Grève du 3 février : Les enseignants alertent sur la dégradation de leurs conditions de travail

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Les syndicats enseignants se sont mobilisés plusieurs fois en 2025 pour dénoncer leurs conditions de travail. Le mardi 3 février les enseignants se sont retrouvés devant le rectorat

Des écoles et des classes sont restées fermées mardi 3 février en Martinique, à la suite d’un appel à la grève lancé par l’intersyndicale de l’Éducation nationale (FSU, UNSA Éducation et FO), dans l’ensemble des territoires dits d’Outre-mer. Au-delà de la contestation d’un décret sur les congés de longue maladie, la mobilisation a mis en lumière un malaise plus large au sein de la profession enseignante.

Selon le rectorat, le taux de grévistes atteignait 20,08 % à l’échelle de l’académie, avec une mobilisation plus marquée dans le premier degré (37,23 %) que dans le second (8,1 %). Les syndicats estiment, de leur côté, que près de six enseignants sur dix ont cessé le travail dans les écoles primaires. Environ 150 personnes se sont rassemblées devant le rectorat à Terreville, avant qu’une délégation ne soit reçue par la rectrice de l’académie, Nathalie Mons, en milieu de journée.

Le congé longue maladie, déclencheur de la colère

À l’origine du mouvement : l’application d’un décret gouvernemental modifiant le régime de rémunération des fonctionnaires en congé de longue maladie. Désormais, les primes et indemnités ne sont maintenues que partiellement. En Martinique, la majoration de traitement de 40 %, liée au coût de la vie, est intégrée à ce calcul, ce qui entraîne une baisse de revenus pour les agents concernés. Pour les syndicats, cette mesure est vécue comme une injustice. Ils dénoncent une perte mensuelle pouvant aller de 500 à plus de 1 000 euros pour certains enseignants, et jusqu’à 450 euros pour les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH).

“Une double peine pour des personnels déjà fragilisés”

Un enseignant de lycée professionnel, Jean-Michel Marie-Sainte, concerné par la mobilisation du 3 février, explique que cette réforme a profondément affecté les collègues concernés. Selon lui, la baisse de salaire intervient alors même que l’agent n’a pas choisi d’être malade et s’ajoute à un contexte de fatigue professionnelle et de pression psychologique. Il évoque également l’application rétroactive du texte à partir de septembre 2024, qui a entraîné, pour certains personnels, des retenues importantes sur salaire sans information préalable. Des situations qui, selon lui, ont plongé plusieurs enseignants dans de graves difficultés financières. L’enseignant souligne enfin l’écart de pouvoir d’achat entre la France et les territoires dits d’Outre-mer : “une rémunération amputée n’a pas le même impact en Martinique, où les prix restent plus élevés”.

Suppressions de postes et baisse démographique

La situation est également marquée par la poursuite de la baisse des effectifs scolaires. En dix ans, près de 20 % des élèves ont quitté les établissements du premier et du second degré en Martinique. À la rentrée 2026, 71 postes d’enseignants seront supprimés, dont 14 dans le premier degré et 57 dans le second. Si l’académie assure que les taux d’encadrement resteront supérieurs à la moyenne nationale, les syndicats estiment que cette approche ne tient pas compte des réalités sociales du territoire, notamment la précarité des familles et les difficultés d’apprentissage rencontrées par de nombreux élèves.

Une mobilisation appelée à se poursuivre

À l’issue de la rencontre au rectorat, les organisations syndicales ont indiqué que leurs revendications seraient transmises au ministère de l’Éducation nationale. Parallèlement, des actions en justice ont été engagées pour les agents ayant subi des retenues de salaire liées à l’application du décret.Pour les syndicats, la journée du 3 février marque une étape dans une mobilisation plus large, destinée à alerter sur l’usure du métier d’enseignant et sur la situation spécifique de l’Éducation nationale dans les territoires ultramarins.                         

M.C