tuer.”
Il a terminé son propos par cette exhortation : “En cette nouvelle année, renouvelons notre engagement pour une Martinique unie et solidaire. Ensemble, rêvons d’un pays qui rayonne, d’une communauté où chacun a sa place et où tous peuvent contribuer à la construction d’un avenir meilleur.”
Le Préfet de la Martinique Etienne Desplanques : “Porter loin notre regard”
Plus concis, le Préfet de la Martinique Etienne Desplanques, représentant de l’Etat, a d’emblée centré son propos sur la question de la sécurité : “Les narcotrafiquants et les trafiquants d’armes, ces vendeurs de mort, ne doivent pas l’emporter. La lutte sera rude, implacable, mais sachez que les policiers, les gendarmes, les douaniers, les magistrats, font preuve au quotidien d’une détermination sans faille : qu’ils en soient remerciés”, a-t-il lancé. Il a précisé : “Mais la sécurité est aussi l’affaire de tous”.
Il a abordé les grands sujets de préoccupation des Martiniquais(es) sur les services publics : “des établissements publics scolaires offrant une chance à chaque élève, des hôpitaux capables de prendre en charge rapidement les urgences, la continuité de l’approvisionnement en eau en toute circonstance, sa qualité aussi dans le contexte du zéro chlordécone, une gestion des déchets et de l’assainissement conforme aux exigences environnementales…”. Là aussi il a voulu préciser : “En ces domaines, tout ne relève pas de l’État, mais l’État sera toujours là pour accompagner les acteurs martiniquais, en particulier les collectivités territoriales, les élus locaux”. A la condition de donner aux élus martiniquais les moyens institutionnels et financiers qu’ils revendiquent.
S’agissant de la question centrale de l’économie il a annoncé : “Et notre modèle économique doit aussi évoluer : pour plus de justice, en luttant contre la vie chère ; pour offrir des emplois à une jeunesse qui est prête à s’investir pour son territoire ; pour mieux soutenir la production locale et nous ouvrir à notre environnement régional”. Comment si les crédits de l’Etat baissent ?
Pour l’année 2026 il a souhaité : “En ces temps si instables, la facilité est de sombrer dans le déclinisme, ce pessimisme qui nous ronge, et qui s’auto-entretient.
Ici en Martinique, les femmes et les hommes de bonne volonté doivent se lever pour refuser cet esprit de défaite et faire le pari de l’espérance. Nous avons des trésors dans nos mains : il ne tient qu’à nous de faire fructifier nos talents.
Alors faisons de l’année 2026, une année au cours de laquelle nous porterons loin notre regard(…)”.
Les vœux de l’archevêque Davis Macaire :
“Briser les chaines” ?
Archevêque de Fort-de-France et Saint-Pierre, David Macaire interroge : “Le début de l’année est un temps propice pour se poser cette question. En effet, c’est le moment de faire une pause, de “démaré” nos reins et de “lever nos nez de nos guidons”, pour voir si nos choix actuels nous conduisent vraiment où nous voulons aller et si nous avons pris les bons moyens”.
Il demande successivement :
“Alors : la’w ka alé ? Où va-tu ? C’est une vraie et bonne question !” (…).
“Ou bien : “La’w ka alé la-a ?” qui interroge sur la destinée, le projet de vie de qui est interrogé” (…).
“Ou enfin : “La’w ka alé épi sa” questionne sur les handicaps qui ralentissent le cheminement (relations toxiques, lacunes, failles, maladies…). (…).
Il exhorte : “Malgré tout cela, j’aimerais vous partager ma conviction que notre petite Martinique ne doit pas se laisser infester par la peur, le découragement, la dépression collective. Manmay-la pa ped fwa ! Man di zot konsa : pa ped fwa !”. Il affirme : “Ce qui compte c’est de savoir qui l’on est, où l’on va, par quel chemin et avec quels moyens !”.
Et l’homme d’Eglise demande à tous : “ je nous invite, en 2026, à laisser résonner cette bonne question personnellement, en famille, en Église et en peuple : lanné tala, la nou ka alé ?”.
Et il prône : “An nou alé”. Il décline cela dans l’unité, la paix, la vérité, la liberté “pour briser les chaînes et faire briller sans complexe notre culture et notre foi !”. Et pour terminer il lance : “avec Jésus sauveur et libérateur”. Certes pour ceux qui croient.
Mais retenons son appel à surtout briser les chaines du colonialisme et à faire briller notre culture.
Michel Branchi

