Habitat social : une convention pour restaurer la tranquillité dans des quartiers sous tension en Martinique

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La convention a été signée en présence du préfet de la Martinique, Étienne Desplanques, et de quatre des cinq bailleurs sociaux du territoire : la SIMAR, la SMHLM, Ozanam et la SEMAG. Ainsi que le procureur général Yann le Bris et des représentants des forces de l’ordre.

Face à la montée des violences et des incivilités dans certains quartiers d’habitat social, l’État et les bailleurs sociaux de Martinique ont signé, le lundi 12 janvier 2026, une convention visant à renforcer la sécurité et la tranquillité des résidences. Un accord attendu, dans un territoire où le climat est soumis à de fortes tensions sociales et sécuritaires.

Garantir un cadre de vie apaisé dans les quartiers d’habitat social : c’est l’objectif affiché de la convention signée le lundi 12 janvier. Autour de la table, l’État, la justice et plusieurs bailleurs sociaux ont acté un renforcement de leur coopération face à la montée des violences, des incivilités et des trafics dans certaines résidences du parc social martiniquais.

Un parc social important, sous forte pression

Selon le Ministère Aménagement du territoire Transition écologique, au 1er janvier 2024, la Martinique comptait 35 441 logements sociaux, soit 21 % des résidences principales, une proportion nettement supérieure à celle observée en France. En six ans, le parc social a progressé de 8,5 %, bien plus rapidement que l’ensemble du parc de résidences principales.

Cette dynamique ne suffit toutefois pas à apaiser les tensions. Dans plusieurs quartiers, les bailleurs et les autorités font face à une dégradation du climat social : nuisances répétées, occupations illicites, trafics de stupéfiants, violences et intimidations pèsent sur le quotidien des habitants comme sur celui des professionnels intervenant dans ces résidences.

Une convention pour agir plus vite et plus efficacement

Inspirée de dispositifs déjà mis en place dans d’autres territoires dits d’Outre-mer, la convention vise à faciliter l’action des bailleurs sociaux lorsqu’un locataire trouble gravement la jouissance paisible des lieux. Elle prévoit un partenariat renforcé entre les services de l’État, la justice, les forces de sécurité et les bailleurs, notamment par un meilleur partage d’informations, dans le strict respect du cadre légal et de la présomption d’innocence. Pour le préfet de la Martinique Etienne Desplanques, cette convention est moyen supplémentaire contre le narcotrafic : “En juin dernier, la totalité des bailleurs du département m’avait interpellé, pour me faire part de leurs difficultés en matière de sécurité, pas sur l’ensemble des logements sociaux mais sur certains quartiers. […] Cette convention donne la possibilité de signaler en direct tout événement de sécurité sur les logements sociaux, d’avoir des contacts. D’avoir la possibilité de faire des opérations de contrôle notamment dans les logements sociaux vacants mais aussi dans les garages qui sont vides, qui sont parfois utilisés pour du trafic de stupéfiants, du trafic d’armes. Puis c’est également la possibilité d’utiliser les nouveaux outils de la loi anti-narco-trafic, qui est la loi de juin dernier qui me donne de nouveaux pouvoirs. Le pouvoir notamment de prononcer des interdictions de paraître pour les délinquants qui font du deal dans certains quartiers. C’est aussi la possibilité d’accompagner les bailleurs sociaux pour aller saisir le juge judiciaire, pour demander des expulsions d’occupants qui procéderaient à du trafic de stupéfiants. Et c’est vraiment là ma volonté, en 2026, je veux que certains délinquants qui bénéficient de logements sociaux, les délinquants qui s’adonnent notamment du trafic d’armes, au trafic de stupéfiants soient tout simplement expulsés de leurs logements sociaux.

Une convention signée dans un cadre législatif renforcé

Cette démarche s’inscrit dans un contexte plus large de durcissement de l’arsenal juridique. La loi contre le narcotrafic, promulguée en juin 2025, a en effet renforcé les moyens de l’État face à la criminalité organisée. Elle accorde désormais de nouveaux pouvoirs au préfet et aux bailleurs sociaux, notamment pour agir plus rapidement contre les lieux et les personnes impliqués dans des trafics.

L’objectif est clair : empêcher l’enracinement durable des réseaux criminels dans les quartiers d’habitat social et redonner aux résidents un environnement sécurisé. Les expulsions pour trafic ou troubles graves à l’ordre public deviennent ainsi un levier assumé pour reconquérir les espaces collectifs.

Des quartiers marqués par des drames récents

En Martinique, cette convention intervient dans un contexte particulièrement sensible. Les récents faits de violence survenus dans certaines cités à Schoelcher, dont des homicides en plein cœur du quartier, ont ravivé les inquiétudes des habitants. Ces drames illustrent la porosité entre conflits personnels, trafics et violences armées, et rappellent combien les résidences sociales peuvent devenir des terrains de confrontation lorsqu’aucune réponse coordonnée n’est apportée.

Légende : La convention a été signée en présence du préfet de la Martinique, Étienne Desplanques, et de quatre des cinq bailleurs sociaux du territoire : la SIMAR, la SMHLM, Ozanam et la SEMAG. Ainsi que le procureur général Yann le Bris et des représentants des forces de l’ordre.

Pour Antoine Roffiaen, directeur général d’Ozanam, il est important que les résidences en tension retrouvent une certaine sérénité : « Cette c’est un ensemble de dispositifs réglementaires qu’on met en œuvre collectivement et sereinement pour retrouver une sérénité dans l’ensemble de nos résidences. Je rappelle que les bailleurs sociaux, tous réunis, on loge près d’un tiers de la population martiniquaise. Donc c’est extrêmement important de pouvoir retrouver une certaine sérénité. Alors comme l’a dit le préfet, il y a beaucoup de résidences où ça se passe très bien, on a quelques points durs sur lesquels justement on va essayer de porter l’action de l’ensemble et collectivement pour pouvoir retrouver une certaine sérénité. »

Si cette convention marque un tournant dans la gestion des troubles au sein du parc social, elle soulève aussi des attentes fortes. Pour de nombreux habitants, la priorité reste de pouvoir vivre sereinement chez eux, sans craindre les nuisances ou les violences. Pour les bailleurs, il s’agit de remplir leur mission sociale tout en garantissant la sécurité de leurs résidences.                                                                                    

M.C