Commémoration d’André Aliker et d’Armand Nicolas : Vibrant hommages rendus par les militants en présence du président de la Cour d’Assises de Martinique

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Le cortège est parti du siège du journal Justice

Dimanche 11 janvier, plus d’une trentaine de partisans du Parti Communiste Martiniquais (PCM) ainsi que des militants d’autres partis politiques martiniquais ont rendu un vibrant hommage au journaliste André Aliker, décédé le 11 janvier 1934 et à l’historien Armand Nicolas décédé le 29 janvier 2022.

Cette année, le président de la cour d’assises de Martinique Marc Hédrich était présent, avec son assistante Fatou Faye.

Dès 10h, les militants sont partis de la rue André Aliker, devant le siège de notre journal Justice. Le cortège s’est dirigé lentement vers le cimetière de la Levée aux Terres Sainvilles.

Michel Michalon était présent et a représenté le Mouvement Indépendandiste Martiniquais (MIM) et Edmond Mondésir du Mouvement CNCP-APAL. Le secrétaire général du PCM Georges Erichot était également là avec le directeur de publication du Journal Justice Fernand Occolier et le rédacteur en Chef Michel Branchi. Max Louis-Thérèse, membre du PCM et président de l’association Martinique-Cuba était lui aussi présent.

Après une déambulation jusqu’au cimetière, les militants se sont réunis devant la tombe d’André Aliker pour lui rendre hommage. Une gerbe a été déposée. Des discours ont été prononcés par Max Louis-Thérèse et Edmond Mondésir. Son parcours brillant et les conditions de son assassinat, ont été racontés devant une foule attentive.

Puis, direction la tombe d’Armand Nicolas où des discours ont été de nouveau réalisés.

“Lors qu’il était président de la collectivité territoriale, Alfred Marie-Jeanne avait pour habitude d’offrir au préfèt de Martinique, les livres d’Armand Nicolas. Cela permettait aux préfèts de s’imprégner de l’histoire de la Martinique”, nous apprend Michel Michalon.

Enfin, les militants ont chanté “l’Internationale”, bien animée par Jocelyn Lamon.

Après ces vibrants hommages, les militants se sont rendus au siège du Journal Justice pour une moment de convivialité autour d’une galette des rois.

Des voeux pour l’année 2026 ont été prononcés.

Marc Hédrich : “André Aliker a été le martyr d’un fonctionnement de la justice que nous dénonçons”

Présent pour cet événement, le président de la Cour d’assises de Martinique Marc Hédrich a parlé de son ouvrage sur les défaillances de la Justice coloniale en Martinique.

Il explique sa présence avec sa collaboratrice Fatou Faye : “Nous sommes membre du syndicat de la magistrature et c’est la première fois que des magistrats sont présents lors d’un hommage avec le journal Justice et le PCM, pour André Aliker. Nous nous interessons à l’histoire de la Martinique et nous avons appris que André Aliker a été le martyr d’un fonctionnement de la justice que nous dénonçons et dontnous ne voulons pas être les héritiers. Une justice coloniale qui s’interessait davantage au maintien de l’ordre colonial qu’à la manifestation de la vérité. C’est pour ça que l’affaire Aliker, les affaires Aubéry/Aliker ont toutes abouties à des fiascos judiciaires où la vérité a été ignorée.”

Témoignages

Allocution du PCM lue par Max Louis-Thérèse :

“Hommage à A. ALIKER et aux autres militants victimes  de la répression  coloniale.                                

Presque tous persécutés par le pouvoir colonial. Certains comme  André Aliker ont payé de leur  vie leur engagement   au sein du mouvement de défense des intérêts et de la colonie et des travailleurs  de l’époque… Tandis que d’autres, tels Armand Nicolas, Guy Dufond, Georges Mauvois et Walter Guittaud subissaient les foudres du pouvoir colonial pour avoir dénoncé  les tares de ce système et réclamé le droit pour les Martiniquais de gérer eux-mêmes leurs propres affaires.

Nous voilà une fois de plus réunis devant  sa tombe pour rendre hommage à ce vaillant militant  que fut André Aliker assassiné, en 1934 (92 ans déjà) et Armand Nicolas  décédé le 28/01/2022 à l’âge de 97 ans. Deux vaillants  communistes qui  ont consacré l’essentiel de leur vie à la défense de l’idéal communiste, à la lutte contre le colonialisme et à l’amélioration de la condition de la classe ouvrière et  à la connaissance de notre de notre histoire… Certes, ils ne sont pas les seuls.  Il convient d’associer à ce double hommage tous les autres militants aussi valeureux dont les noms ne doivent pas s’effacer de la mémoire de nos compatriotes. Je veux par exemple citer ceux qui, avec  Jules Monnerot, René Ménil, Thélus Léro, Juvénal Linval, Gabriel Henri, Victor Lamon, Henri Bayardin,  Victor Lamon, Léopold Bissol, Georges Gratiant, et tous les autres  qui  avaient fondé en 1935, la “Région communiste de la Martinique”. C’était l’aboutissement d’un travail tenace  commencé depuis 1920 pour organiser les travailleurs et leur permettre de résister à l’exploitation éhontée dont ils étaient si longtemps victimes de la part des  békés  à la fois gros propriétaires terriens et usiniers.”

[…]

Ce gang avait pour chef un certain Eugène Aubéry qui avait organisé un système de corruption de fonctionnaires et de l’oligarchie coloniales au plus haut niveau.  

Mais, alors que la quasi-totalité de la presse s’était mise à son service, il trouva en face de lui un homme courageux en la personne du journaliste communiste André Aliker, bien décidé à dénoncer  ses malversations, à  révéler par l’intermédiaire de son journal Justice cette immense fraude fiscale qui privait la colonie de plus de sept millions de francs de l’époque de recettes.

Ce soir après l’avoir assommé, drogué,  solidement attaché, ils prirent la direction de Case-Pilote. Arrivé sur la plage de Fonds Bourlet, ils lestèrent le corps de lourdes pierres et le jetèrent à la mer loin de la plage. Cette fois il ne put regagner le rivage. Le lendemain, la mer rejeta le corps sur la plage. En dépit des témoignages, les nervis furent condamnés à une peine légère. Quant à Aubéry, il ne fut jamais inquiété.  Les autorités avaient hâte de refermer le dossier.

L’assassinat du journaliste communiste eut un immense retentissement à travers la Caraïbe et dans le reste du monde.

Chez nous, il apporta la preuve que les Békés tenaient toujours entre leurs mains les rênes du pouvoir colonial et que la devise  “Liberté, Egalité, fraternité” ne s’applique  pas à ceux qui détiennent entre leurs mains des pans entiers de l’économie de notre pays.

Fernand Occolier (PCM) rend hommage à Armand Nicolas

« Je ne vais pas me lancer aujourd’hui dans une évocation de l’œuvre politique, si riche de notre grand disparu. Je  vais simplement me contenter de parler de la soif perpétuelle de vérité historique qui animait ce si vaillant militant et dont les révélations ont tant contribué à faire avancer  la cause de l’émancipation de notre peuple.

André Aliker et Armand Nicolas  reposent presque l‘un à  côté de l’autre, bien qu’ayant  vécu à des âges différents. Mais ces deux camarades, comme d’autres aussi vaillants militants, ont un point commun. Ils ont partagé le même idéal communiste et ont consacré l’essentiel de leur vie à la défense des intérêts de la classe ouvrière, à la justice sociale,à  la manifestation de la vérité et à la lutte contre les méfaits du colonialisme et du capitalisme.  Armand Nicolas dont nous saluons la mémoire nous a quittés le 29 janvier 2022 au terme d’une vie marquée par une fidélité totale à l’idéal communiste et dont il s’appliqua à transmettre les enseignements aux militants avec qui il entretenait des relations très fraternelles. Car Armand était convaincu que c’est par la lutte contre l’ignorance, l’éducation du peuple, par le rétablissement de la vérité historique qu’il pouvait amener le peuple à briser les carcans dans lesquels on le maintenait pour mieux l’exploiter. Ce militant exemplaire savait fouiller les recoins de notre histoire dont les aspects à la fois les plus sombres et les plus glorieux avaient été pendant si longtemps cachés.

[…]

N’est-ce pas lui qui a rétabli la vérité sur l’abolition de l’esclavage en révélant le rôle essentiel joué par les esclaves dans leur libération, alors que depuis des décennies  les autorités coloniales  puis départementales nous faisaient croire qu’elle était due à la générosité de la “mère-patrie” et au seul engagement de Victor Schoelcher ? N’est-ce pas à celui à qui nous rendons hommage  aujourd’hui qui a mis à jour les évènements  qui ont marqué l’insurrection du Sud ?

Et n’est-ce pas encore lui qui a rédigé le volumineux ouvrage sur l’histoire  de la Martinique du début de la colonisation jusqu’à 1971 ?”.

Intervention d’Edmond Mondésir (CNCP) :  « A la mémoire d’André Aliker et d’Armand Nicolas

Il ne fait aucun doute que c’est le système capitaliste qui constitue le fond politique et idéologique, qui a déterminé l’usinier Aubéry, à faire assassiner André Aliker, le 11 Janvier 1934, car ce militant et journaliste communiste, avait entrepris de dénoncer avec courage et détermination la fraude fiscale à laquelle il se livrait.

Cet événement s’est produit dans une étape de l’histoire de l’humanité, qui a été marquée, par l’émergence de la pensée communiste, qui a guidé la lutte des opprimés, contre la domination coloniale, ainsi que le combat des travailleurs, contre l’exploitation capitaliste, pour le respect de leurs droits fondamentaux. Et c’est en ce sens que nous associons à notre commémoration la mémoire d’Armand Nicolas, qui par son engagement, a lui aussi apporté son inestimable contribution au peuple martiniquais. […] C’est ce même système capitaliste et impérialiste, qui entend maintenir sa domination sous ses formes militaires, technologiques, financières, économiques, idéologiques et médiatiques, qui est également à l’origine de la récente agression militaire des Etats Unis contre le Venezuela.

Par ces temps où des doutes, et des incertitudes peuvent se faire jour, la mémoire d’André Aliker, et d’Armand Nicolas que nous continuons de célébrer chaque année, est là pour affirmer les bases essentielles, afin de permettre aux nouvelles générations, de poursuivre la lutte pour l’émancipation humaine, dans les conditions du monde actuel, pour continuer d’aller encore plus loin dans le sens du progrès de l‘humanité.

Honneur et respect pour tous ceux qui ont tracé des chemins pour cela.” 

                                                                                                                                             

J-PM