Chaque 4 février, la Journée mondiale de lutte contre le cancer invite à faire le point sur une maladie qui demeure l’un des principaux défis de santé publique. En Martinique, où le cancer reste la première cause de décès prématurés, cette journée résonne avec une acuité particulière, entre constats préoccupants et avancées médicales encourageantes.
Dans sa stratégie décennale de lutte contre les cancers publiée en 2022 l’ARS Martinique explique que le cancer représente la première cause de décès avant 65 ans. Chaque année, près de 1 500 à 2 000 nouveaux cas sont diagnostiqués et environ 730 décès sont enregistrés. On estime à près de 11 000 le nombre de personnes vivant avec ou après un cancer sur le territoire. Si l’incidence globale des cancers reste inférieure à la moyenne nationale notamment chez les femmes la maladie pèse lourdement sur la population. Chez les hommes, le cancer constitue la première cause de décès, tandis qu’il se place au deuxième rang chez les femmes. La part des décès prématurés est par ailleurs plus élevée qu’au niveau de la France, en particulier chez les femmes.
Des cancers plus fréquents et des dépistages encore insuffisants
Certaines localisations sont particulièrement répandues en Martinique. Le cancer du sein représente un tiers des cancers féminins, tandis que le cancer de la prostate concentre plus de la moitié des cancers masculins. Viennent ensuite les cancers colorectal et pulmonaire, communs aux deux sexes. Malgré ces chiffres, la participation aux programmes de dépistage organisé reste insuffisante, tout comme la couverture vaccinale contre le Papillomavirus, pourtant essentielle pour prévenir certains cancers évitables. Un enjeu majeur pour les autorités sanitaires, qui insistent sur l’importance du diagnostic précoce pour améliorer les chances de survie et limiter les traitements lourds.
Une mobilisation renforcée autour de la Journée mondiale
À l’occasion de la Journée mondiale du cancer, placée cette année sous le thème « Unis par l’unique », l’ARS Martinique et le GIP Martinique Santé rappellent l’importance d’une approche globale et équitable. Prévention, éducation à la santé, accès aux soins, accompagnement des patients et de leurs proches : la lutte contre le cancer dépasse largement le seul cadre médical.Dans cette dynamique, la cérémonie des Prix MORIS 2026, organisée dans un restaurant de Fort-de-France, met à l’honneur les professionnels de santé, chercheurs, soignants et acteurs associatifs dont l’engagement contribue à améliorer la prise en charge des patients et la qualité de vie pendant et après la maladie. L’année 2026 marque également le déploiement de la seconde feuille de route nationale de lutte contre les cancers (2026-2030), dans la continuité de la stratégie décennale. Pour les territoires ultramarins, elle réaffirme la nécessité de réduire les inégalités de santé, d’adapter les politiques publiques aux réalités locales et de renforcer les actions de proximité, notamment en matière de prévention et de dépistage.
Cancer de la prostate : une avancée médicale majeure en Martinique
Dans ce contexte, une avancée récente apporte un signal encourageant. Fin janvier, un patient a bénéficié pour la première fois en Martinique d’un traitement innovant du cancer de la prostate avancé, directement au CHU, au sein de l’Institut Caribéen d’Imagerie Nucléaire. Grâce à une thérapie ciblée de nouvelle génération, le Lutétium-177 PSMA, les patients éligibles peuvent désormais être diagnostiqués et traités sur place, sans avoir à se rendre en Europe ou aux États-Unis. Cette innovation, déjà validée par de grandes études internationales, permet de cibler précisément les cellules cancéreuses tout en préservant les tissus sains, avec des bénéfices notables sur la progression de la maladie et la qualité de vie. Une avancée d’autant plus significative que le cancer de la prostate est le plus fréquent chez les hommes en Martinique, avec un taux de survie à cinq ans supérieur à la moyenne nationale.
M.C

