Observations sur le BP 2026 de Fort-de-France : Un budget en recul de 36 ,9 millions d’euros et de 14,2 %

0
31
Photo du conseil municipal du 22 décembre 2025

La présentation de ce budget primitif 2026 de Fort-de-France  le lundi 29 décembre 2025 est politique : “Un budget d’aboutissement, de responsabilité et de continuité. Le Budget Primitif 2026 s’inscrit dans un moment particulier de la vie de la collectivité : il constitue le dernier budget primitif du mandat avant les élections municipales de mars 2026”. On aborde la campagne électorale 2026.

Pourtant on ne connait pas le compte administratif(CA) 2025, c’est-à-dire la conformité de l’exécution budgétaire avec les prévisions du Budget primitif 2025.

Le CA 2024 avait dégagé un petit excédent de 4,8 M€ (Selon le DOB 2026). Il est annoncé un solde excédentaire au CA 2025 sans chiffre.

La Ville est encore sous COROM 2 de 2024 à 2026 qui impose des normes de gestion strictes : en contrepartie d’une subvention annuelle de 1,875 million d’euros il est imposé  une assistance technique via Expertise France et l’Agence Française de Développement (AFD). Une tutelle qui ne dit pas son nom (source : DOB 2026).

Ce que l’on constate c’est une baisse globale par rapport au Budget Primitif  2025 de 36,9 millions d’euros (M€), soit – 14,2 %

Le montant total du budget 2026 est de 221,8 M€ contre 258,6 M€ au BP  2025.

Le budget annexe du SERMAC est également en légère baisse : 6,7 M€ au BP 2026 contre 7 M€ au BP 2025.

Sont présentés des graphiques mais pas les chiffres du BP 2025 pour permettre la comparaison. C’est l’opacité.

A/ Fonctionnement en baisse

Les recettes de fonctionnement baisseraient de 171,9 M€ au BP 2025 à 154 M€ en 2026, soit – 3,1 M€ ;

Les dépenses baisseraient de 147,9 M€ en 2025(BP) à 144,8 M€ en 2026(BP), soit – 3,1 M€.

L’écart recettes/dépenses passerait de 22 M€ en 2025 à 9,2 M€ en 2026. Donc baisse de la capacité d’autofinancement annoncée.

B/ Investissement en baisse

En recettes, elles passeraient de 53,1 M€ en 2025(BP) à 47,8 M€ en 2026, soit – 5,3 M€ ;

Les dépenses reculent de 82,5 M€ en 2025(BP) à 47,8 M€ en 2026, soit – 30,8 M€. C’est la bérézina.

Par contre le rapport de la majorité municipale PPM n’est pas avare de commentaires lénifiants

Il est affirmé : “La Ville démontre qu’il est possible de préserver l’emploi public, la qualité du service rendu aux usagers et la continuité des missions municipales, sans laisser dériver la masse salariale.

Le BP 2026 confirme une stratégie de stabilité fiscale, sans augmentation de la pression sur les contribuables, tout en sécurisant les concours financiers et les recettes propres”.

Et le mot du Maire en conclusion n’hésite pas à proclamer  : “Depuis le début du mandat, nous avons fait des choix courageux. Nous avons refusé la facilité. Nous avons privilégié une gestion rigoureuse, fondée sur la sincérité budgétaire, la maîtrise résolue de la dépense et la préservation intransigeante des équilibres financiers(… )”.

En réalité depuis 2020 la ville a été sous la férule de la Chambre régionale des comptes (CRC) et du contrat de redressement de l’outre-mer (Corom) qui ont dicté les mesures d’économies à réaliser.

Le Maire cependant se vante : “Ce budget est enfin, et surtout, un budget de bilan et de perspectives. Nous avons redressé la situation financière de notre ville, nous avons préservé des marges de manoeuvres substantielles, nous avons tracé une trajectoire claire. Fort-de-France dispose aujourd’hui d’une capacité d’action restaurée, d’une stabilité retrouvée et d’une confiance renouvelée de tous ses partenaires afin de poursuivre son développement. Nous avons redressé. Nous avons stabilisé. Nous poursuivons notre action pour une ville debout et conquérante”.

Toutefois en dépit de leur baisse aucune indication sur les 47,8 M€ d’investissements projetés. Il faut se reporter au DOB pour en avoir une idée. Les investissements prioritaires seraient évalués à 6,5 M€

S’agissant de l’investissement il est avancé que  le financement repose sur :

un autofinancement élevé (virement de la section de fonctionnement : 23,55 M€). Il faut relativiser car la baisse des dépenses pour dégager cet autofinancement vient essentiellement de celle de la masse salariale de 1,6 M€ (95 M€ en 2026 contre 96,6 M€ en 2025), des charges à caractère général de 7 000 00 €(20 M€ en 2025 contre 17,5 M€ en 2026) et des charges financières(intérêts) en recul du fait de la limitation des emprunts à 5 M€ pendant plusieurs années par le Corom.

un recours à l’emprunt dit “maîtrisé” à 5,0 M€ ; c’est le maximum autorisé par le COROM.

la mobilisation de subventions : aucune donnée sur les subventions  prévues qui étaient évaluées à 11,4 M€ au BP 2025. Elles représenteraient 29 % du financement de l’investissement (graphique).

4/ Il est vanté que 2026 pratique la “stabilité fiscale” : En réalité l’octroi de mer baisse de 66,4 M€ à 63,3 M€, soit – 1,2 M€ à et la fiscalité locale augmente de 66,2 M€ à 67,3 M€, soit + 1,1 M€(+1,66 %) en raison de l’accroissement du nombre des assujettis et de la valeur locative. Au DOB 2026 il est présenté une évolution de 1,7 % du produit. Les taux d’imposition (taxe foncière) sont inchangés parce que déjà très élevés : 29,21 %. Il ne faut pas oublier le projet d’augmentation des tarifs d’occupation du domaine public sous incitation du COROM.

5/ Masse salariale : Il est affirmé que « les charges de personnel s’élèvent à 95 001 455 €, soit environ 55 % des dépenses réelles de fonctionnement. Évolution par rapport à 2025 : La masse salariale s’élevait à 96,63 M€ au BP 2025. Donc la baisse est de 1,6 M€ en 2026(- 1,7 %). Cette évolution traduirait “une politique active de pilotage des effectifs et de maîtrise des dépenses de personnel”, prétend le rapport municipal.

Il n’est pas mentionné, comme nous l’avons rappelé ci-dessus que cette baisse est imposée par le COROM 2 et la CRC.

Parallèlement, le nombre d’agents municipaux est contrôlé par le COROM et les recrutements (26 en 2026) en remplacement des départs à la retraite (60 en 2026) sont plafonnés. L’effectif de la municipalité est de 2022 au 31/10/2025.

A partir de ces données biaisées, le rapport de la majorité  PPM se glorifie des bons indicateurs financiers :


Francis Carole (Fok sa chanjé Fod Fwanss) en visite dans des quartiers foyalais

C/ Capacité d’autofinancement brute (CAF)

Définition : Excédent dégagé par la section de fonctionnement entre recettes réelles et dépenses réelles, mesurant la capacité de la collectivité à générer des ressources propres.

Valeur 2026 : ≈ 25,6 M€

Le taux d’épargne brute (CAF brute / Recettes réelles de fonctionnement) × 100 serait de 15 % en 2026 témoignant d’une gestion financière saine.

En réalité, la capacité d’autofinancement nette qui est la CAF brute diminuée du remboursement de la dette en capital est de 25,6 M€ – 16,9 M€, soit 8,7 M€. Le chiffre du remboursement de la dette en capital n’est pas communiqué dans le rapport mais déduit des graphiques. 

La capacité de désendettement qui est le nombre d’années théoriques nécessaires pour rembourser l’intégralité de la dette avec la CAF brute serait de environ  ≈ 7 ans en 2026. Et selon le rapport la situation financière saine et soutenable car le seuil d’alerte est situé à 12 ans).

Ratio de charges financières : Valeur 2026 : < 4 % des recettes réelles de fonctionnement. Ce sont les intérêts de la dette et non l’annuité de la dette qui est de 16,9 M€ + 6,4 M€ = 23,3 M€.

Effet de ciseau

Comparaison de l’évolution des dépenses et des recettes de fonctionnement.

Constat 2026 : Dépenses –2,1 % / Recettes –0,9 %

En réalité l’amélioration de l’épargne est obtenue  grâce à des économies supplémentaires sur dépenses (sacrifices).

Dette : Aucun chiffre n’est donné au BP 2026. Cependant, selon le DOB 2026(débat d’orientations budgétaires) , la dette est évaluée à 172,5 M€  au 31 Décembre 2025, soit une diminution de 5,51 % par rapport à 2024 en raison du plafonnement des emprunts annuels à 5 M€.

6/ Modification et ajustement des autorisations de programme (investissements)  et crédits de paiement (paiements pendant l’exercice pour la programmation pluriannuelle des investissements (PPI).

Sur un total d’investissements de 82,2 M€ sont programmés les paiements suivants :

2026 : 27,5 M€ ;

2027 : 16,8 M€ ;

2028 : 8,7 M€ ;

2029 : 4,08 M€ ;

Autrement dit l’essentiel est renvoyé aux futurs budgets. 

Conclusion : La situation financière catastrophique révélée en 2019/2020 (62 M€ de déficit) a été redressée par la diminution du nombre d’agents municipaux de quelques 400 personnes et des économies drastiques sur les dépenses en faveur de foyalais.

Il s’agit d’un budget 2026 de campagne électorale présenté en équilibre pour obtenir l’aval du Contrat de redressement d’outre-mer(COROM).

Michel Branchi

Conseiller municipal Fok Sa Chanjé Fodwans 

PS : Lors du conseil municipal du 29/12/2025 les chiffres présentés en power point étaient différents du rapport communiqué aux élus pour faire disparaître la baisse du budget » et les élus PPM ont prétendu (mensongèrement) que le Plan de redressement financier avait été élaboré par eux alors que c’est la CRC et le COROM.